Alfred Ilg (30 mars 1854 – 7 janvier 1916)

Alfred ilg Frauenfeld

Alfred Ilg, 24.5 x17 cm, xylogravure originale. Coll. H FONTAINE

Alfred Ilg naît le 30 mars 1854 à Frauenfeld, dans le canton de Thurgau, près Zurich. Après des études à l’École Polytechnique de Zurich, ingénieur diplômé, il travaille deux années chez Marquardt à Berne avant de répondre à l’invitation du roi du Choa, qui cherche à recruter des ingénieurs et des techniciens pour moderniser l’Éthiopie. Accompagné de deux compatriotes, Zimmermann et Appenzeller, Ilg s’embarque à Marseille pour Aden où il arrive en mai 1877. Il a vingt-quatre ans ; il ne sait pas qu’il séjournera vingt-huit ans en Afrique.

Il va falloir quarante-cinq jours aux trois compagnons pour gagner l’Abyssinie, après avoir été retenus quatre mois à Zeila. Ilg s’en souviendra quand il cherchera à convaincre Ménélik, à l’instar de plusieurs négociants et aventuriers français, de construire un chemin de fer pour relier la capitale à la mer.

C’est à Ilg que le roi accorde en mars 1894 une concession pour créer ce chemin de fer et la Compagnie impériale des chemins de fer. Associé à Léon Chefneux, l’ingénieur suisse s’engage dans l’aventure avec toute l’énergie dont il est capable. Auparavant, Ilg a construit le palais du roi à Entotto, les églises Maryam et Raguel, plusieurs ponts : à Akaki et sur l’Aouache, projeté la réalisation d’une manufacture de cartouches puis supervisé le déménagement de la capitale dans la nouvelle ville d’Addis Abeba…

Ilg Loepfe

Après avoir dénoncé la supercherie du traité d’Ucciali, Ilg gagne la confiance du souverain qui le charge, lui qui parle et écrit l’amharique, le français, l’anglais, l’allemand et l’italien, de missions diplomatiques et de sa correspondance politique. En mars 1897, il reçoit le titre de Betwedded et assume les fonctions de conseiller d’État du roi. Ilg jouera un rôle important dans les négociations qui s’engagent avec l’Italie à la suite de la bataille d’Adoua (Bairu Tafla).

Heribert Kung

En 1887, Ilg a rencontré Arthur Rimbaud à Entotto. Il lui apporte tout son soutien dans ses démêlés avec « les prétendus créanciers de Pierre Labatut » (Jean Voellmy). Il le revoit à Aden et séjourne chez lui à Harar un mois et demi au début de l’année 1889. Une correspondance commencée en février 1888 (publiée par l’universitaire bâlois Jean Voellmy en 1965) témoigne du respect mutuel et de la complicité qui existaient entre les deux hommes, nés la même année et ayant choisi tous deux de s’établir en Abyssinie.

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Ilg est aussi photographe. Il photographie la construction du chemin de fer comme je l’ai montré dans Un Train en Afrique. Jusqu’à l’arrivée de la première locomotive, La Brave, dans la gare de Diré-Daoua encore en chantier.

Ateliers-Ilg

« Locomotive de notre train de Djibouti à Diré-Daoua avec la famille Ilg. » – Photographie Ilg – VMZ.800.16.001 (légende de Madame Zwicky). Avec l’aimable autorisation du Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz).

Il photographie le roi entouré de sa famille dans l’intimité de sa maison. Il documente la naissance de la nouvelle capitale Addis Abeba et la construction de bâtiments dont il est chargé par le souverain. Il enregistre les grands événements : parades militaires, fêtes, banquets, courses hippiques… Il garde la trace du passage de personnalités, photographie sa famille, son personnel domestique, des marchands… Un millier d’originaux sont conservés au musée d’ethnographie de l’Université de Zurich. Ilg a rapporté également d’Éthiopie une collection d’objets ethnographiques qu’il présentent dans plusieurs villes de Suisse en 1891 et 1892. Le musée de Zurich a organisé en 2004, pour le cent-cinquantenaire de sa naissance, une importante exposition de cette collection qu’il conserve dans ses murs.

Biasio

En 1906 et 1907, très affecté par ses déboires financiers et témoin de l’entente qui se noue dans le dos du souverain éthiopien entre la France, la Grande-Bretagne et l’Italie (notamment l’« Arrangement concernant les chemins de fer en Abyssinie entre la France, la Grande-Bretagne et l’Italie » du 13 décembre 1906), Ilg est rentré à Zurich en congés. Il est sans doute aussi victime de l’état de santé de Ménélik qui commence de se dégrader et des jalousies que son influence auprès du roi n’a pas manqué de susciter. En février 1907, répondant à Ménélik II qui lui assigne par télégramme l’ordre de rentrer à Addis Abeba, il donne au roi sa démission de ses fonctions de conseiller d’État. Il ne retournera jamais en Éthiopie. Il décède à Zurich le 7 janvier 1916 des suites d’un problème cardiaque.

En 1918, Conrad Keller fait paraître aux éditions Verlag von Huber & Co, à Frauenfeld et Leipzig, une biographie de son ami.

Alfred Ilg Keller

Le roi de profil et portant couronne – 3

Nous avions laissé le lecteur sur la question de savoir si Léon Chefneux était l’auteur des deux photographies du roi représenté de profil et portant sur l’une couronne, sur l’autre son voile de mousseline blanche, la ras masseria.

Menelik-Chefneux

La Bibliothèque nationale d’Autriche conserve deux portraits en excellent état du roi et de son épouse, la reine consort Taytu Betul, reproduits par chromolithographie. L’image du souverain gravée à partir du « cliché Chefneux » est présentée une fois encore et comme celle de son épouse à l’intérieur d’un ovale bordé ici d’un boudin de tissus des trois couleurs de la dynastie salomonide, tressé de perles, le tout dans un encadrement décoratif comportant des rameaux, notamment d’olivier. On y voit aussi le lion passant portant couronne et drapeau. Le nom est inscrit en amharique dans un cartouche. Il n’y a malheureusement aucune date ni mention de graveur ou d’imprimeur.

Menilek II., Kaiser von Abessinien

Menilek II., Kaiser von Abessinien, avec l’aimable autorisation de Österreichische Nationalbibliothek — N° inv. PORT_00031869_01 Copyright © 2014 Österreichische Nationalbibliothek

Taitu, Kaiserin von Abessinien

Taitu, Kaiserin von Abessinien, avec l’aimable autorisation de Österreichische Nationalbibliothek — N° inv. PORT_00031871_01 Copyright © 2014 Österreichische Nationalbibliothek

Dans son ouvrage Le roi des rois et la photographie, Estelle Sohier signale l’existence d’un document ressemblant, conservé dans les réserves de l’église Mädhané à Ankober1. Le motif décoratif y est différent ; le cartouche porte le nom en deux langues. Des inscriptions en ge’ez ont été portées au crayon entre les deux images.

Cette église, écrit Estelle, « fut totalement détruite par la foudre peu de temps après l’invasion italienne, en 1936 ou 19372 », mais certains objets purent être sauvegardés, dont cette « gravure en couleurs apposée sur une feuille de papier clouée à une planche de bois ». Estelle légende et date cette image : « Gravure représentant Ménélik II et Taytu à l’époque de leur mariage, 1883 ». C’est dans cette église d’Ankober qu’eut lieu la cérémonie de mariage.

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Elle observe que le docteur Lincoln de Castro — lui-même photographe — a décrit cette gravure lors de son séjour à Ankober au début de l’année 1910, en attribuant à un autre médecin italien — également photographe —, Leopoldo Traversi, la photographie qui lui aurait servi de modèle : « […] et suspendus dans un cadre, de vieux portraits de Ménélik et de la reine Taytu photographiés, je crois, par le docteur Traversi. »3

Ce portrait fait par Leopoldo Traversi auquel pense Lincoln de Castro est bien une vue de profil. Cette image du roi est assez connue parce qu’elle a circulé à partir de 1898 sous forme d’une carte photographique publicitaire offerte avec les tablettes de chocolat Félix Potin pour remplir les fameux albums des 500 célébrités contemporaines. Il existe également dans la série un autre portrait de Taytu, légendé par erreur : « Tahiti ».

felix potin abyssinie

Épreuve argentique contrecollée sur carton H. 0.074 ; L. 0.042

Simultanément, cette photographie du roi a circulé sous forme de gravure ou de carte postale.

Menelik_II

Konig Menelik

Le portrait de Taytu a été lui aussi largement diffusé en cartes postales, chez Arabiantz et d’autres éditeurs.

Taytu 2

Taitu_72

Les deux portraits de Taytu, reproduits dans le chromo comme dans la vignette photographique, sont, à la différence de ceux du roi, pris de trois quarts. Je n’ai aucune information sur les conditions dans lesquelles ils ont été réalisés.

Il en existe un troisième encore, datant de la même époque, fait peut-être par Hénon :

Taytu WS-2006-001-037

Taytu, fehlende Bilder Fus Tom Girma Fäsäha Bilder 1, Mäzgäbä Seelat (image Wolbert Smidt) WS-2006-001-037

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On peut voir à la Société de géographie italienne trois tirages photographiques des portraits réalisés par Leopoldo Traversi : deux profils et une vue de trois quarts. On y voit que le profil n’est pas exécuté avec autant de rigueur que le portrait du souverain couronné attribué à Chefneux : le roi n’est pas exactement de profil, la caméra effectue une légère plongée sur le sujet photographié.

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Photographie Leopoldo Traversi, n° inv. UBFC 238:1:77. © Societa Geografica Italiana.

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Photographie Leopoldo Traversi, n° inv. UBC 239:71. © Societa Geografica Italiana.

UBC 239:72

Photographie Leopoldo Traversi, n° inv. UBC 239:72. © Societa Geografica Italiana.

Ces portraits de Ménélik font partie d’un ensemble de 130 portraits photographiques réalisés par le DTraversi dans une perspective de description anthropologique (les modèles posent de face et de profil) vraisemblablement pour le compte de la Société de géographie italienne pour laquelle travaillait le médecin.

Je connais une gravure en noir et blanc du chromo conservé à la Bibliothèque nationale d’Autriche. Elle a été inversée par erreur par un technicien qui ne lisait sans doute pas l’amharique et publiée dans The Illustrated London News du 17 juillet 1897, article qui relate la venue à Addis Abeba de la mission britannique conduite par Rennel Rodd, et au nombre de laquelle on retrouve le Capitaine Speedy (voir notre premier épisode). Tristram Charles Sawyer, qui était en effet le conseiller et l’interprète de la mission, fit là son dernier voyage en Éthiopie. Le journal précise que les photographies qu’il reproduit lui ont été confiées par le Capitaine Speedy. Ce qui ne veut pas dire qu’il en soit l’auteur.

Illustrated News

Estelle Sohier mentionne enfin un portrait du roi couronné qui a été envoyé à la pinacothèque de Turin pour la réalisation d’une peinture commandée à deux artistes italiens en 1888, laquelle ne fut jamais exécutée (p. 89-91). Elle m’écrit qu’elle ne sait malheureusement guère plus que ce qu’elle en a publié dans son livre. Le directeur de la pinacothèque écrivait à son sujet : « […] au pied du trône se tient le roi Ménélik, en grand costume et coiffé d’une couronne en or, suivi d’un serviteur. La composition comporte six personnages. Pour exécuter le portrait de Ménélik, les peintres eurent recours à une photographie de petite taille donnée par le même Afä Wärq. Le portrait est assez ressemblant, même si le roi a une expression plus jeune que celle qu’il a maintenant10 ».

Hormis les portraits attribués à Chefneux, il existe à ma connaissance peu de vue de profil du roi. On en connaît une autre cependant, un portrait dessiné par le voyageur JG Vanderheym, portrait qu’il reproduit sous la forme d’une gravure 4 dans son ouvrage Une expédition avec le Négous Ménélik, Paris, librairie Hachette, 1896, dont nous avons déjà parlé, ainsi que dans l’article paru le 7 mars de la même année, dans Le Tour du Monde. Ménélik y porte un feutre sur « un serre-tête en mousseline blanche ». Le tout, commente Vanderheym, est destiné à masquer sa calvitie.

Menelik Vanderheym une expedition avec le negus

Le portrait de profil semble donc bien être un mode exogène de représentation du souverain éthiopien. Il est associé à des projets qui impliquent l’État et sa représentation à l’extérieur des frontières : monnaie, timbres, avec les enjeux que nous lui connaissons dans le contexte d’une nation qui cherche à faire valoir sa souveraineté face aux puissances impérialistes de l’époque. C’est également un mode influencé par des habitudes ou des référents culturels, comme en témoignent le travail du docteur Traversi ou le dessin de Vanderheym.

On notera aussi, tant sur la monnaie que sur les timbres et également sur la gravure de l’empereur sans couronne réalisée d’après la photographie attribuée à Chefneux, que le nez de Ménélik paraît plus allongé que sur la photographie de l’album du Capitaine Speedy.

Nous verrons dans un prochain et dernier épisode que la question de la couronne que porte le roi mérite que l’on poursuive encore un peu ce feuilleton.

Notes

  1. SOHIER E., 2012. Le Roi des rois et la photographie. Politiques de l’image et pouvoir royal en Éthiopie sous le règne de Ménélik II, Paris, Publications de la Sorbonne, p. 86.
  2. Ibidem, p. 88.
  3. Ibidem, p. 88.
  4. Vanderheym a pourtant abondamment photographié le roi, son épouse et même Zaoditou, qui succédera plus tard à Ménélik II, après le bref épisode du règne de Lidj Iyassou. Une séance de pose est évoquée dans Une expédition avec le Négous Ménélik p. 116.

À suivre.

Le roi de profil et portant couronne – 2

Après un silence, pour le chagrin et la colère, Un Train en Afrique rend hommage à Wolinsky, Cabu, Tignous, Charb, Philippe Honoré, Bernard Maris, Michel Renaud, Elsa Cayat, Frédéric Boisseau, Philippe Lançon, Mustapha Ourrad, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Clarissa Jean-Philippe, Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada, assassinés à Paris les 7, 8 et 9 janvier 2015, et reprend la publication du feuilleton : Le roi de profil et portant couronne.

 

Parmi les photographies contenues dans l’album de Tristram Charles Sawyer, mieux connu sous le nom de Capitaine Speedy, qui apparurent récemment sur le marché (voir ce précédent billet), on découvre un très remarquable portrait de Ménélik II vu de profil et portant couronne.

cap speedy 2

En 1893, au lendemain de la révocation du traité de Woutchalé (Ucciali), Ménélik charge Léon Chefneux de faire fabriquer par la Monnaie de Paris un thaler d’argent à son effigie. Seront également imprimés trois millions de timbres.

Pour la pièce de monnaie, biface en argent, frappée, le graveur Jean Lagrange réalise la matrice de l’avers et de l’envers. Un détail cependant ennuie Lagrange : la couronne est trop haute pour figurer harmonieusement à l’intérieur du cercle où doit s’inscrire en caractères amhariques « Ménélik le deuxième, roi des rois d’Éthiopie ». Le dessin de la croix qui surmonte la coiffe s’intercalera entre le nom du souverain et son titre : negus negest, « le roi des rois ». Sur le revers, le lion passant avec couronne et drapeau illustre la devise royale : « Lion conquérant de la tribu de Juda ». Le tout est complété de la valeur de la pièce : « Un birr ». Ménélik accepte, mais de mauvaise grâce, l’exigence du graveur.

Menelik 1 birr A

Menelik 1 birr B

La monnaie est déclinée en trois fractions : Huitième de birrQuart de birrDemi-birr.

coin 4 coin 1

Pour la série de timbres — quatre portent la figure du roi ; trois, celle du lion de Juda : elles serviront pour les plus hautes valeurs — Chefneux fait appel à Louis-Eugène Mouchon. L’artiste est doté d’une solide réputation. Il a déjà gravé de nombreux timbres en France, dont la célèbre Semeuse. Il a travaillé aussi pour les monarques belge, néerlandais, portugais…

L’Atelier de fabrication des timbres-poste à Paris réalise en juin 1894 l’impression de près de trois millions de vignettes. Henri Tristant rapporte cet épisode inaugural de l’histoire postale éthiopienne dans son ouvrage : Histoire postale de l’Éthiopie sous le règne de l’Empereur Ménélik II, Paris, 19771.

menelik timbres

« La monnaie en Abyssinie, écrit Jean Gaston Vanderheym dans Une expédition avec le négous Ménélik : vingt mois en Abyssinie, Hachette, 1896, est le thaler de Marie-Thérèse d’Autriche qui varie de valeur selon le cours de l’argent à Aden. Dans certaines provinces occidentales, il y a un peu de monnaie de fer. Le commerce se fait surtout par échanges. Le plus grand trafic du pays se fait en toiles de coton, en provisions de bouche, en bétail, en or, en civette ou en ivoire que l’on donne au poids, et principalement en sel, que l’on peut proprement appeler la monnaie du pays ».

Thaler Marie Thérèse rv

Un peu plus loin dans le même texte, Vanderheym rapporte que « M. Chefneux a récemment apporté d’Europe, à titre d’essai, une nouvelle monnaie à l’effigie du Négous ».

Vanderheym thaler

Vanderheym, J Gaston, « Une expédition avec le négous Ménélik : vingt mois en Abyssinie » [préface de Jules Claretie], Hachette (Paris), 1896

De fait, ce projet de monnaie et de timbres postaux que les conseillers européens de Ménélik l’ont convaincu d’entreprendre ne concerne pas vraiment les sujets du roi. Il est fait surtout pour montrer aux puissances qui lorgnent sur l’Éthiopie qu’elle est une nation indépendante et souveraine. Que Ménélik veille sur l’édifice nouvellement construit, mais que menacent de toutes parts les visées impérialistes, française, britannique et surtout italienne.

Quant aux timbres, ils ne serviront qu’aux étrangers, les seuls quasiment à envoyer de la correspondance entre Addis Abeba, la nouvelle capitale, et Harar et puis au-delà, à Djibouti et jusque dans le reste du monde, par messageries maritimes. Chefneux et Alfred Ilg veulent mettre sur pied un service postal. Cette affaire ne risque pas de rapporter grand argent. Soit ! Chefneux se débrouillera avec le négociant Maury à Paris pour financer cette opération. Ilg voudrait de surcroît faire entrer l’Éthiopie dans l’Union postale internationale. Louable intention, mais bien improbable depuis que le roi a décidé que rien ne serait écrit sur les timbres ou sur la pièce de monnaie qui ne soit en amharique2 !

Il faudra donc compléter l’affranchissement d’une lettre destinée à quitter le territoire éthiopien d’un timbre supplémentaire.

Lettre à Alfred Ilg

Enveloppe reproduite de l’article d’Ulf Lindhal « Postal history of Ethiopia during the reign of Menelik II ».

Comme pour le thaler Marie-Thérèse ou celui sur lequel figure le roi d’Italie Umberto, mais que les « indigènes » refusent d’utiliser, il convient que le roi des rois de l’Éthiopie soit représenté de profil. Il regardera au loin, dans une attitude inspirant respect et confiance.

Umberto 1891-ro Umberto 1891 vo

cap speedy 2

Un autre portrait du roi photographié de profil existe, bien plus connu que celui de l’album du capitaine Speedy. Il est attribué à Léon Chefneux. Le roi n’y porte pas de couronne, mais un voile de mousseline, la ras masseria amhara qu’il aime à nouer sur la nuque. Il porte également sa kabba ourlée d’or et plusieurs colliers. Dans son ouvrage : Le roi des rois et la photographie, Estelle Sohier pense que cette photographie de Chefneux a servi de modèle pour la gravure de la monnaie et des timbres. Elle date ce cliché du début des années 1880 : « la plus ancienne version est une gravure datant de 1883 », s’appuyant notamment sur l’information que Chefneux « disposait d’un appareil photographique dès 18822 ».

Paul Soleillet raconte : « Mon compagnon, M. Léon Chefneux, possède un appareil photographique. Nous partons dès le matin, en quête de types et de vues. Les habitants sont fort intrigués et quelques incidents comiques se produisent ». Soleillet mentionne également « une journée passée à faire des photographies de SM et de ses courtisans », le 28 octobre 18823.

Ce portrait a été largement reproduit, notamment dans la traduction française de la Chronique de Ménélik de Guébré Sellasé, vol. 2, 1932, pl. XXXIX où il est explicitement crédité Léon Chefneux (ce qui ne prouve pas absolument sa paternité) ; dans l’ouvrage de Charles Michel, Mission de Bonchamps. Vers Fachoda à la rencontre de la mission Marchand à travers l’Éthiopie, Paris, Plon, 1890, p. 97 ; dans L’Illustration du 7 mars 1896 (n° 2767) ; ainsi que sur plusieurs cartes postales (dont une publiée Au café de la Paix à Djibouti). Même position, même expression, même kabba, même série de colliers…

vers Fachoda

Menelik Illustration

MENELIK II CAFÉ DE LA PAIX

Menelik Aden colorisée

Menelik Aden colorisée vo

Menelik II Arabiantz

Menelik II roi d'Abyssinie

Menelik et son palais

D’autre part, à Paris en 1893, Eugène Mouchon, qui a utilisé la matrice du thaler pour graver la série de timbres, a également réalisé une médaille uniface en bronze à partir du portrait à la ras masseria.

Ménélik médaille uniface

Louis-Eugène Mouchon Ménélik II, négus d’Abyssinie en 1893 médaille uniface en bronze ø. 0.104 musée d’Orsay, Paris, France © photo musée d’Orsay/rmn

Léon Chefneux aurait donc emporté à Paris deux portraits photographiques du roi pour servir de modèles aux graveurs.

Serait-il l’auteur de ces deux clichés ? Aurait-il réalisé le même jour deux portraits du roi de profil, l’un avec couronne, l’autre sans ? Les similitudes entre les deux photographies sont flagrantes. L’angle de prise de vue, la position de l’appareil à la hauteur exacte du visage du roi, la distance par rapport au sujet photographié sont exactement les mêmes dans les deux images. L’exécution rigoureuse d’une telle prise de vue de profil qui déroge, selon Estelle Sohier, aux canons de l’esthétique religieuse éthiopienne4, laisse penser que ces portraits ont pu être faits avec un objectif précis, celui de réaliser timbres et monnaies. Mais nous sommes au début des années 1880. Le thaler et les timbres ne seront fabriqués qu’en 1893 ! Estelle écrit : « Dans la peinture religieuse éthiopienne, la position de profil était alors exclusivement réservée à la représentation des infidèles. La création de ce document a donc été le fruit de conseils étrangers, conseils de poids, car ils poussaient le roi à transgresser les codes iconographiques chrétiens éthiopiens ». Chefneux et Ilg ont-ils été dès le début des années 1880 les inspirateurs du projet, dont l’exécution de ces deux portraits pourrait être considéré comme le premier acte5 ?

Ulf Lindhal se demande si le portait du roi avec couronne aurait été fait par Tristram Charles Sawyer. Cela me paraît peu probable. Serait-il, avec son double sans couronne, l’œuvre d’Alphonse Hénon, dont j’ai récemment parlé ? Un portrait de Taytu, l’épouse du roi, fait également partie de l’album. J’ai de bonnes raisons de penser qu’il a été fait par Hénon mais je ne connais aucun portrait photographique attribué à Hénon qui soit un profil. On trouve aussi dans l’album un portrait de Makonnen. TCS Speedy pourrait bien avoir rassemblé dans son album des photographies de sa composition avec d’autres acquises sur place ou ailleurs : les possibilités ne manquent pas. Quelques portraits des souverains, assez précieux, s’offrent et circulent alors entre l’Éthiopie et l’Europe…

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Post-scriptum

Rédigeant ce billet, je vois dans Le Monde des livres daté du 24/12/2014 cette photographie de profil de Christian Garcin.

Garcin Le Monde

Je suis frappé par l’impact d’une telle image — point de vue assez inhabituel pour un portrait d’écrivain ou d’artiste —, qui évoque le portrait de l’identité judiciaire, héritier des démarches anthropologiques.

Bertillon fiche

Fiche d’Alphonse Bertillon, inventeur de l’anthropométrie judiciaire.

Borelli Type de femme zingero

Jules Borelli, Type de femme zingero. N° inventaire : 1998-6097-173. © Musée du Quai Branly.

Notes

  1. TRISTANT, Henri Histoire postale de l’Éthiopie sous le règne de l’Empereur Ménélik II, Paris, 1977. J’ai pour ma part consulté la traduction en anglais de cet ouvrage, réalisée et publiée en 1979 par Huguette Gagnon ainsi que le Menelik’s Journal, dans son édition d’octobre-décembre 2013 (volume 29, N° 4).
  2. SOLEILLET, Paul, Obock, le Choa, le Kaffa, récit d’une exploration commerciale en Éthiopie, Librairie illustrée J Taillandier Éd. 8 rue Saint-Joseph, Paris, 1868.
  3. SOHIER, Estelle, Le roi des rois et la photographie. Politique de l’image et pouvoir royal en Éthiopie sous le règne de Ménélik II. Publications de la Sorbonne, Paris, 2012, p. 240 et 242. « La frappe de cette monnaie s’inscrit dans un rapport de force entre l’Éthiopie et l’Italie, mais aussi dans un rapport de force entre les puissances coloniales elles-mêmes […]. La monnaie était le signe tangible de l’existence de l’État éthiopien et de l’unité du pays, comme ses timbres postaux. » p. 242. Voir aussi : Sohier Estelle, « La création des symboles nationaux éthiopiens et la conquête coloniale sous le règne du roi des rois Menilek II (1889-1913) », Hypothèses 1/2007 (10), p. 55-65.
  4. SOHIER, 2012, p. 88.
  5. L’image du roi vu profil explique peut-être le mauvais accueil fait par la population au thaler Ménélik, qui continue de lui préférer le Marie-Thérèse. Concernant la monnaie éthiopienne, on consultera avec profit ce site et pour la valeur du thaler, celui-ci

 Je remercie cordialement Serge Magallon pour ses informations et vérifications concernant les timbres et thalers de Ménélik II.

 

À suivre…

Le roi de profil et portant couronne – 1

Un Train en Afrique vous souhaite une très belle année 2015 et vous offre, commençant ce 1er janvier, un feuilleton exceptionnel : Le roi de profil et portant couronne.

 

Speedy

Le 4 décembre 2012, chez Bonhams à Londres, un album de 180 vues et portraits dont plusieurs autoportraits du Capitaine Speedy était adjugé 2 375 livres sterling. Ce lot numéroté 377 comprenait l’ouvrage : The Handy Royal Atlas par A Keith Johnston, qui avait appartenu à l’aventurier. En témoigne une inscription marquée à l’or sur le plat de couverture : Captain TCS Speedy. 

Ulf Lindahl, à qui tout cela n’a pas échappé, le signale dans l’édition d’octobre-décembre 2013 du Menelik’s Journal (volume 29, N° 4).

Outre les autoportraits en costume éthiopien, l’album comporte une grande variété de vues : un joueur de harpe, une danse de guerriers Somalis, des hommes mangeant de la viande crue, un portrait de l’Abune Petros VII, un portrait de Mattheos X, un portrait du ras Makonnen1

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Abuna Matteos

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Abuna Petros VII

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Rouquin, barbu, taillé comme un géant, Tristram Charles Sawyer (1836-1911), mieux connu sous le nom de Capitaine Speedy, forgé sur celui de Báshá Félíka que lui avait donné l’empereur Théodoros II, est un extraordinaire personnage dont la vie de voyages et d’aventures entre l’Inde, la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Népal, le Soudan, l’Éthiopie, se mêle aux inspirations littéraires dont elle fut l’objet (Stevenson, Kipling). Il explora la Corne de l’Afrique et apprit l’amharique.

À la fin des années 1860, il forme l’armée de l’empereur Théodoros II. Il est ensuite vice-consul du Royaume-Uni à Massawa. Au début de l’année 1868, il sert d’interprète au Général Sir Robert Napier dans l’expédition militaire partie libérer les otages européens captifs à Magdala. Le roi Théodoros II s’étant donné la mort, Speedy emmène son fils Alemayu en Angleterre et devient son tuteur.

NPG x34167; Prince (Dejatch) Alamayou of Abyssinia (Prince Alemayehu Tewodros of Ethiopia); Tristram Charles Sawyer Speedy by (Cornelius) Jabez Hughes

Prince (Dejatch) Alamayou of Abyssinia (Prince Alemayehu Tewodros of Ethiopia); Tristram Charles Sawyer Speedy by (Cornelius) Jabez Hughes albumen carte-de-visite, 1868 (89 mm x 57 mm) © National Portrait Gallery, London

En 1868, lors d’une présentation d’Alemayou à la reine Victoria à Osborne House, Île de Wight, le Capitaine Speedy se fait photographier en habits éthiopiens ou nubiens, affectant parfois des poses guerrières. La photographe est Julia Margaret Cameron.

D’autres portraits existent, certains signés Felice Beato.

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Julia Margaret Cameron, Spear or spare, Báshá Félíka 1868 Albumen print Victoria and Albert Museum Museum no. 19-1939

Speedy et Alamayou

Julia Margaret Cameron, Déjatch Alamayou and Basha Félika. Son and heir of King Theodore of Abyssinia and Captain Tristram Speedy 1868 Albumen print The Royal Photographic Society: 2003-5001/2/20853

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Julia Margaret Cameron, Déjatch Alamayou and Basha Félika, King Theodore’s son and Captain Speedy 1868 Albumen print The Royal Photographic Society: 2003-5001/2/20854

Sur l’album de photographies de la campagne d’Abyssinie que conservent les Archives nationales du Royaume-Uni, on trouve deux photographies prises à Magdala, vraisemblablement après la mort de Théodore II, représentant Tristram Charles Sawyer et l’enfant Alemayou. Le bouclier et la lance sont les mêmes que ceux du portrait fait par JM Cameron.

Les images de cette invraisemblable campagne militaire sont probablement les premières photographies prises en Éthiopie.

Speedy Magdala

The National Archives UK CO 1069-5-115 Captain Speedy, Magdala, Abyssinia. Albumen print

Alemayou Magdala

The National Archives UK CO 1069-5-114 Son and Heir of King Theodore Magdala, Abyssinia. Albumen print.

En 1878, le Capitaine Speedy explore le Soudan avec son épouse, Cornelia Cotton, qui en publie le récit de voyage2. En 1883, il fait partie de la mission dirigée par le Vice-Amiral William Hewett auprès de la cour de l’empereur Johannes IV. En 1897, il accomplit son dernier voyage en Éthiopie en tant que conseiller de la mission diplomatique britannique conduite par Rennel Rodd. Il participe à cette occasion aux négociations du Traité anglo-éthiopien de 1897 avec l’empereur Ménélik II. C’est de cette époque que daterait l’album mis en vente aux enchères3.

speedy_cameron

 

Notes

    1. « Images include: upwards of 20 self portraits of Speedy, some in traditional Abyssinian dress (which he was famous for adopting, notably recorded in portraits taken of him by Julia Margaret Cameron), and others in the guise of a Bedouin chief, a Nubian chief, a Nubian warrior, and several in which he is acting out various moods and expressions, including ignorance, superiority, and equality. Other views include: the serving of Tej (Ethiopian meal); an Ethiopia harp player; group portraits (5) of Somalis, including a Somali war dance ; a portrait of Abune Petros VII ; a portrait of Mattheos X; a profile portrait of Emperor Ménélik ; a bridal party, and men eating raw beef. » The six-foot-five red-bearded soldier is thought to have been the inspiration for a Kipling character and appears in the Flashman series (Flashman on the March).

FlashmansontheMarchcover

  1. My Wanderings in the Soudan by Mrs Speedy (Cornelia Mary Speedy), 2 vols. London. Richard Bentley & Son, New Burlington St. 1884. Printed by R. & R. Clark, Edinburgh.
  2. Selon Julian Cox et Colin Ford, Julia Margaret Cameron: The Complete Photographs, J Paul Getty Museum, Los Angeles, 2003, p. 519 : « Speedy later married « Tiny » Cotton, daughter of Benjamin Tennyson Cotton, a wealthy Isle of White [sic] landowner, of Afton House, in December 1868, and spent the rest of his life on the island ». L’information et surtout la date nécessitent d’être vérifiées.

À suivre…

Étrennes de 1890

Le Gaulois

Le Supplément littéraire illustré du Gaulois publiait le 22 décembre 1890 une Revue des nouvelles publications illustrées de la Librairie Hachette et Cie comprenant un article qui reproduisait le portrait de Ménélik entouré de ses généraux, lequel avait été publié dans Voyage au Choa, Abyssinie méridionale : 1884-1888 de Henry Audon.

Il s’agissait des livraisons n° 1494, 1495 et 1496 du 2semestre 1889 du Tour du Monde : nouveau journal des voyages, publié sous la direction de M. Édouard Charton (1807-1890) et illustré par nos plus célèbres artistes (6 pages par livraisons, format 23 x 31 cm, éditeur : Hachette, Paris, 1860-1914).

Le Gaulois avait choisi d’illustrer son article de la gravure légendée : Ménélik et ses généraux. Dessin d’E Ronjat, d’après une photographie de M Hénon.

Ménélik Tour du Monde

On consultera l’ouvrage d’Estelle Sohier, Le Roi des rois et la photographie. Politiques de l’image et pouvoir royal en Éthiopie sous le règne de Ménélik II, Paris, Publications de la Sorbonne, 2012, qui offre une rare reproduction d’un tirage photographique (quand la plupart des versions connues de cette image et notamment présentées ci-dessous sont des gravures, ce qu’explique la date de leur publication) et surtout une analyse de cette image qui figure un roi plutôt jeune, représenté devant une tente, entouré de ses généraux : « A. Hénon donne à voir un groupe de chefs militaires organisé et structuré autour du roi, un pouvoir itinérant, offensif et triomphant » (p. 28).

Pour mémoire et par comparaison, on revisitera cette page où le roi est également photographié devant une tente, entouré de jeunes gens en tenue d’apparat.

Henon (Audon) Estelle Sohier

Document reproduit de l’ouvrage d’Estelle Sohier, « Le Roi des rois et la photographie. Politiques de l’image et pouvoir royal en Éthiopie sous le règne de Ménélik II », Paris, Publications de la Sorbonne, 2012 (p. 28)

Cette image donc, sous sa forme gravée, a beaucoup été reprise dans la presse française, italienne, anglaise, comme en témoignent ces pages.

Abyssinia past and present

Estafette

Henon Monde illustré

Dans certains cas, l’image est inversée (il est en réalité assez difficile sans disposer du négatif de savoir quel est le bons sens) ou colorisée, modifiée avec une certaine liberté et replacée, comme dans le Supplément illustré du Petit Journal, dans un décor imaginaire.

Le-Petit-Journal-10-nov-1895

On constate aussi qu’il en existe au moins une variante, avec un point et un angle de vue légèrement différents.

Journal-des-voyages-N°-880-du-20-Mai-1894

Le cliché peut être attribué, comme cela est assez fréquent à l’époque, à un autre photographe comme ici, dans cette publication italienne (vraisemblalement l’édition italienne de L’Illustration) dans laquelle le docteur Leopoldo Traversi est crédité de la photographie.

Hénon-Traversi_

On trouve d’ailleurs un remploi de cette gravure (mais je n’ai pas eu cette édition italienne de 1961 entre les mains pour vérifier si elle était attribuée à Traversi) en couverture d’une édition du Continente Nero de l’explorateur et journaliste Augusto Franzoj.

Continente nero

 ⚚

Je parlerai ailleurs de ce curieux personnage qu’est le sous-lieutenant de cavalerie Alphonse Louis Hénon, auteur de cette photographie et de ce qui est à mon avis le plus beau portrait photographique connu du roi.

Je signale donc en prévision des étrennes – et vous souhaitant de très belles fêtes de Noël et de Nouvelle année –  la parution à New York aux éditions Assouline d’un luxueux « beau livre » : Ethiopian highlands de Lizy Manola (ISBN: 9781614282969 – 31 x 39 cm , 220 pages | 125 illustrations) dans lequel on trouve un article d’Estelle Sohier, illustré de photographies : « Encounters at Dawn. Portraits of the Ethiopian Highlands », p. 10-16.


Leopoldo Traversi

Je signale aux lecteurs du blog un échange nourri de commentaires autour de l’article Séduits par une vie d’aventures qui introduit une intéressante comparaison entre l’un des barbus de la photographie des Européens devant la maison d’Alfred Ilg à Entotto et le docteur Leopoldo Traversi dont voici un portrait :

leopoldo traversi

barbus avec Traversi

Et, d’autre part, poursuivant la piste des Italiens, cette autre hypothèse autour de la photographie des trois chasseurs qui met en relation Appenzeller (à gauche), le chasseur au casque blanc et le comte Antonelli (à droite). Attention que les yeux d’Appenzeller ont été retouchés à la pointe de crayon noir.

Appenzeller et inconnu copie

VMZ_346_17_016-web

VMZ_346_17_016. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

Où l’on voit qu’il est assez difficile de se fier aux portraits photographiques pour identifier une personne et que cette approche ne vaut que croisée avec des données biographiques ou de la littérature.

L’Abyssinie d’autrefois – 4

cover

Suite et fin de la publication du carnet édité par JA Michel en 1930 : L’Abyssinie d’Autrefois (voir 12 et 3).

Se succèdent plusieurs tableaux de chasse où figure à deux reprises un personnage qu’Ulf Lindahl identifie comme Jean Adolphe Michel.

S’y intercale la photographie d’un groupe de quatre indigènes de Boumé au lac Rodolphe (lac Turkana).

Toutes ces cartes sont situées géographiquement.

Hippo

Waterbock

Autruche

Boumé

Gorké

Spekei

L’Abyssinie d’autrefois – 3

cover

Je poursuis la publication du carnet édité par JA Michel en 1930 : L’Abyssinie d’Autrefois (voir 1 et 2).

De la dixième photo, j’avais déjà parlé ici.

Dans une version précédente (publiée vers 1912), la même photographie (avec un personnage central nettement plus visible) était légendée : Fourré dans une forêt vierge. J’y reviens car cette image assez mystérieuse donne l’occasion d’explorer un pan de la vie de Michel, qui se situe vraisemblablement dans les années 1912 à 1918.

lianes

Fourré dans une forêt vierge

Outre ses activités postales, Michel s’est intéressé à la production de caoutchouc. Ullf Lindhal le mentionne dans l’édition d’octobre-décembre 2008 du Menelik’s Journal (Vol 24, N°4). Judy Swink m’a envoyé plusieurs photographies parmi lesquelles on retrouve celle reproduite en carte postale. La légende inscrite au verso précise que le camp installé en bordure des arbres à gomme (rubber lianes) se situe dans la vallée de l’Omo.

RubberVinesOmoRiver

RubberVinesBack

Wild Rubber Gathering 01

RubberPrep

Wild Rubber Cooking

RubberPrepBack

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RubberStaVillageBack

RubberStaView

RubberStaViewBack

Wild Rubber Station Camp

RubberStaTent

RubberStaTentBack

Toutes les photographies : JA Michel, coll. J SWINK

En l’absence d’un texte (journal, registre, comptabilité… dont ne disposons hélas pas), il est difficile de faire parler davantage ces photographies. Il est intéressant toutefois de les rapprocher d’un papier de JM Cornu : Le caoutchouc au Harar dans lequel il est question des espoirs formés par Rimbaud d’exploiter du caoutchouc à partir d’une euphorbe très commune dans la région d’Harar.

Ces essais témoignent des efforts tentés en ce début du siècle pour exploiter le caoutchouc naturel et profiter de la manne que constitue la matière première. Toutefois, la récolte de gomme à partir de végétaux susceptibles de contenir une forme de latex ni la fabrication de caoutchouc n’ont réellement dépassé en Éthiopie le stade de tentatives ou de petites productions artisanales, comme celle de Michel.

À suivre.

L’arrivée du train de Djibouti

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Arrivée du train de Djibouti. Photographie Alexandre Marchand. Extrait d’une planche EDUCA. Coll. H FONTAINE

Photographiée en gare de Diré-Daoua, l’arrivée du train de Djibouti, nous donne à voir la composition d’un convoi : une voiture de 1ère et 2e classe, une voiture de 2e classe, une voiture de 3e classe ou « classe indigène » et, pour finir, un fourgon de queue.

Ce cliché est sonore ! Écoutez les bruits de la foule qui se masse autour des portières, les cris, les appels, les bribes de conversations qui montent aux oreilles du photographe installé au premier étage du bâtiment de la gare (en bois).

Il est extrait d’une planche de photographies stéréoscopiques montées selon le système EDUCA, dont je parlerai prochainement. Ce sont des photographies d’Alexandre Marchand. Elles ont donc été prises entre 1911 et 1913, dates de son séjour dans la ville ferroviaire d’Éthiopie.

Une autre photographie d’Alexandre Marchand − c’est l’ami Jean-Pierre Crozet qui me le rappelle − montre un convoi visiblement plus important, composé différemment, sur le même quai animé d’une foule encore plus nombreuse. La multitude des hommes en arme suggère qu’un chef voyage à bord du train. Il s’agit peut-être du voyage inaugural des 85 premiers kilomètres du tronçon B par le Dedjazmatch Tafari Makonnen (futur Haïlé Sélassié) le 20 juillet 1912, dont j’ai déjà parlé ici (ce cliché-là est d’ailleurs numéroté 677).

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Un train en gare de Diré-Daoua. Photographie Alexandre Marchand (numérotée 676). Coll. Y VELOT.

Je renvoie à l’article de Marie-José Tubiana, qui nous a fait découvrir une image remarquable autour d’un wagon de 3e classe, et aux deux clichés, de Marchand et de Holtz, que j’avais mis en perspective.

Il semblerait que nous en sachions déjà plus sur l’auteur de cette image et grâce, notamment, à l’intervention de Lukian Prijac, infatigable découvreur d’archives. À suivre !

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Voiture de 3e classe avec personnages. Photographe et date inconnus. Coll TUBIANA

Pour mémoire : ces deux cartes de la collection Gérard : Rhinocéros, histoire d’un titre et Départ du train pour Djibouti. Aussi ce billet sur la gare en bois.

Où se procurer le livre ?

Vous pouvez commander le livre (Carte Bleue ou  Paypal) ou envoyer un chèque de 39,90 € TTC à l’ordre de : AMARNA PRODUCTION, 40 rue Pierre Brossolette, 92500 Rueil-Malmaison. Les frais de port sont offerts en France métropolitaine (Colissimo).  

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