En route to Aphinar

Arthur-Rimbaud-in-Java-Blog

Hommage de Yves Marie Stranger à Jean-Michel Cornu de Lenclos, qui nous a quittés le 1er août à Phnom Penh.

L’article est ici : En route to Aphinar – Mêlkam Addis Amuêut.

On lira sur le site que tenait JM Cornu une série d’articles consacrés à Rimbaud à Harar et notamment ce dernier, l’Abyssinienne de Rimbaud, autre « drôle de ménage », qu’il avait donné à publier cet été.

Bon vent, Monsieur Cornu !

JM Cornu

L’Abyssinie d’autrefois – 2

cover

Je poursuis la publication du carnet de Jean Adolphe Michel intitulé : L’Abyssinie d’Autrefois avec les deux cartes suivantes.

Au sujet de la première, Francis Falceto m’écrit : « J’ai identifié le Kèntiba Gebru/Guèbrou d’après les Impressions d’Éthiopie, vol. 3, p. 281, de Mérab (1929) qui reproduit cette photo en la légendant Le Kantiba Gèbru et sa femme jouant de la harpe. Mérab la crédite Photo Mody ».

Cette carte est également reproduite dans Éthiopiques 11 Alèmu Aga, et dans Éthiopiques 21 Emahoy Tsegué-Maryam Guèbrou. Francis ajoute que le parcours du Kèntiba Gebru, « prototype de l’intellectuel éthiopien, moderne et libéral » mériterait largement un article.

J’ignore tout de la Princesse abyssine dont le portrait est reproduit sur la carte suivante.

Famille abyssine

Princesse

Dans une série datée de 1912, Michel avait déjà publié la Famille abyssine ainsi que ce portrait d’une femme Gouraghé.

Famille abyssine ro

Coll H FONTAINE

Page 12 Addis Abbeba Arada 23 recto

Page 12 Addis Abbeba Arada 23 verso

Coll. S MAGALLON

L’Abyssinie d’autrefois – 1

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En 1917, Jean Adolphe Michel, alors Conseiller du gouvernement, est chargé par le gouvernement éthiopien de produire une nouvelle série de timbres pour remplacer celle de 1909. Par l’entremise de son frère, Fritz, qui travaille pour les Postes suisses, Michel commande auprès de la société Busag de Berne l’impression d’une série dessinée par Walter Platter à partir de ses propres photographies. Les planches représentent le prince Tafari et l’impératrice Zaouditou (lidj Yassou a été destitué) ainsi qu’un ensemble d’animaux sauvages, ce qui explique le nom donné à la série : Animals & Rulers (voir ici la liste). Elle est émise le 16 juin 1919.

Mr Basha

Lettre adressée le 21 décembre 1919, recette principale d’Addis Abeba à M. Atnafe Basha à Miéso, Éthiopie. Timbre à 12 guerches (en place d’un simple timbre à 1 guerche, tarif domestique). Source : www.postage-due.com/Exhibits/Animals%20and%20Rulers/

Grâce à un accord secret passé avec le ministre des Postes, Wassanie Zamanel, âgé de 12 ans !, Michel obtient l’autorisation d’imprimer cette série pour le compte du gouvernement éthiopien et de conserver pour lui-même l’exploitation sur le marché des collectionneurs pour équivaloir au prix de fabrication augmenté d’une marge de 10 %. Il pourra de surcroît conserver les plaques afin de réimprimer ces timbres, mais seulement dix années révolues après la date d’émission et si de nouveaux timbres étaient émis 1. Ces timbres ne devaient pas non plus être réintroduits sur le marché éthiopien. Michel obtient aussi l’usage de six cachets à date. Tous ces avantages étaient censés compenser les années de salaires impayés que Michel réclamait au gouvernement éthiopien.

Autorisation accordée à JA Michel par le ministre des Postes, Wassanie Zamane.

Autorisation accordée à JA Michel par le ministre des Postes, Wassanie Zamane. Source : www.doigsden.com

En 1930, Michel (alors à Nice) fait réimprimer ces timbres ainsi qu’une série de cartes postales marquées : « Carte postale. Reproduction interdite – Collection Michel – Addis-Ababa. », série qu’il commercialise en apposant au recto un des quinze timbres oblitérés d’un cachet Addis Abeba, Harar ou Diré-Daoua 2. Les cartes ainsi produites sont toutes datées de l’année 1931. Michel, accusé de faux, obtient un non-lieu en démontrant grâce à l’accord signé de 1918 qu’il est bien propriétaire des éléments utilisés pour la réimpression. Source et exposition en ligne des planches de la série Animals & Rulers.

Ces cartes circulent toujours chez les cartophiles/philatélistes sous la forme d’un carnet de dix-huit unités (format 105 x 160 mm) dont je présente ici les reproductions, dans l’ordre de leur assemblage. Une couverture en carton avec le titre L’Abyssinie d’Autrefois et une page de garde avec un cachet à date précèdent le lot. Elles existent imprimées en trois encres : noire, marron et verte.

Voici les sept premières cartes. Certaines ont déjà été reproduites dans de précédents billets (à retrouver dans la catégorie Jean Adolphe Michel).

Menelik

Yassou

Salassié

Chef

Cavalier abyssin

soldats

Hayelé

Coll. H FONTAINE

  1. Cette série est démonétisée le 1erseptembre 1928.
  2. Le timbre à l’effigie du buffle d’une valeur de 2 thalers n’a jamais été mis en circulation.

À suivre.

Diré-Daoua, la coquette

par Maurice Weerts

Jacques Weerts — que je remercie chaleureusement — m’adresse ce chapitre des mémoires de son père, où il est question de Diré-Daoua, de Harar et de Mgr Jarosseau, dont j’ai parlé récemment. J’avais déjà publié ici le chapitre 12 de ces mémoires inédites intitulées : Un demi-siècle au pays du Négus. Je propose, également dans son intégralité, ce chapitre : Diré-Daoua, le paradis sur terre (1928).

En illustration, une carte de JA Michel, de la série Éditions A.M. Addis-Abeba de 1912.

Haramaya Michel 1912

En 1926, Maurice Weerts, jeune Belge de 22 ans arrive à Djibouti, employé par un comptoir commercial belge. Le climat l’incommode fortement et il est envoyé en 1928 par son employeur à Diré-Daoua pour changer d’air. Dans ce chapitre de ses « Mémoires » rassemblées par son petit-fils François, il raconte ses impressions de Diré-Daoua et d’une randonnée à Harar.

 

Diré-Daoua, le paradis sur terre (1928) 

La maison de Jamin, notre agent à Diré-Daoua, comprenait aussi les bureaux et les magasins et se trouvait dans la rue principale à 200 mètres de la gare et quasi en face de l’hôtel grec, Bollolakos. Un peu plus loin, se trouvait l’hôtel Umberto, italien, fasciste bien sûr, muni d’un cinéma, muet puisque le parlant ne devait atteindre la région que plusieurs années plus tard. La banque se trouvait à l’extrémité de la rue et une rivière, généralement à sec et franchie à pied dans le sable et dans les pierres, séparait la ville européanisée du quartier indigène dit Magalla.

La ville avait été construite par la compagnie du chemin de fer à partir de la gare, pour ses expatriés assez nombreux. Les ateliers de réparation du matériel roulant y étaient installés, ainsi que la majorité des bureaux techniques et administratifs, transférés de Djibouti pendant la saison chaude. Les chefs d’entreprise et les responsables des différents services ferroviaires y avaient une seconde résidence pour leurs épouses, eux-mêmes faisant fréquemment la navette par le train.

La ville était bâtie autour de cinq rues disposées en éventail du côté sud de la ligne ferroviaire, partant de la gare et se terminant toutes à la rivière. Cette rivière, longue à peu près d’un kilomètre, ravinée en plusieurs bras, pouvait déferler avec un bruit effrayant lorsqu’un orage avait éclaté dans la montagne. Il était alors extrêmement dangereux de vouloir la traverser, le flot roulant des quantités de cailloux, quelquefois des arbres même, et chaque année des coolies somalis, préjugeant trop de leur endurance, étaient emportés dans le désert où on ne retrouvait jamais de cadavres, les hyènes ayant procédé à un nettoyage complet dès l’assèchement du lit.

Diré-Daoua avait une allure coquette, les portes et les fenêtres étaient garnies de vitres, au contraire de Djibouti où l’on préférait les persiennes pour obtenir le maximum de circulation d’air. L’intérieur des maisons n’avait pas cet aspect poussiéreux d’un logis mal entretenu et il était possible d’orner de quelques fleurs les salons et même les tables d’hôtel. Les rues étaient bordées d’arbres à petites fleurs jaune et rouge et les murs des maisons tapissés de bougainvillées. L’eau ne manquait pas, il pleuvait d’ailleurs assez fréquemment durant la saison chaude. La nourriture était normale, beaucoup de bons et beaux légumes cultivés par des fermiers hararis sur les pentes ravinées de la montagne ; oranges, citrons, bananes et surtout, d’incomparables mandarines venues de la vallée du torrent Errer où l’eau restait toujours suffisamment abondante pour irriguer de vastes plantations. Ces mandarines à peau épaisse, aussi grosses que des oranges, avaient un parfum prononcé, envahissant la maison où elles étaient consommées. Il y avait aussi des mangues venues du Harar et des cœurs de bœuf, des grenades, du raisin aussi, très bon et, ô délice, des champignons de prairie en quantités à la saison.

L’administration éthiopienne de Diré-Daoua était efficace, le gouverneur étant généralement un élève des écoles françaises, comme les fonctionnaires douaniers de rang élevé. Jusqu’alors, je n’avais rencontré qu’un seul fonctionnaire éthiopien, le consul à Djibouti, Ato Kebreth Astat Ka, mi-éthiopien mi-danakil, très intelligent et qui finit misérablement sous les mitraillettes de la tentative du coup d’État de 1960. Je me liai d’amitié avec Ato François Gebre Ezgiaber, Ato Emmanuel, Ato Kassa Maru, tous personnages que je devais retrouver quelques années plus tard à Addis-Abeba.

Le choc de ma rencontre avec Diré-Daoua fut tel que pendant bien des années, je pensai à cette ville comme un havre où finir mes jours, dans un climat de paradis terrestre, avec une nourriture abondante et extrêmement bon marché, des maisons confortables, des serviteurs compétents. Bien des Blancs y étaient d’ailleurs installés en permanence, Arméniens ou Grecs pour la plupart, ne se souciant pas outre mesure de ce qui pouvait se passer ailleurs.

Pour la première fois depuis vingt mois, je dormis profondément, sous une couverture, sans ventilateur, dans un air frais et parfumé de senteurs végétales. Il ne faisait réellement chaud que vers midi, chacun faisant la sieste pendant deux ou trois heures. Dans ce climat, à ce régime de légumes verts, mes furoncles disparurent en deux ou trois jours, et je me pris à envier mon collègue, bien logé, seul chez lui, avec un travail susceptible d’une progression importante. Jamin était intelligent, mais assez lent, à cause d’une encéphalite léthargique dont il n’avait pu guérir entièrement. Effectivement, il ne put jamais développer l’agence comme cela lui aurait été possible autrement.

J’avais fait la connaissance du consul honoraire de Belgique au Harar, M. Mousny, originaire du Namurois, de haute taille, sûr de lui, mais d’une extrême gentillesse pour moi. Il me proposa de partir pour Harar, à cheval, 60 kilomètres de route dans chaque sens, 600 mètres plus haut que Diré-Daoua. J’hésitai avant de répondre, mes capacités équestres n’ayant pas dépassé le très humble niveau du gros cheval de trait de la ferme de Rosmel. À tel point que M. Mousny me proposa d’utiliser une mule. Je finis par accepter, poussé par la curiosité. Le lendemain, je me trouvai au rendez-vous où m’attendaient non seulement M. Mousny et son palefrenier, mais aussi le consul d’Italie, M. Arno et le consul d’Angleterre et sa femme, M. et Mme Plowmann que je devais retrouver vingt ans plus tard à Addis-Abeba, tous cavaliers expérimentés sur leurs excellents chevaux. Nous formions une petite caravane et je ne me sentais pas rassuré du tout. Pourtant, j’ignorais encore combien soixante kilomètres peuvent paraître longs et pénibles.

Le voyage débuta bien. Pendant quelques kilomètres, la piste suivait le lit sinueux de la rivière, entre des collines et très bientôt sur les montagnes. Mais il fallut quitter cette marche sur le sable et escalader les rochers, sur le dos d’une mule au pied sûr, mais progressant quasi à la manière d’une chèvre. Je me trouvais tantôt regardant la mule dans les yeux, tantôt prêt à glisser vers la longue queue de l’animal. Il faut dire que la sortie de la gorge de la rivière était extrêmement ardue, une sorte d’escalier aux marches en désordre, brisées, croulantes, parsemées d’énormes pierres entre lesquelles la mule se glissait avec aise, mais où mes genoux étaient fréquemment éraflés. Cette montée me parut plus longue qu’elle ne l’était réellement et la partie la plus difficile, ou plutôt la plus pénible, restait à accomplir. Le chemin toujours montant devint moins escarpé et mes compagnons, tous à l’aise sur leurs chevaux, progressèrent plus rapidement que je ne pouvais le faire sur ma monture moins nerveuse et, bien entendu, mal guidée et mal ménagée. Nous parvînmes tout de même au bord du plateau hazziza, d’où la vue sur le désert danakil, mille mètres plus bas, était grandiose par ses dimensions colossales aussi bien que son coloris intense sous le soleil tropical. Il fallait continuer cependant et la mule se mit à trotter à sa guise et me mit si bien à mal que M. Mousny, resté près de moi, vit que je ne pourrais jamais aller ce jour-là au-delà du village de Haramaya, au bord du lac du même nom que nous avions longé pendant une dizaine de kilomètres. Il décida de loger à l’auberge minuscule établie pour le repas des notables éthiopiens en voyage et je fus ainsi logé dans la chambre utilisée par le Régent Tafari, dont le portrait ainsi que celui de son épouse Woizero Menen, était fixé au mur.

Il restait une vingtaine de kilomètres à couvrir pour atteindre Harar et il ne fallut pas longtemps pour que les douleurs cuisantes au siège réapparaissent. Je ne vis guère le paysage pourtant frais, parsemé de villages au milieu des champs cultivés, des bouquets d’arbres ici et là et des troupeaux innombrables, des vaches surtout, paissant une herbe verte et abondante. Les indigènes rencontrés saluaient avec un large sourire. Je ne compris que plus tard que ce sourire était dû plus à ma mine torturée et à mon allure gauche qu’à leurs démonstrations d’amitié pour un étranger.

Les consuls italiens et anglais étaient arrivés la veille déjà à leurs domiciles respectifs et heureusement pour moi, il y avait à l’entrée de la ville un petit hôtel grec avec des chambres disponibles où je pus m’affaler, en pensant avec frayeur au voyage du retour. Je ne me sentais pas bien, fiévreux, endolori, et M. Mousny me fit boire une bonne partie d’une bouteille de Fernet Branca, une liqueur amère, peu alcoolisée, mais chargée de quinine. Le lendemain matin, je me sentis bien à nouveau et au soleil levant, devant un repas substantiel d’œufs et de lard, je pus admirer le panorama. La ville était en contrebas, non encore entourée des constructions modernes qui dégradent aujourd’hui son aspect. Le mur d’enceinte, en pierres jaunes et grises, était bien clairement visible, ondulant dans les ravins et sur les collines, avec deux ou trois portes vers lesquelles se dirigeait un flot continu de paysans poussant leurs ânes et leurs chevaux chargés des vivres qu’ils venaient offrir au marché du centre de la ville, une foule bigarrée aux couleurs les plus vives, les femmes surtout, portant, au contraire des Somalis, des pantalons recouverts en partie par une chemise tout aussi colorée, les cheveux coiffés en nombre de fines tresses couvrant toute la tête, la peau brune, les yeux cernés par une couche de khôl, les mains et souvent aussi les joues couvertes de signes divers de la même teinture.

Puis nous partîmes pour la ville, remarquable par ses rues étroites et sinueuses, résonnant des cris des muletiers intimant de faire passage pour leurs bêtes chargées qui, sinon, poussaient sans cérémonie les promeneurs contre les murs rocailleux des maisons. Des bruits, des couleurs d’une variété indescriptible, partout un parfum d’épices, d’encens, et souvent aussi de café. A ce moment-là, je décidai que les tortures du voyage valaient bien d’être endurées pour un spectacle pareil. Dans le marché, au centre de cette ville de 40.000 habitants peut-être, les vendeuses accroupies devant leur étalage bavardaient, chantonnaient même, secouant de nombreux bijoux en argent ou en cuivre, beaucoup de femmes jolies parmi elles ; beaucoup vendaient de magnifiques paniers en paille teinte, tressée en dessins rouges, verts, jaunes ou bleus, un spectacle féerique malgré les millions de mouches et l’odeur d’huile rance qui émanait de toutes ces chevelures. Un marché africain avec son attrait extraordinaire, ses parfums d’épices, mais plus gai, plus riant sûrement que tous ceux que je vis par la suite, ailleurs en Éthiopie. Bon nombre de rues étaient bordées de magasins offrant les cotonnades multicolores, la ferblanterie, les émaillés, les touques de pétrole dont ces gens avaient besoin. Bon nombre de mendiants, souvent affligés d’horribles plaies, lépreuses peut-être, beaucoup d’Arabes et d’Hindous, peu d’Éthiopiens amharas, en dehors des soldats et des policiers, et très rarement un Blanc dans cette foule grouillante et pittoresque. Aucun monument sauf l’église copte et quelques mosquées, en pierres grises pour l’église et chaulées pour les mosquées.

La grande majorité des constructions étaient faites de pisé, mais les plus grands magasins avaient des murs de pierre, tout en étant couverts de tôles provenant en majorité de Phénix Works à Flémalle en Belgique. Les logements des consuls étaient installés hors de la ville, sur les collines, au milieu de jardins éclatants de couleurs, bordés de jacarandas aux fleurs bleues. Le soir, les hyènes cherchant leurs proies mortes aux alentours des murailles, donnaient un concert ininterrompu d’aboiements prolongés et tristes. Personne ne circulait hors des murs, les portes étant soigneusement fermées du crépuscule à l’aube.

Le dimanche, M. Mousny me conduisit à la messe à la Mission catholique dans le bas de la ville, à côté d’une léproserie tenue par des capucins missionnaires, dont un médecin, et des infirmières. Ce village de lépreux était bien entretenu, des cases propres, tous les habitants portant des plaies, aux mains et aux pieds particulièrement, mais souvent aussi à la face, tous résignés dans leur malheur alors sans remède connu. Une chapelle assez grande, aux murs blanchis, quelques statues, les petites figurations d’un chemin de croix. Mais surtout une foule très fervente, uniquement locale, bien plus impressionnante que celle de Djibouti, émoussée par la présence de Blancs plus ou moins dévots. Le sermon fut délivré en amharique par un vénérable évêque Mgr Jarosseau que nous allâmes saluer à son bureau après la messe, selon l’habitude locale pour les Européens catholiques en visite dans la ville. Mgr Jarosseau vivait à Harar depuis bien avant le début du siècle et Ras Makonnen lui avait confié l’éducation de son fils, alors Lidj Tafari (Hailé Sélassié), en compagnie d’un compagnon d’études et de jeux, Lidj Imru. L’évêque était très simple, humble même, et pourtant impressionnant par son âge et par sa dignité innée. En rencontrant l’empereur plus tard, toujours si digne, si racé, je ne pouvais m’empêcher de revoir la figure de ce beau et saint vieillard à qui il devait tellement. En face du crucifix, une photo étonnante, celle du roi Albert de Belgique, casqué, datant des années 1914-18 lorsque le roi était en campagne. Devant mon étonnement, l’évêque m’expliqua qu’il rendait honneur ainsi à un honnête homme, courageux et loyal. Curieux choix pour un Français qui n’avait que l’embarras du choix parmi ses compatriotes, beaucoup devenus illustres dans la victoire de 1918.

Mgr Jarosseau eut une fin pitoyable ; fidèle bien entendu à son élève devenu empereur, il fut déporté par le régime fasciste en 1937 et s’en vint mourir bientôt dans une maison-mère de son ordre, à Toulouse je crois, triste à en mourir d’avoir dû abandonner son Harar, ses chrétiens, ses écoles et sa léproserie. Un de ces saints hommes inconnus, malgré leur action bienfaisante et durable.

Le séjour à Harar venait à sa fin et nous reprîmes la route de Diré-Daoua, toujours en deux tronçons, mais moins fatigante pour moi bien que le voyage fût loin d’être une partie de plaisir, le trot léger de la mule malaxant de façon pénible mes muscles fessiers. Mais j’avais pu emplir mes yeux de spectacles que bien peu de Belges avaient vus jusqu’alors.

Fourré de lianes de caoutchouc avec rhinocéros

fourré de lianes 72

Un lecteur ami m’écrit : « Je ne suis pas un lecteur fidèle, je lis quand ça me chante [j’aime cette expression], assez souvent. Je me perds trop. Car le lien avec le train devient tenu, ou peu visible. Il faudrait faire des résumés. »

J’ai publié ici l’été dernier un feuilleton sur la correspondance envoyée par Alexandre Marchand depuis le Yunnan à son ami François Crucière. Il était relativement aisé de rappeler en début de chaque billet la teneur du précédent et de poursuivre ainsi le fil de l’enquête. Un an plus tard, et 258 billets publiés depuis la création de ce blog en septembre 2012, force est de constater que la structure de ce journal s’est étoffée au risque de devenir touffue et impénétrable, comme un fourré de lianes de caoutchouc.

« Si je puis me permettre, poursuit-il, cela tourne à l’analyse quasi ethnologique de cartes postales, de documents précieux, mais dont le lien n’est pas évident. Help ! »

Les liens, en effet, ne sont pas toujours manifestes à l’intérieur de chaque billet bien que je m’efforce de renvoyer par des « hyperliens » aux articles précédemment publiés autour du même sujet, et qui s’ouvrent sur un nouvel onglet, offrant ainsi au lecteur la liberté de s’engager dans une excursion (s’il n’avait déjà lu ce billet-là) ou bien de poursuivre avec sa lecture en cours. Il y a aussi l’outil des catégories, qui facilite une recherche par mots-clés à l’intérieur du blog. Reste que cela fait au total beaucoup de pages à lire, les branches se ramifiant en branchages de plus en plus fins, pour continuer la métaphore de notre fourré.

Quant à la remarque sur le fond. Oui, le lien devient plus tenu avec notre train parti de Djibouti à l’automne 1897. Et certes, je m’aventure parfois dans l’exploration de cartes postales ou de photographies qui ne sont plus toujours directement liées au train, même si au point de départ le lien existe.

Je prendrai pour exemple le développement actuel autour des productions photographiques de Jean Adolphe Michel (et de son personnage assez rocambolesque). Cela démarre avec la carte caricaturale de Walery, inspirée semble-t-il d’une photographie de Ménélik II publiée à plusieurs reprises dans la presse française en 1909 (au moment où circulent des rumeurs sur le mauvais état de santé du vieil empereur). Estelle Sohier, historienne, interprète cette dernière image comme un montage, un faux fabriqué à partir de morceaux de photographies et de dessins pour démontrer que tout va bien à la cour du monarque. Je découvre cependant, grâce à l’entremise d’Ulf Lindahl qui me met en rapport avec Judy Swink, une descendante de Jean Adolphe Michel qui vit aux États-Unis, que cette photographie est bien un cliché pris par Michel représentant Ménélik entouré de sa cour (comme il a d’ailleurs fait d’autres vues de dignitaires entourés de leur suite, Ménélik ou Makonnen notamment). Michel, arrivé en Éthiopie en 1901, embauché par Alfred Ilg, conseiller de l’empereur, devient directeur de la Poste d’Harar, édite des cartes postales, fabrique des faux pour le marché des philatélistes, s’amourache d’une aventurière bulgare avec laquelle il chasse des fauves… La tentation est grande de s’intéresser au bonhomme. Ce faisant, je laisse de côté pour un temps, l’enquête engagée sur Walery, auteur du cliché initial, et sur ELD, important éditeur de cartes postales au début du siècle dernier…

Une lecture occasionnelle du blog rend certes plus difficile de « prendre le train en marche » ou de « raccrocher les wagons ». Un épisode sauté, et les liens vous échappent. Il faudrait, pour éviter cela, que je publie de plus longs articles rassemblant sur un même sujet toutes les hypothèses et les résultats auxquels l’enquête m’a permis d’arriver. Mais une des raisons d’être de ce journal tient au fait que publier des petits billets courts, presque quotidiens (en fait j’ai en réserve plusieurs centaines de brouillons), me sert dans la manière de faire progresser différentes investigations, et permet de constituer peu à peu une somme d’informations sur laquelle je peux revenir (grâce aux outils de recherche) et que je partage aussi, la mettant en ligne, avec d’autres amateurs de ces sujets. Bref, une sorte de work in progress dont le mode de fonctionnement risque bien, je le conçois, de me faire perdre des lecteurs. Quant à faire précéder chaque billet d’un résumé, je crains bien que cela devienne vite fastidieux.

J’ajoute que je choisis cartes et photos pour leur qualité photographique ou leur intérêt documentaire ou historique. Mais aussi parce qu’elles véhiculent ou suscitent des histoires. Cela est vrai particulièrement des cartes postales qui comportent elles-mêmes des textes et contiennent des marques de leur circulation, ou qui recèlent parfois certains mystères.

Ainsi, ce Fourré de lianes de caoutchouc que JA Michel réédite dans sa série de 1931, après l’avoir publiée une première fois en 1912 sous le titre : Fourré dans une forêt vierge. Cette carte renvoie à un épisode de la vie de Michel sur lequel j’espère que Judy pourra m’apporter quelques lumières. Après avoir quitté Harar où il était Directeur des Postes, Michel s’installe à Addis Abeba. Il se serait occupé un temps d’une plantation de caoutchouc. 

Mais l’image m’intéresse surtout en ce qu’elle abrite un personnage à demi visible, accroupi devant le fourré avec lequel il se confond, tenant une lance (c’est ce qu’on voit le mieux) et portant une peau de léopard.

Rhinoceros

De plus, la carte est affranchie d’un timbre représentant un rhinocéros.

black rhinoceros 72

L’animal a aujourd’hui disparu d’Éthiopie. Au point qu’Yves Marie Stranger m’avait dit au moment où je cherchais un titre pour le livre : tu ne peux pas appeler ton bouquin Rhinocéros Express, il n’y a pas de rhinocéros en Éthiopie ! Ce rhinocéros est devenu un peu la mascotte du livre et a donné lieu à toute une série de billets, variations autour du thème (voir la catégorie « Rhinocéros » ou faire une recherche avec ce mot).

Cette figure du rhinocéros blanc fait ici partie d’une série de timbres intitulée Animals & Rulers que Tafari Makonnen a commandée à JA Michel en 1917, après la destitution de Lidj Yassou. On y trouve aussi l’autruche de Somalie, le léopard, la girafe, la gazelle de Soemmerring, l’éléphant, le lion, le buffle d’eau…

Rulers and Animals 72

Cette carte affranchie à 8 guerches, annulés par un timbre à date de Diré-Daoua du 19 février 1931, n’a pourtant jamais circulé. C’est une invention pour collectionneurs, fabriquée par JA Michel alors qu’il vit à Nice. Mais de cette réédition tardive de cartes et de timbres, je parlerai dans un prochain billet.

Bref, voici décrit succinctement le mode opératoire de ce journal, sorte de carnet de notes personnelles que j’ai choisi de mettre en ligne. J’essaye d’ y être rigoureux dans la méthode et la forme mais à l’image de ce fourré de lianes de caoutchouc devant lequel se confond ce guerrier à croupetons, j’aime avant tout explorer à partir d’images plus ou moins insolites ce territoire de la Corne de l’Afrique et m’enfoncer dans un réseau de présomptions susceptibles de révéler quelque réalité historique méconnue ou oubliée, ou de raconter ad libertam une histoire, sur la base de faits documentés, faisant ainsi revivre un pan de l’Histoire de l’Afrique de l’Est dans ses rapports avec le reste du monde.

À suivre.

 

 

Yassou en tenue de guerrier choan

Yassou

Reprise d’un portrait en pied de Lidj Yassou pour la série de cartes rééditées par JA Michel en 1931.

Judy Swink m’a envoyé deux autres tirages réalisés par son père à partir de plaques en possession de JA Michel (voir ce billet et celui-ci). Dans le premier, on reconnaît l’image reproduite dans la série de 1931. Je ne lui connais pas, contrairement au Cavalier abyssin, de version antérieure.

Les deux photographies ensemble permettent de mieux distinguer les détails de son costume, des accessoires et de l’armement.

Iyasu Warrior 03

Lidj Yassou photographié en habits d’apparat (guerrier choan). Tirage de Frédéric G Swink d’après une plaque photographique appartenant à JA Michel. Coll. Judy Swink.

Iyasu Warrior 01

Lidj Yassou photographié en habits d’apparat (guerrier choan). Tirage de Frédéric G Swink d’après une plaque photographique appartenant à JA Michel. Coll. Judy Swink.

Je rappelle l’existence de cette photographie de Wäsän Säggäd, publiée par Estelle Sohier, portant à peu près le même costume.

Sohier 5 72

Herzliche Grüsse

En collaboration avec Serge Magallon (relecture et notes)

Autruches domestiques à Harar

Brodbeck Bale Suisse

Carte postale (Éditeur A Michel, Harar — légendes rouges) signée JA Michel, datée du 3 juin 1905. Postée d’Harar1, affranchie d’un timbre portant l’effigie de Ménélik (gravure par Eugène Mouchon) à ¼ de guerche avec la surcharge 5 centimes, tarif ordinaire pour l’acheminement en Éthiopie, et d’un timbre à 10 centimes de la Côte française des Somalis (mosquée de Tadjourah) pour son acheminement vers la France, l’Éthiopie ne faisant pas partie à l’époque de l’Union postale internationale2. Elle est marquée du timbre à date : Djibouti, le 6 juin. Elle voyage donc par le train depuis Diré-Daoua jusqu’à la côte. De là, elle est acheminée par voie maritime et parvient à son destinataire, Monsieur Brodbeck, Chef du service des Télégraphes, à Bâle, en Suisse, le 17 juin (cachet d’arrivée) 3.

C’est par l’entremise de Brodbeck qu’Alfred Ilg avait embauché en septembre 1901 le jeune Michel pour remplacer Wullschleger, préposé de la Poste d’Harrar, qui s’était suicidé le 11 décembre 1900 (Ulf Lindahl, MJ 24/4 oct-dec 2008).

Après un bref séjour à Addis-Abeba, Michel devient le responsable de la Poste d’Harar en avril 1902. Il commence à réaliser ses premières cartes postales à partir de 1904, au moyen d’un appareil photographique et de négatifs que lui a envoyés son frère Fritz (ibidem). On retrouve Michel dans la capitale en octobre 1906.

Rappelons que Mgr André Jarosseau, l’évêque capucin de Harar, avait fait installer à la Mission catholique des Gallas une presse afin de financer la léproserie. Elle sera déplacée et installée à Diré-Daoua en 1908. Il me semble que les légendes portées en rouge sur un certain nombre de cartes ayant circulé dans la région à cette époque sont un indice en faveur de l’hypothèse que toutes ces cartes aient été imprimées sur la même machine et possiblement celle-là (cf. notamment la collection L Gérard).

Léproserie des capucins

Léproserie des Capucins vo

    1. Le cachet à date est du type bilingue de 1895 Harar avec un seul « r ». Il est utilisé de 1896 à fin 1911. La carte est datée du début juin 1905 ; impossible de lire le jour.
    2. La série de 1894 a été surchargée par Michel et mise en vente le 1er janvier. Selon Michaelides dans son ouvrage Ethiopian Stamp Catalogue imprimé pour Imperial Ethiopian Governement Ministry of PT & T, cette série aurait été faite à la demande de la Poste de Djibouti en équivalent franc français (un guerche vaut 20 c de franc) afin de faciliter le calcul du tarif postal. Donc la surcharge et le timbre sont en accord : ¼ de guerche correspond bien à 5 c de surcharge. Tarif total : 5 + 10 = 15 centimes. Cette série peut se trouver surchargée en bleu, rose, violet et noir. 5 700 timbres auraient été surchargés.
    3. Cette carte fait partie de l’abondante correspondance que Michel adresse à ses collègues postiers en Suisse. On connaît également plusieurs cartes envoyées à son frère Fritz.

Yassou en cavalier abyssin

Page CP 12 Michel 6877 Recto72

Cavalier abyssin, édition 1912. Série « J. A. Michel, Addis-Ababa ». N° 6877.

Cavalier abyssin

Cavalier abyssin, édition 1931.

Le blog a trouvé son rythme de croisière et les échanges se multiplient entre les principaux contributeurs, ouvrant une manière à la fois stimulante et gratifiante d’élargir les recherches en mutualisant informations, connaissances et collections d’images. Le dernier exemple en date est l’intuition partagée entre Serge, Francis et moi-même que cette carte de Michel représentant un Cavalier abyssin, éditée en 1912 dans la série « J. A. Michel, Addis Ababa » puis rééditée en 1931, représentait peut-être Lij Yassou.

L’hypothèse se confirme quand Judy Swink m’adresse deux tirages réalisés par son père sur des plaques prêtées par Jean Adolphe Michel (cf. le tirage de Ménélik entouré de sa cour). La qualité technique de ces images n’est pas très bonne, mais on reconnaît néanmoins le visage de Yassou.

Voici qui enrichit la collection des portraits connus de l’héritier de Ménélik II.

Iyasu Warrior 04 (1)

Lidj Yassou photographié en habits d’apparat (guerrier choan). Tirage de Frédéric G Swink d’après une plaque photographique appartenant à JA Michel. Coll. Judy Swink.

Iyasu Warrior on Horseback (1)

Lidj Yassou photographié à cheval. Tirage de Frédéric G Swink d’après une plaque photographique appartenant à JA Michel. Coll. Judy Swink.

L’instant suspendu

Il existe dans la série des cartes légendées en trois langues, éditées par Arnold Holtz — autre étonnant personnage qui traverse ce début de siècle en Éthiopie — une magnifique carte intitulée : L’Empereur Ménélik II en habit de guerre. Elle représente Ménélik entouré de jeunes garçons, devant une tente. J’en propose une version en grande résolution (cliquer pour davantage de détails).

Ménélik II en habit de guerre

Coll. S MAGALLON

Les personnages rassemblés ici attirent immédiatement l’attention, parce qu’ils regardent en direction du photographe, mais aussi du fait de leur posture : ils posent pour la photographie et l’un d’entre eux est en mouvement. La composition de l’image contribue beaucoup à la manière dont on pénètre, par le regard, dans cette scène – car l’image est davantage qu’un portrait de groupe.

Au centre de l’ovale dessiné par le masque du tirage, mais dans sa partie supérieure, une ombrelle est tenue haut, à deux mains, par un serviteur/proche ? du roi (la charge est certainement honorifique). Derrière : une tente. On en devine plus qu’on ne voit l’ouverture, derrière les acteurs de la scène qui s’installe. Les haubans qui convergent structurent la composition.

Une scène en effet se met en place, celle d’un portrait officiel. Et c’est cet instant suspendu, avant la « véritable » photographie officielle, qui fait la qualité particulière de ce cliché. L’opérateur déclenche l’obturateur avant que tous les personnages soient parfaitement rassemblés pour la pose, transformant ce portrait de groupe en un instantané. Écrivant cela, cette carte entre les mains, je ne sais s’il a exposé une autre épreuve.

Sur la droite, surpris dans sa hâte à rejoindre le groupe, on reconnaît Wäsän Sägäd, qui porte, comme son grand-père, les habits impériaux : la cape et la coiffe en crinière de lion. Ceci indique, au passage, que le photographe, aidé par l’abondante lumière du plein air, travaille avec des plaques dont l’émulsion est suffisamment « rapide » pour saisir ce mouvement avec juste un léger flou.

Presque tous les personnages regardent en direction du photographe, sans doute sur sa recommandation expresse. Tous les autres regardent le roi.

Le roi n’occupe pas, on l’a déjà noté, la position centrale. La photographie en cela n’est pas non plus très orthodoxe. Du coup, la hiérarchie paraît bousculée comme si le jeune âge de tous ceux qui entourent le vieux souverain transformait cette photographie censée obéir aux lois du genre en une photo de famille. La représentation officielle attendue, déjà déstabilisée par le déclenchement un peu prématuré de l’obturateur, est encore mise à mal par cette disposition asymétrique des personnages. Se glisse dans l’image une part inattendue d’intime. Le sérieux des regards affiche toutefois que bientôt il ne faudra pas rigoler avec l’image qu’on laisse de soi sur un carton photographique.

Ménélik donc portant kabba et anfaro. Voici qui nous renvoie une nouvelle fois à la photographie de Ménélik entouré de sa cour.

Menelik II & his court

Devant celui qui porte l’ombrelle se tient un garçon aux cheveux crépus que distinguent l’expression qui se lit sur son visage et sa position dans l’espace. Il fronce les sourcils, son port est altier. Dans le désordre apparent de l’image, il figure comme le véritable personnage central du portrait. Ménélik ne le regarde-t-il pas ?

N’est-ce pas lui d’ailleurs ce garçon qui, un pas en avant des autres, les yeux mi-clos, devant le ras Mikaël, échappe aussi au cadrage de la photographie de groupe publiée en 1909 et dont je pense qu’elle peut avoir été faite plus tôt (dans les années 1904-1906 ?) par Jean Adolphe Michel ? Le garçon porte sur les deux photographies les mêmes vêtements, et un bouclier au bras gauche. Qui est-il ?

Parmi les dignitaires et les soldats qui entourent la famille impériale, ne peut-on également reconnaître dans le personnage à droite, richement vêtu et coiffé lui aussi d’une crinière léonine, qui avance en direction du roi, celui qui se tient à l’extrême droite du tirage paru dans la presse (mais qu’on a perdu dans le tirage de Frédéric Swink).

Menelik entouré de sa cour

Deux autres jeunes garçons, sensiblement de même taille, flanquent l’empereur. L’un porte un fusil sur l’épaule et tient de la main gauche une épée, bouclier au bras. Le deuxième est plus sobrement équipé. Il conviendrait de les identifier eux aussi, ainsi que les deux plus jeunes, à gauche.

Où a été prise cette photographie, à quelle date ? De quel évènement s’agit-il, qui se déroule ainsi en plein air, avec un tel apparat ? Les costumes et accessoires qui « représentent autant d’insignes guerriers1 » sont adaptés à la taille des jeunes gens et enfants, proches de l’empereur. Leur exhibition ici et à ce moment-là est évidemment chargée de signification. Le ruban qui croise le torse de l’empereur serait-il une indication supplémentaire ?

Une foule, alignée de chaque côté de l’espace protégé où est plantée la tente, ferme la perspective. Seuls deux personnages à droite de la tente, comme un motif unique dans un tapis, apportent une note discordante.

La photographie est vraisemblablement contemporaine de celle présumée de JA Michel. Se pourrait-il que les deux aient été prises le même jour, à la même occasion ? Il est assez malaisé de distinguer dans le tirage de Frédéric le fond devant lequel se tiennent les personnages. À l’entrée de l’adérache, le grand hall de réception du gebbi2, comme sur la photographie de la réception de Skinner ?

Il est à noter qu’une photographie au moins, éditée par Michel pendant sa première période à Harar (série aux légendes rouges) et représentant l’artillerie abyssine, a également été publiée dans la série Holtz.

Alors, Michel serait-il également l’auteur de ce portrait de famille ? Cela expliquerait le caractère légèrement iconoclaste de la prise de vue. Judy Zwink, interrogée, ne connaît pas ce tirage.

Forteresse-de-Harar-et-Mascale 72

Artillerie

Une autre image de Michel, issue de cette série de 1931 — qu’il faudra considérer dans son ensemble (un petit carnet intitulé L’Abyssinie d’Autrefois) — peut nous aider à identifier les personnages. Il s’agit d’un portrait de groupe (devant une tente ?) autour du dédjaz Hayelé.

Hayelé

Enfin, si l’on compare cette image avec celle de la rencontre de Ménélik avec Skinner (décembre 1903) sur laquelle figure aussi Wäsän Sägäd3, on retrouve sur cette dernière, à droite de l’empereur, un autre des garçons du portrait devant la tente : celui qui se tient à côté du guerrier avec une lance. À remarquer également l’ombrelle tenue au-dessus de la tête du souverain.

King Menelik and his suite entering Aderach (1)

On se reportera à l’ouvrage d’E Sohier, Le roi de rois et la photographie, dans lequel elle distingue avec beaucoup de précision les costumes d’apparat que portent les dignitaires et spécialement les membres de la famille impériale, ainsi que les attributs et accessoires — les ombrelles notamment : tela ou debab. Estelle consacre un passage très documenté à leur description, leurs fonctions et leurs symboles.

Elle mentionne notamment la gemǧa bét, « maison du brocart », qui abrite au gebbi, mais aussi chez des notables, des « étoffes et vêtements de prix », et qui peut servir à conserver harnachements, tapis, vaisselle, cartouches… Cette « maison » prend dans les campements la forme d’une tente réservée à cet usage.

Une autre source remarquable est l’ouvrage déjà mentionné d’Elisabeth Biasio, Prunk und Pracht am Hofe Menikes. Alfred Ilgs Äthiopien um 1900, Verlag Neue Zürcher Zeitung, 2004, qui comporte un catalogue richement illustré (150 photographies) de la collection des objets ethnographiques rassemblés par Ilg (610) et que conserve aujourd’hui le Musée de l ’Université de Zurich.

Nous restons au final avec beaucoup de questions et en particulier au sujet de plusieurs personnages dont l’identification aiderait certainement à préciser les circonstances de cette prise de vue. Certaines touchent aux références qui nous manquent pour ce cliché ; d’autres ouvrent des interrogations quant au photographe responsable d’avoir appuyé sur le déclencheur (« l’instant décisif ») puis à l’éditeur de cette carte postale, mais aussi sur la façon dont on peut interpréter ce curieux portrait en pensant aux aléas autour de la succession du souverain.

Je montrerai prochainement une autre photographie de Ménélik posant devant une tente, entouré de ses généraux, et dont le caractère de démonstration d’apparat n’est pas sans évoquer celle que nous venons de regarder. Il s’agit d’une photographie faite d’un Ménélik plus jeune par Hénon, un autre de ces bien curieux personnages, qui sillonne l’Abyssinie dans les années 1880, capitaine de cavalerie et photographe.

  1. E Sohier, Le roi des rois et la photographie, p. 27. 
  2. Addaraš, salle pour les réceptions et les banquets, construite dans l’enceinte du gebbi sous la supervision d’Alfred Ilg et Léon Chefneux entre 1897 et 1898. Source : Biasio, p. 77. 
  3. On notera que Wäsän Sägäd ne se tient pas sur la même marche que son grand-père. Cela a son importance pour l’estimation de sa taille et donc de son âge.

À suivre.

 

L’apprenti photographe

Avec la collaboration de Judy Swink et Ulf Lindhal

Menelik

Carte éditée par JA Michel en 1931. Coll. S MAGALLON.

Yassou

Carte éditée par JA Michel en 1931. Coll. S MAGALLON.

L’envoi par Serge Magallon des deux cartes éditées par Jean Adolphe Michel en 1931 représentant Ménélik et Yassou (Michel vit alors à Nice et reprend des photographies faites du temps où il vivait en Éthiopie) avait jeté un sérieux doute dans mon esprit quant au fait que la photographie publiée dans la presse française en 1909 et représentant Ménélik entouré de sa cour puisse être un montage. Estelle Sohier, à qui je l’avais envoyée, y voyait un assemblage de plusieurs photographies et dessins figurant une scène n’ayant jamais existé, qui aurait servi à démontrer que tout allait bien à la cour de Ménélik au moment où circulaient, là-bas et en Europe, des rumeurs sur la maladie du souverain et sur les troubles que risquait de produire sa succession. Voir ce billet.

La carte représentant Ménélik est manifestement un recadrage du portrait de groupe, ce qui fait dire à Serge que Michel pourrait en être l’auteur. Certes, Michel aurait pu faire un emprunt, non signé. Cela se pratique à l’époque. Mais il semble qu’il faisait plutôt commerce de ses propres photographies. Par ailleurs, plusieurs cartes publiées par Michel tandis qu’il est établi à Harrar (1901-1906) montrent des représentations similaires de grands personnages entourés de leur suite : Ménélik, Makonnen… Une autre image de la série éditée en 1931 représente : Un chef avec son état-major. Francis Falceto, piqué au jeu, me communique alors lui aussi images et informations sur l´étrange personnage qu’est Michel, au demeurant photographe de talent et qui n’a donc pas manqué de l’intéresser.

Chef

Carte éditée par JA Michel en 1931.

Je contacte Ulf Lindahl, dont je sais qu’il a publié dans le Menelik’s Journal plusieurs articles consacrés à Jean Adolphe Michel, depuis son installation à Harrar en 1901 jusqu’à son départ définitif d’Éthiopie à la fin 1918 ou au début 1919. Le choix d’Ulf de mettre à la une du numéro d’octobre-décembre 2008 la photographie de Michel jouant aux échecs contre lui-même est un joli clin d’œil à l’ambivalence affichée du personnage.

MJ 24 4 1

Ulf a visité aussi la maison que ce dernier occupait à Addis Abeba. On la voit sur cette photographie ; il l’a parfois utilisée comme décor pour ses prises de vues.

soldats

Carte éditée par JA Michel en 1931.

Immédiatement, Ulf me met en rapport avec Judy Swink, dont il a fait la connaissance en 2008. Elle effectuait depuis plusieurs années des recherches sur ce membre de sa famille pour le moins insolite. (Curieuse coïncidence, au moment même où Ulf me mettait en contact avec Judy Swink, Stéphanie Michel, se présentant comme son arrière-petite-fille, m’écrivait suite au premier article que j’avais consacré à son arrière-grand-père.)

Judy m’envoie alors plusieurs tirages photographiques faits par son propre père, Frederic Gilbert Swink, qui a rencontré Jean Adolphe Michel à Nice en 1925. Michel initie Frederic à l’art de faire des tirages en lui confiant ses propres plaques photographiques. Quel apprentissage pour un jeune homme que de voir apparaître dans le bain de révélateur les figures de souverains africains du début du siècle !

On y reconnaît, tronquée, l’image qui nous intrigue. La plaque photographique a été cassée en trois fragments, ce qui explique peut-être le recadrage. Judy dispose de trois tirages dont deux sont virés en sépia. Probablement différents essais de tirage faits par son père, me précise-t-elle. Le cadrage est le même, seule la densité varie. Il n’existe aucune indication au verso.

Menelik II & his court

Tirage positif réalisé en 1925 par Frederic Gilbert Swink à partir d’une plaque de verre négative de JA Michel. Coll. J SWINK.

Menelik entouré de sa cour Illust 1909

Dans le même temps, je parviens à retrouver dans quel journal cette photographie a été publiée : il s’agit du Monde illustré du 13 février 1909, No 2707 (rappelons qu’un recadrage de cette photographie, colorisée, avait aussi paru dans le Pèlerin du 14 février 1909), tandis qu’une partie de cette image est utilisée une nouvelle fois en première page de l’édition du 6 novembre 1909, No 2745.

Cette photographie a effectivement été crayonnée, sans doute pour en améliorer le rendu lors de sa reproduction imprimée.

Le Monde Illustré 1909 Ménélik

« Le Monde illustré » du 6 novembre 1909, No 2745

La légende mentionne la maladie du souverain contraint de préparer sa succession (voir à ce sujet ce billet). Reste à savoir dans quelles circonstances Michel a pu faire ce cliché et à quelle date. (Le fait que Michel ait possédé cette plaque ne suffit pas à prouver indiscutablement qu’il soit l’auteur de la photographie, mais voir supra.) Quant à la date, je pense qu’on peut la chercher entre la rencontre Skinner-Ménélik en décembre 1903 et, nécessairement, la mort de Wäsän Sägäd en mars 1908. Sur notre image, Wäsän Sägäd a l’air un peu plus âgé que sur celle de 1903. Michel, me dit Ulf, est à Addis Abeba à partir de 1906. C’est au milieu cette année-là que Ménélik a été frappé d’une première attaque cérébrale. Sa santé va ensuite décliner et l’on peut suivre dans la production d’images et leur publication, à travers la presse particulièrement, le souci de régler la délicate succession de l’empereur.

« Il existe peu de photographies de Iyasu en compagnie de Ménélik II, écrit Estelle Sohier, peut-être en raison de la rapide dégradation de l’état de santé de ce dernier à partir de 1909, en revanche, le roi et son petit-fils figurent côte à côte sur d’autres types de documents iconographiques : des peintures murales d’église1 ». Mais il existe bien quelques photographies montrant l’empereur et son héritier présomptif, Wäsän Sägäd.

Estelle explique aussi qu’une série de photographies de Wäsän Sägäd réalisées par Secondo Bertolani ont été faites avec le souci de dissimuler sa petite taille2. Était-il frappé d’une maladie qui affectait sa croissance ? Était-il nain, ou sa petite taille correspondait-elle à des facteurs génétiques familiaux qu’il reste à élucider3 ?

Le fait est que sur les photographies, Wäsän Sägäd ressemble à un jeune garçon d’une douzaine d’années environ alors qu’il en a davantage. Né en 18854, il a en réalité 18 ans en 1903 sur la photographie qui le représente aux côtés de Ménelik recevant l’envoyé américain Skinner à Addis Abeba. Cela expliquerait que la presse française puisse avoir confondu les deux demi-frères, qui se ressemblent par les traits et leurs costumes (cf. ce billet), ou avoir utilisé dans les années 1909, au moment où le negus est malade, des images représentant Ménélik et Wäsän Sägäd pour les faire passer, la légende aidant, pour Ménélik et Yassou.

Sohier Skinner

L’imperatore Ménélik II fra i suoi capi Copie, date de tirage inconnue – épreuve sur papier, 170 X 120 mm © IsIAO, Rome. Coll. Bertolani, 19/A. Personalità e Tipi, Capi : II – Menelik II, n° 5 (légende E Sohier)

Je connais une deuxième version de cette photographie. Ménélik n’y regarde pas l’opérateur. C’est cette version qui est reproduite dans l’ouvrage de Skinner, Abyssinia of To-Day. C’est aussi celle-là qui figure dans The Graphic du 20 février 1904. Je ne connais pas celle du National Geographic d’avril 1904.

King Menelik and his suite entering Aderach (1)

The Emperor Menelick and his suite entering the aderach, paru dans Skinner, « Abyssnia of To-Day », 1904.

The Graphic Menelik Skinner

The Graphic du 20 février 1904.

Je ne pense pas que Michel ait fait cette photographie. D’une part, il vivait alors à Harrar où il était en charge de la Poste. D’autre part, cette image est reproduite dans l’ouvrage de Skinner sans aucun crédit, ce qui est le cas de la majorité des photographies reproduites dans le livre et qui ont vraisemblablement été faites par quelqu’un de l’équipe de Skinner. Tandis que quelques images sont créditées Bertolani et Michel. Et les photographies attribuées à Michel représentent des lieux de Harar ou proches, comme le camp américain à Diré-Daoua, ainsi que la figure de Makonnen. Mais de cela, je parlerai dans un prochain billet.

  1. E Sohier, Portraits controversés d’un prince éthiopien p. 26 
  2. E Sohier, Portraits controversés d’un prince éthiopien p. 86 
  3. Discussion avec Éloi Fiquet, qui me rappelle combien l’avait frappé la petite taille de Zaouditou dans le film de son couronnement 
  4. Du dedjazmatch Wädağo Gobäna et de Šäwarägga 

À suivre

Ménélik et Yassou dans la tribune du champ de courses


The Life and Times of Lij Iyasu - cover project

 

Éloi m’a remis hier mon exemplaire d’auteur du Lïj Iyasu dont j’avais annoncé la parution. J’en ai commencé la lecture. L’ouvrage qui rassemble les contributions de 14 chercheurs s’annonce passionnant. Certains textes sont accompagnés d’illustrations soigneusement légendées. J’en dirai plus après l’avoir lu entièrement.

En attendant, voici quelques images choisies autour de la photographie de couverture, qui évoquent plusieurs des sujets récemment abordés ici : la succession de Ménélik II, la production photographique de Jean Adolphe Michel, la diffusion dans la presse par Charles Chusseau-Flaviens de travaux de photographes établis en Éthiopie.

La photographie représente Lidj Yassou 1 vers 1912 « regardant une course de chevaux, assis sur le siège de son grand-père l’empereur Ménélik et portant les mêmes vêtements », dit la légende p III du livre. Ce qui est une belle allégorie de la parfaite continuité des structures de l’État telle que veut l’afficher le pouvoir éthiopien, alors que circulent les rumeurs d’une possible mort de l’empereur 2.

Voici celle parue précédemment dans la presse française (je présume dans Le Monde illustré, date pour le moment inconnue), représentant Ménélik.

Coll. ff

Photographie créditée Chusseau-Flaviens parue dans la presse française (Le Monde illustré ? date ?)

Tandis que la santé du vieux lion a commencé de se dégrader à partir de 1906 et que le monarque a subi plusieurs attaques cérébrales en juin 1908, en septembre 1910 puis, la plus violente, en avril 1909 — qui laissera Ménélik plus mort que vivant — la question de la succession, préparée depuis plusieurs années, est devenue cruciale. Sans enfant mâle, Ménélik avait choisi pour lui succéder son petit-fils, Wäsän Säggäd, en dépit de son infirmité (il était de très petite taille). Il meurt en mars 1908 à l’âge de 23 ans3. Yassou est choisi par son grand-père pour être son héritier. L’annonce officielle en est faite en mai 1909.

À partir de 1910, Yassou, alors âgé d’une quinzaine d’années 4, s’émancipe peu à peu de la tutelle exercée par le Ras-Bitwoded Täsämma Nadäw 5 (qui décède le 10 avril 1911) et de l’influence de l’impératrice Taïtou, et il commence d’exercer le pouvoir. Au moment où est prise la photographie qui montre Yassou aux courses (1912 ?), Ménélik est sérieusement malade. Depuis l’attaque cérébrale dont il a été victime en 1909, il n’a pas réapparu en public. Il mourra en décembre 1913. Yassou s’installe donc sans transition sur le trône et dans les habits de son grand-père. Il apparaît dans la droite continuité du souverain.

Voici pour suivre un portrait de l’empereur fait dans la tribune du champ de courses de Janmeda, le même jour, au même moment que la photographie créditée Chusseau-Flaviens — et donc très vraisemblablement par le même photographe. On sait que Chusseau-Flaviens, qui diffuse dans la presse illustrée française des clichés que lui ont confiés des photographes, n’est pas nécessairement, en dépit de ces crédits, l’auteur des photographies au sens où on l’entend aujourd’hui. Il est plutôt le fondateur de ce que l’on considère comme la première agence d’illustration constituée en France.

Il s’agit d’une carte photographique éditée par la Société Française de Photographie, qui était établie à Rueil-Malmaison.

Menelik aux courses

L’Empereur aux Courses à Addis-Abeba, photographe et date inconnus, édité par la Société Industrielle de Photographie, Paris.

SIP Rueil

Signalons enfin cette carte éditée par JA Michel, de la série Édition AM. Addis-Abeba.

L'Empereur Menelik arrivant aux Courses

Addis-Abeba. L’Empereur Ménélick arrivant aux courses. No 30. Édition AM, Addis-Abeba.

  1. Je continue d’utiliser cette orthographe francisée.
  2. C’est le sujet dont traite l’article d’Estelle Sohier, qui est un condensé de son livre paru en français. C’était également celui de l’exposition dont elle assurait le commissariat et qui s’est tenu au Musée national d’Éthiopie, à Addis Abeba, et au Musée de Dessie (accrochage permanent) à l’occasion du séminaire sur Lij Iyasu organisé en novembre 2009. 
  3. J’observe selon les sources une différence de près de trois ans sur la date de naissance de Yassou.
  4. Marcus, Harold G, The Life and Times of Menelik II, Ethiopia 1844-1913, Oxford, Clarendon Press, 1975, p.231.
  5. Berhanou Abebe, Histoire de l’Éthiopie d’Axoum à la révolution, Édition Maisonneuve & Larose, 1998, p. 144. 

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