La Voie sans disque

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Gina Manès dans « Cœur fidèle » de Jean Epstein, tourné en 1923. DR

Projection ce soir à l’Institut Arthur Rimbaud de Djibouti de La Voie sans disque, film de Léon POIRIER d’après le roman d’André Armandy (1932). Avec l’aimable autorisation du distributeur et des Archives du film français (Centre national du cinéma et de l’image animée).

Le film est tourné en 1933 à Djibouti et Ali Sabieh (alors Côte française des Somalis) et en Éthiopie (Diré-Daoua, Aouache, Addis Abeba). Léon Poirier, qui s’inspire du roman d’André Armandy publié un an plus tôt, revendique un cinéma tourné en décors rééls avec des figurants recrutés localement. Le train, qui relie Djibouti à la capitale éthiopienne, et que menacent de saboter les « rebelles éthiopiens » manipulés par la légation turque à Addis Abeba (nous sommes en 1917), est au cœur du film, ce qui en constitue l’intérêt principal. 

Léon Poirier a réalisé en 1926 La Croisière noire, film muet de l’expédition, d’une durée de 70 min. En 1930, il tourne à Madagascar : Caïn. Aventures des mers exotiques, avec Georges Million, le même opérateur que pour La Voie sans disque. Puis il co-réalise en 1934 avec André Sauvage La Croisière jaune* . En 1939, il retournera en Afrique pour réaliser Brazza ou l’épopée du Congo.

Brazza

Gina ManèsL’Homme sans visage (1919) de Louis Feuillade, L’Auberge rouge et Cœur fidèle (1923) de Jean Epstein, Joséphine de Beauharnais dans le Napoléon d’Abel Gance (1927)…) est Dinah, la maîtresse d’Ephraïm Bey (Camille Bert). Elle s’éprend de l’inspecteur du Chemin de fer, Jean Carlier, joué par un jeune premier, Marcel Lutrand (repéré dans Les Gaietés de l’escadron de Maurice Tourneur sorti en 1932), espérant trouver dans l’amour la rédemption. Au moment où elle tourne dans La Voie sans disque, la carrière de Gina Manès, connue pour ses rôles de séductrice et de femme fatale (Naples au baiser de feu, Le Train sans yeux…) a atteint son apogée. Sa longue vie (elle meurt à l’âge de 96 ans) est à elle-même un roman et vaut bien un billet !

Gina Manes

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LA VOIE SANS DISQUE (1933, 109′, N&B)

RÉALISATION ET SCÉNARIO : Léon Poirier d’après le roman d’André Armandy.

PRODUCTION : Comptoir Français du Film Documentaire. FRANCE, 1933.
INTERPRÈTES : Gina MANES (Dinah), Daniel MENDAILLE (Nicolaï), Camille BERT (Ephraïm Bey), Marcel LUTRAND (Jean Carlier), Alexandre MIHALESCO (Dikrane Mamoulian), Frédéric MARIOTTI, Max DUNAND, Charles FONTAINE, Roger TULLIO TERRORE, Mohamed ABDALLAH.

IMAGES : Georges MILLION
MUSIQUE : Jacques DALLIN
DÉCORS : Jean LAFFITTE
SON : Marcel ROYNE

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La Croisière jaune
d’André Sauvage et Léon Poirier
France, 1931-1934, noir et blanc, 90 min
Mêlant aventure, recherche et opération promotionnelle pour son commanditaire André Citroën, La Croisière jaune, expédition dirigée par Georges Marie Haardt et Louis Audouin-Dubreuil, allait faire se rejoindre entre mars 1931 et février 1932 deux équipes parties l’une de Beyrouth, l’autre de Pékin, en véhicules autochenilles.
A la suite d’un désaccord entre André Sauvage, auteur des images et d’un premier montage, et le sponsor, insuffisamment mis en valeur à son gré, le matériau filmé fut confié à Léon Poirier qui effectua le montage actuellement visible. André Sauvage abandonna le cinéma.
Le film observe la diversité des paysages, des hommes et des cultures au fil des quelque trente mille kilomètres d’un trajet empruntant en partie la Route de la soie, et narre certaines des nombreuses péripéties du voyage. (Extrait de la présentation du Centre Pompidou qui a diffusé le film en 2007).

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Diré-Daoua : gare et ateliers

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Au moment de quitter Diré-Daoua pour Djibouti, je poste quelques images de la gare et des ateliers, figés dans le silence.

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Les cheminots ont transformé un ancien wagon en bureau d’accueil pour les visiteurs, qui se font plus nombreux. Dans le livre d’or qu’ils ont ouvert, je trouve le nom de Monsieur Davanier, qui m’annonçait il y a quelques temps sur ce blog qu’il comptait se rendre prochainement à Diré-Daoua pour voir le bureau de son père (ce qu’il a fait) ; ceux de Claude Boyaval, libraire à Saint-Ouen, et de Raymond Depardon (qui ont fait connaissance à Diré-Daoua) ; celui de mon amie, Martine Borgomano.

La construction d’une nouvelle ligne Addis Abeba – Djibouti a commencé, confiée à deux entreprises chinoises, sous la supervision d’Ethiopian Railways Corporation. Près du vieux wagon, une pancarte mettant en scène le défunt Premier Ministre, Meles Zenawi, vante l’électrification du nouveau réseau ferré. La motrice d’un train rapide est métaphoriquement alimentée par le barrage « Renaissance », dont la construction sur le Nil Bleu a débuté il y a tout juste deux ans.

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L’imprimerie Saint-Lazare à Diré-Daoua

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Toujours à la recherche d’informations sur cette énigmatique collection L. Gérard dont je me demande si elle n’a pas été imprimée à Diré-Daoua, je me suis rendu à l’Imprimerie Saint-Lazare des Capucins. Les lieux n’ont pas changé, comme en témoigne cette carte postale.

Mais l’imprimerie n’a plus l’activité qui fit sa réputation au début du siècle dernier (elle publia des grammaires, dictionnaires, vocabulaires et alphabets franco-éthiopiens, ainsi qu’une une revue mensuelle, de 1905 à 1911, Le Semeur d’Éthiopie)*.

Les archives, m’explique Bekele Mogesse, qui administre la Mission catholique, n’ont pas encore été classées et cette question est compliquée du fait des nombreux déménagements qu’a connu l’imprimerie. Initialement installées à Harar par Mgr André Jarosseau, l’évêque capucin de Harar, afin de financer la léproserie de la “Mission catholique des Gallas”, les presses ont été ensuite déplacées à Diré-Daoua (le 8 décembre 1908 – SE, 514-16). Puis une partie des machines ont été démontées pour être installées à Nazareth.

Je visite l’imprimerie et laisse quelques copies de ces cartes, en espérant mieux. Encore une bouteille à la mer.

* Le Semeur d’Éthiopie (formerly the Bulletin du Leprosarium de Harar) was a monthly missionary periodical, concerned primarily with religious affairs. It was published in Harâr from 1905 to 1908, and in Dire Dawa from that year until 1911. The journal was founded, and edited for most of its history, by a French Lazarist missionary, Father Marie-Bernard; and was produced by his fellow missionaries, who had earlier established the country’s first Leprosarium, in Harâr. The publication, though printed in either Harâr or Dire Dawa, contained frequent reports form Addis Ababa, as well as trenchant commentaries on foreign newspaper articles on Ethiopia.

Pankhurst, Richard. Two early periodical publications « Djibouti » and « Le Semeur d’Éthiopie » as sources for late 19th century and early 20 th century Ethiopian history. In: Annales d’Éthiopie. Volume 19, année 2003. pp. 231-256.

 

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Toutes les photographies © H FONTAINE, avril 2013

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Derrière les palissades jaunes et vertes

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Que cache Diré-Daoua derrière ses palissades jaunes et vertes ? Une partie du quartier historique de Gezira, qui s’est construit à partir de 1902 autour de la gare, le long d’avenues plantées de jacarandas, de flamboyants et de caroubiers, selon un plan qui restera unique en Éthiopie, fait l’objet de destructions massives. Bulldozerisé ! Les compagnies d’assurance et les banques prennent la place. La Municipalité promet que ces destructions sont limitées et qu’elle préservera certaines des maisons du Chemin de fer, qui constituent avec la gare et ses ateliers un ensemble patrimonial unique, témoin de l’histoire industrielle de l’Éthiopie du XXe siècle.

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En allant vers la gare, à droite un lot détruit, à gauche les bureaux de la Compagnie, au fond la gare. Toutes les photographies © H FONTAINE, avril 2013.


 

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Rétrospection

Départ ce soir pour Diré-Daoua. J’emporte avec moi un lot de cartes de la collection Louis Gérard. Objectif : retrouver les points de vue et photographier le même endroit quelque cent ans plus tard (les cartes ne portent pas de date mais toutes celles qui ont circulé ont des oblitérations qui datent de 1911 à 1913, cf la remarque de Francis Falceto à ce sujet).

J’aime particulièrement ces deux vues : une prise dans le quartier de Gezira, face à la gare ; l’autre dans le quartier que les occidentaux appelaient « indigène », de l’autre côté de l’oued Dechatu.

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Arnold Holtz, circa 1909

Francis Falceto m’envoie cette carte reproduisant un cliché d’Arnold Holtz, « un des photographes les plus intéressants du début du XXe siècle éthiopien », m’écrit-il. Ses photographies sont, poursuit Francis, « de très bonne facture technique, si on les compare au tout-venant de la même époque ».

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Francis a publié un texte sur ce personnage « prodigieusement romanesque » ainsi que quelques-unes de ces cartes, dont Holtz est l’éditeur aux environs de 1909 (et pour certaines, l’auteur). Le tout a paru dans le volume 27 des Éthiopiques. Centenaire des premiers enregistrements éthiopiens

« On ne sait encore que trop peu de choses sur Arnold Holtz, en particulier quant à ses relations avec Tèssèma Eshèté. “Commerçant et aventurier” est ce qui revient le plus souvent dans les rares évocations de cette personnalité allemande de la capitale éthiopienne. Holtz était assez proche du trône cependant pour que Menelik lui accorde des concessions minières, ou lui demande d’emmener en Allemagne trois jeunes Éthiopiens afin qu’ils apprennent la mécanique et la conduite automobile – pour s’occuper en particulier de la Nacke-Doppel-Phaethon 35 CV que Holtz venait précisément d’offrir à Menelik le 22 janvier 1908. Quelques semaines auparavant, au jour de l’an, c’est le Brittanique Bede Bentley qui avait présenté à Menelik une Siddeley 18 CV1. Holtz serait né en 1864 et arrivé en Éthiopie pour la première fois en 1901 ou 1902 avant de s’y installer en 19042. Il a publié deux livres de souvenirs, Im auto zur Kaiser Menelik II (Berlin 1908) et Am Tor der Tränen (Bab el Mandeb) – Afrikanische Erlebnisse eines deutschen Kuriers (Berlin 1929).

Les remarquablement documentés Récits de la Mer Rouge et de l’océan Indien de l’amiral Henri Labrousse, avec leurs précieux documents annexes3, nous apprennent qu’Arnold Holtz fut arrêté pour espionnage en juin 1917 à Djibouti par les autorités coloniales françaises, condamné et emprisonné en France jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale. Le chapitre XV de l’ouvrage est entièrement consacré à cette étrange pourtant très officielle mission puisque Holtz était alors mandaté par l’ambassade d’Allemagne à Addis Abeba. Il est lui-même porteur d’une lettre adressée au général Saïd Pacha, gouverneur du Yémen et commandant les troupes turques, signée “Arnold Holtz, Secrétaire de la Légation allemande à Addis Abeba”. Dix ans plus tôt, c’est d’édition de cartes postales éthiopiennes dont s’occupait aussi Arnold Holtz. Elles ont connu différentes éditions. Certaines comportent des légendes rédigées uniquement en allemand, d’autres rédigées en trois langues (allemand, français et anglais). Certaines sont clairement le fait d’Arnold Holtz comme l’atteste le verso, d’autres sont signées PRA (?) au verso. Sur la cinquantaine retrouvées, celles qui comportaient des indications de date, que ce soit dans la correspondance au verso ou grâce à une oblitération datée, toutes ont été adressées entre 1909 et 1912. Elles nous paraissent riches d’informations sur l’Abyssinie de cette époque. »

Francis Falceto, extrait du texte de présentation du vol. 27 de la série Éthiopiques.

  1. Clifford Hallé, To Menelik in a motor-car, London 1913 ; Arnold Holtz, Im auto zur Kaiser Menelik II, Berlin 1908 ; Nicholson T R, A Toy for the Lion, London 1965. 
  2. http://familytreemaker.genealogy.com/users/h/o/l/John-R-Holtz/WEBSITE-0001/UHP-0126.html ; Bahru Zèwdé, article « Holtz Arnold » de l’Encycloedia Aethiopica, T. III ; Bairu Tafla, Ethiopia and Germany – Cultural, Political and Economic Relations, 1871-1936, Wiesbaden, 1981. 
  3. « Commission française d’histoire maritime », Economica, Paris, 1992.↩

Ci-dessous, quelques cartes éditées par Holtz, légendées en allemand (portant ici une légende manuscrite en français).

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Habitation du Représentant du CFE à Addis Abeba (suite)

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« Habitation du Représentant du CFE à Addis Abeba », photographiée en 1920 par EAM Famechon.

Voici, pour compléter le billet paru hier suite à ma visite au St Mary’s Language and Computer Center, la photographie extraite de l’Album de la Mission Charles Michel-Côte en Éthiopie et au Soudan anglo-égyptien en 1920.

On comprend mieux le commentaire fait par Catherine Paoli, fille de Jacques Auriol, qui y vécut une partie de son enfance. Les beaux arbres ont été coupés (« de majestueux eucalyptus qui en faisaient un lieu merveilleux ») et le jardin a totalement disparu,  remplacé par des véhicules.

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Le St Mary’s Language and Computer Center, photographié le 22 mars 2013 © H FONTAINE.

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La « Représentance »

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M. Fekadu Begna me montre la façade de l’ancienne « Représentance ».

Je visite ce matin à Addis Abeba, près de la gare, ce qui fut autrefois la résidence du Représentant de la Compagnie du Chemin de fer franco-éthiopien et que Charles Michel-Côte aimait à nommer la « Représentance », indiquant par là qu’il considérait cette maison au moins aussi importante, sinon plus, que la Légation de France.

Fekadu Begna m’en fait la visite. Il dirige le St Mary’s Language and Computer Center, institution d’enseignement de langues et d’informatique, qui occupe aujourd’hui les lieux. Nous débattons de l’intérêt de préserver certains repères dans une Addis Abeba où se multiplient les destructions de quartiers, la percée de nouvelles routes ou l’irruption de buildings.

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Le bâtiment est aujourd’hui occupé par le St Mary’s Language and Computer Center.

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Autrefois, les écuries.

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L’arrière du bâtiment.

 

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Une visite chez M. Stranger

De passage à Addis Abeba, je suis allé rendre visite à Monsieur Stranger (Yves Marie), traducteur du Train en Afrique et auteur d’un chapitre consacré à Madame Kiki. Je l’ai trouvé à Solulta, dans la ferme équestre dont il s’occupe en famille, dans les collines d’Entoto, à tout juste une demi-heure de la capitale.

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Yves enlève le mors de Simbad.

Yves mettait la dernière main aux préparatifs d’une randonnée de huit jours à cheval qu’il organise ces jours-ci pour une douzaine de cavaliers. Ce treck, qu’il a intitulé Zara Yacob Trail, part de la forêt de Menegesha Suba à l’ouest d’Addis Abeba et se termine en arrivant dans la forêt de Wosh Wusha à Ankober, sur l’escarpement oriental.

Laissons le expliquer lui-même cette aventure équestre et ce qui la motive : « This 8 day trek, the Zara Yacob Trail, is a recreation of the route taken by the Ethiopian Emperor Zara Yacob in the 15th century, when the emperor brought tree seedlings from the forest of Wof Washa to Suba, in an early local attempt to protect and bolster Ethiopia’s indigenous forests. »

« The historical Zara Yacob Trail runs across some of the country’s best riding highlands and has been recreated to showcase Ethiopia’s riding potential and horse riding culture as well as bringing attention to the country’s rich history and the continued need to protect the environment, especially the national Menagesh Suba Forest and the Wof Wusha Forest on the eastern Rift escarpment. These two forests, with their rich endemic fauna and local tree species (African Olive, Juniper, Rose Wood) are precious relics of Ethiopian’s once bountiful highland forests. »

Souhaitons-lui bonne chevauchée !

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Yves mène ses chevaux à boire.

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Elias, un des palefreniers.

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En discussion avec Eddie, un voisin.

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« Il faut des mois de travail, m’explique Yves, pour obtenir cela. »

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Debelu prépare les rations : un mélange de son et de céréales germées.

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Graissage du cuir des selles avec tout simplement de la graisse de panse de vache.

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Alexandre photographie le chemin de fer du Yunnan

En avril 1910, la Compagnie française des chemins de fer de l’Indochine et la Société de construction des chemins de fer indochinois publient à Paris, chez G. Goury, un ouvrage en 2 volumes, 199 pages et 55 planches intitulé Le chemin de fer du Yunnan.

Plusieurs photographies de vues de la ligne ainsi que d’ouvrages d’art y sont créditées : « communiqué(s) par M. Marchand ».

Le Chemin de fer du Yunnan

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 Planches reproduites avec la complicité de Yvon VELOT.

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