La Gare selon Eagle Hills

Ethiopie : la société émiratie Eagle Hills lance la construction d’un vaste projet immobilier intégré d’environ 1,8 milliard $ à Addis-Abeba.

Dénommé « La Gare », ce projet sera construit au centre de la capitale éthiopienne, autour de la gare terminale de la première ligne de train Addis-Abeba-Djibouti. Achevée en 1917, elle constituait la principale gare d’Addis-Abeba et la principale source de trafic dans la ville.

D’un coût total estimé à 50 milliards de birrs (environ 1,8 milliard $), « La Gare » est un projet immobilier intégré comprenant des installations résidentielles, commerciales, d’accueil, de vente au détail et de loisirs dans un cadre unique, sécurisé et entourant un parc.

Exécuté sur une superficie de 360 000 m2 avec une voie ferrée le long de son bord nord, ce projet comportera 4000 résidences, 3 hôtels, des immeubles de bureaux et d’autres zones de services en plein air.

La construction de la première phase du projet sera finalisée, d’ici trois ans, selon les promoteurs. Tandis que le projet en entier durera sept ans au total et devrait créer 25 000 emplois.

(L’Agence Ecofin est une agence africaine d’informations économiques et financières.)

Voir notre précédent billet sur le sujet. 

hugfon

Un vent mauvais souffle sur le quartier de la gare à Addis Abeba

Sur financements émiratis, un vaste programme immobilier projette de transformer le quartier de la gare d’Addis Abeba. Les occupants locataires du bâtiment ont été expulsés sans préavis (seule demeure encore dans les lieux la direction de la Compagnie du Djibouto-Éthiopien), la gare des autobus a été déménagée, un parking aménagé en un clin d’œil, Eagle Hills pavoise.

Tout a démarré sur les chapeaux de roue. Le temps semble bien compté.

Le bâtiment de la gare (qu’on aperçoit tout en bas de la première – mauvaise – photo de la maquette du projet) et le Lion de Juda sont voués à devenir des curiosités Disneyland dans un ensemble pharaonique.

Photographies et © Hugues Fontaine.

 

hugfon

Une lettre inédite d’Arthur Rimbaud écrite à Londres le 16 avril 1874

On pourrait penser que je m’éloigne du sujet principal de ce blog – que je ne parviens plus à alimenter avec la même régularité qu’à ses débuts, faute de temps – mais non ! Arthur Rimbaud quand il vivait à Harar en Éthiopie – d’où je vous écris ce soir – s’intéressait à l’idée d’une ligne de chemin de fer reliant les rivages de la mer Rouge aux hautes terres abyssines et il s’était fait envoyer, parmi tant de livres techniques, un manuel de conducteur de locomotives.

Je veux signaler ici – après avoir publié mon dernier blog autour d’une photo-énigme représentant la maison que Rimbaud et Verlaine ont habitée au 8 Royal College Street en 1873, photographiée à la faveur d’un voyage à Londres, et particulièrement dans ce quartier de la gare de St Pancras, – la découverte d’une lettre autographe inédite de Rimbaud écrite à Londres, peut-être depuis le 30 Argyle Square, Euston Road, lors d’un séjour qu’il y fait en 1874 en compagnie de Germain Nouveau.

La lettre est d’une importance manifeste puisqu’il est question d’un projet intitulé Histoire splendide, qui n’est pas sans évoquer ce texte perdu dont parle son ami Delahaye, Photographie du temps passé, dont Rimbaud lui a parlé à la fin de l’hiver 1871.

Tous les détails ici.

A suivre…

hugfon

Énigme

Petite énigme : où a été prise cette photographie et que montre-t-elle ?

Réponse en commentaire. Le premier qui donne la réponse reçoit un exemplaire du Train en Afrique.

Félicitations à Michel Boisot qui a trouvé là réponse : 8 Royal College Street à Londres, là où ont vécu Verlaine et Rimbaud en 1873 (les premières réponses sont en commentaires sous l’image, une fois que vous avez cliqué dessus). Texte de la plaque : The French poets/Paul Verlaine/and/Arthur Rimbaud/lived here/May – July 1873.

J’ai fait ce petit détour et cette photographie, non loin de la gare de St Pancras, au retour d’une visite au Victoria & Albert Museum pour voir la vitrine consacrée à la commémoration de Magadala. 1868. J’en parlerai bientôt.

hugfon

Une carte envoyée par Otto Gattiker, beau-frère d’Alfred Ilg

Dans sa dernière édition, le Menelik’s Journal publie un article d’Ulf Lindhal : « Two Post Office Pioneers: Henri Mühle and Otto Gattiker », consacré aux premiers postiers recrutés par Alfred Ilg en fin 1898 pour constituer un service postal impérial éthiopien simultanément à l’installation d’une ligne téléphonique et télégraphique, et pour remplacer celui qui avait été mis en place initialement par les Français à Harar (la mission catholique) et à Addis Abeba (par Mondon-Vidailhet)1 – projet dont Henri Tristant, l’historien des postes éthiopiennes, dit qu’Alfred Ilg « songeait depuis longtemps à organiser un tel service autonome, indépendant des courriers français »2.

Ulf s’intéresse à une photographie publiée dans le livre d’André Evalet, De Ménélik à Mengistu. Un Suisse en Éthiopie, Musée d’Ethnographie de Genève, 1999, et dont un détail est repris dans un texte de Hans Krattiger paru dans le Basler Jahrbuch 1957 (signalé par Francis Falceto) qui publie des lettres d’un certain Henri Mühle écrites du temps de son séjour en Éthiopie (1899 – 1902).

La photographie montre à droite Édouard Evalet, un horloger recruté par Ilg par voie de petite annonce dans Le Journal du Jura pour entrer au service de Menelik, assis à côté d’un jeune homme qui pourrait être Henri Mülhe, recruté à Zurich pour le compte d’Ilg par son beau-père, le Président Gattiker3, et qui deviendra le Chef du Service des Postes Éthiopiennes.

L’article d’Ulf Lindhal est l’occasion de revenir sur deux photographies prises dans le salon des Ilg dans leur maison d’Addis Abeba, dont nous avons déjà parlé ici.

Deux clichés ont été pris ; sur l’un Ilg y figure, sur l’autre pas. En revanche, un personnage apparaît, debout, qui est présent sur d’autres clichés conservé dans le fonds Ilg. On peut penser que tous deux se relaient derrière l’appareil photographique.

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VMZ_800_22_013. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

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VMZ_800_22_014. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

La même inversion se produit dans une deuxième paire de photographies prises à un autre moment si on en juge par la barbe de celui qui fume avec un porte-cigarette et porte sur ce cliché un brassard de deuil au bras gauche. À noter dans les deux cas que lorsque Ilg déclenche l’obturateur, la photographie est un peu floue, comme s’il ne prenait pas assez de précaution pour ne pas faire bouger l’appareil.

VMZ_800_22_019. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

VMZ_800_04_004. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

Ce personnage, c’est Otto Gattiker, le frère de l’épouse d’Alfred Ilg, Fanny Gattiker Ilg. Il est arrivé dans la Corne de l’Afrique en fin octobre 18984 avec sa femme, Babetli, que l’on voit à droite sur cette dernière photo (on remarquera que les deux femmes ont aussi échangé leur place entre les deux photographies).

Otto et Babetli ont voyagé en compagnie des trois employés suisses recrutés par le beau-père d’Ilg, Albert Gattiker : Henri Mühle (qui appartenait à l’administration fédérale suisse du télégraphe à Zurich) et deux Bâlois, Wüllschleger and Spitzer. Tristant explique qu’Alfred Ilg « avait obtenu de son beau-frère, Otto Gattiker, qu’il accompagnât les trois hommes à Addis Abeba, afin de prendre la responsabilité de leur installation, et la direction du programme de travaux à éxécuter pendant les premiers mois de leur activité. »5

Je pense aussi qu’une (ou deux) gouvernante(s) faisai(en)t partie du voyage, engagée(s) pour s’occuper des deux enfants Ilg, l’un prénommé Alfred, comme son père, né le 8 janvier 1896 à Zurich, et le second, né le 21 mai 1898 à Addis Abeba, qui porte le prénom de Menelik (ils auront ensuite une fille, Fanny et un dernier garçon, Félix).

Toujours selon Tristant, nous savons qu’Alfred et Fanny Ilg ont quitté Addis Abeba avec Otto et Babetli Gattiker dans les derniers jours de décembre 1899 pour rentrer en Suisse, « A. Ilg estimant, dit Tristant, que la présence de son beau-frère n’était plus indispensable »6. Les époux Gattiker sont donc restés un peu plus d’un an en Éthiopie.

Carte postale aimablement communiquée par Ulf Lindhal.

Nous connaissions le nom d’Otto Gattiker grâce à une mention manuscrite au dos d’une épreuve moderne de la plaque VMZ 346.04.047 portée par Fanny Zwicky-Ilg, la fille des Ilg, dans les années 1970 lors d’un entretien avec le Dr. Walter Raunig, conservateur alors du musée d’ethnographie de l’université de Zurich (voir note 2 ici).

Ulf nous apprend qu’Otto Gattiker a envoyé une carte postale datée du 24 août 1899 à ses parents : Mr. I. Baur/c.o Sternen/Flaach/Canton Zürich/Switzerland.

Chers parents, Vous allez recevoir avec mes lettres (?) plusieurs photographies que j’ai faites. Certaines pendant notre séjour de 14 jours dans le pays de M. Ilg, d’autres dans son salon de réception faites avec de la lumière. Dans une prochaine lettre, je vous enverrai des photographies de notre maison et de plusieurs de ses pièces7.

Son acheminement est intéressant en ce qu’il révèle du fonctionnement du service postal. Postée d’Addis Abeba (bien qu’elle porte le cachet « Entotto », car il n’existait pas encore alors de cachet à dater « Addis Abeba ») le 25 août 1899 avec un timbre d’un guerche, elle transite par Harar le 3 septembre puis par Djibouti (date illisible) où est oblitéré le timbre complémentaire du Protectorat de la Côte des Somalis. Elle voyage ensuite jusqu’à Marseille sur le navire des Messageries maritimes, ligne 3 en provenance de La Réunion (timbre en date du 13 septembre), pour parvenir finalement à son destinataire à Flaach (le 10 octobre ?)

Ce courrier nous éclaire sur toute une série de photographies que conserve le musée d’ethnographie de l’Université de Zurich dans le fonds Alfred Ilg et dont j’ai déjà eu l’occasion, pour certains, de parler. Comme souvent dans ces enquêtes sur du matériau photographique non légendé, il faut que des informations supplémentaires viennent croiser ce que nous savons et qui souvent est bien maigre et lacunaire pour que, les conditions de production des clichés se précisant, ceux-ci deviennent plus éloquents et constituent alors de véritables sources historiques.

1/ wurden nachts beim licht aufgenommen. Nous avons donc confirmation de l’idée émise ici que les photographies prises dans le salon des Ilg ont bien été faites avec l’appoint d’une lumière artificielle : lampe plutôt que flash au magnésium8. Est ce le cas également de la série des photographies dans le salon du roi ? Oui, il me semble, à en juger par le reflet dans la bouteille.

VMZ 346.22.060. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

2/ in lande des Herrn Ilg. A quoi Otto fait il allusion ? On sait qu’Alfred Ilg avait reçu de Menelik une concession agricole. Otto aurait ainsi photographié cette concession et ses employés. Je présenterai dans de futurs billets d’autres images de cette série.

Nous retrouvons les deux couples, Ilg et Gattiker, sous une tente. Sur une images apparaît une gouvernante tenant un enfant sur les genoux. Nous nous la revoyons plus bas (mais est-ce la même femme ?) dans une des pièces de la maison des Ilg (VMZ_800_22_017).

VMZ_346_04_047. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

VMZ_800_10_005. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

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VMZ_800_14_017. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

3/ Ansichten unseres Hauses und der einzelnen Zimmer. La fin du texte mentionne d’autres vues montrant leur maison (à Addis Abeba) et certaines pièces. Je connais ces images non d’après les épreuves envoyées par Otto (que je n’ai jamais vues), mais par des plaques de verre photographiques rapportées par Ilg en février 1906 lorsqu’il quitte l’Éthiopie ou peut-être plus tôt à l’occasion de voyages précédents. (On ne peut exclure non plus l’hypothèse qu’Otto ait rapporté lui-même ces plaques et qu’elles ait été conservées par la famille Ilg-Gattiker puis versées au fonds Ilg du musée d’ethnographie de l’université de Zurich, sans distinction d’origine.)

Cette correspondance entre Otto et ses parents nous renseigne quoi qu’il en soit sur cet ensemble assez cohérent de scènes où figurent Otto et Babetli, et que nous pouvons dater désormais avec certitude, ce que nous avions pu évaluer précédemment grâce à la présence parfaitement reconnaissable sur l’une d’elle du bâtiment de l’aderache, dont nous savons qu’il fut construit dans la deuxième moitié de 1897/début 1898. Voir à ce sujet le billet de Serge Dewel publié en marge de sa thèse de doctorat.

Elles donnent, avec les précédentes, une idée de la manière dont les Ilg étaient installés, avec les meubles et accessoires d’un intérieur bourgeois européen dans une maison adaptée de l’architecture traditionnelle choanne. Ce mélange des genres est en quelque sorte emblématique de la volonté qui préside à la création d’Addis Abeba comme nouvelle ville et capitale du royaume de Menelik. Comme le résume Richard Pankhurst : « Addis Ababa represented an attempt by an African ruler to forge something new in his country’s history by grafting modern institutions on a traditional living organism. »9

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VMZ_800_14_005. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

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VMZ_800_22_016. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

VMZ_800_22_017. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

Je me souviens d’un échange avec Francis Falceto à qui j’avais envoyé copie d’une lettre à en-tête de la Société philharmonique de Honfleur adressée en janvier 1897 par un certain Cavaillé, chef de musique, au ministre des Colonies pour offrir ses services à Menelik (lettre trouvée dans les archives des ANOM). Francis m’avait répondu en me faisant observer combien le succès de Menelik avait été grand après la victoire d’Adoua sur l’armée du roi Umberto d’Italie (1er mars 1896) et comment en Europe s’étaient multipliées ensuite les publications et reprises publicitaires de son nom et de son image : « cartes postales, publicités, restaurants, écaillers, bonbons, chocolats, cigarettes contre l’asthme, café, savon, vins, médicaments, solutions contre le rhume, la toux et les bronchites, Felix Potin, Liebig, Negus de Nevers, Au Bon Marché, Budweiser (et même plus postérieurement une revue érotique en Italie et une station essence en Bretagne) ».

« C’est au début de 1897 justement, ajoutait-il, que Leontiev a débarqué à Addis avec les 40 cuivres offerts par Nicolas II au vainqueur d’Adoua (et son cousin en religion orthodoxe) + un chef de musique (Milewski). Plusieurs journaux font état de la nouveauté… »

Il y avait aussi dans l’expédition un piano et un orgue. Il se pourrait bien que le piano et le cor visibles dans le salon des Ilg proviennent de Russie.

On notera également sur les murs de la pièce à gauche la présence de ce qui me semble être une photographie du roi (?) et de l’autre côté une autre photographie encadrée représentant un bâtiment d’architecture européenne du XIXe siècle. Un monument de Zurich ?

Enfin, la question se pose de savoir avec quel appareil photographique Otto a pris ces clichés, et comment a-t-il réalisé sur place les tirages qu’il envoie par courrier.

A-t-il apporté lui même un appareil ? Le laisse-t-il sur place et Ilg continuera-t-il de s’en servir ? Ou bien est-ce un appareil que possédait Ilg et qu’il confie à Otto ? Nous connaissons deux appareils ayant appartenu à Ilg sans savoir pour le moment quand exactement il les a acquis : une chambre de moyen format modèle Delta du Dr Krügener à Stuttgart dont la fabrication est attestée en 1892/93 (numéro de fabrication de l’exemplaire acheté par Ilg : 9862) et un Vérascope stéréoscopique dont le numéro de fabrication permet d’envisager une fabrication en première moitié de 189710. Il font partie du legs laissé aux enfants à la mort de Fanny Ilg, le 27 juillet 1955.

Chambre photographique ayant appartenu à Alfred Ilg. Coll. privée. © Hugues FONTAINE.

La question est complexe et nécessite une expertise technique de l’appareil de prise de vue de moyen format et des chassis portant les films. Il faudrait également connaître le matériel utilisé pour développer les plaques. On peut par exemple constater que dans les trois clichés montrant (plus haut) les Ilg et Gattiker sous une tente, les caractéristiques morphologiques des négatifs présentent des différences significatives entre le premier et les deux suivants.

Chambre photographique Delta de format 9 x 12 cm, fabriquée par le Dr Krügener, Bockenheim/Frankfurt am Main, munie d’un dispositif simple de changement de plaques (12 au maximum).

Pour le deuxième terme de la question, les tirages d’épreuves sur papier, on peut aisément supposer qu’Otto ait apporté (ou qu’Ilg ait possédé) un châssis-presse, du papier sensibilisé et la chimie nécessaire pour révéler les plaques photographiques et fixer les épreuves papier. Il est à noter cependant que les archives du fonds zurichois sont composées pour la grande majorité de plaques négatives et non d’épreuves papier.

Pour finir, ces échanges entre Ulf et Daniela Zurbruegg du musée de Zurich nous ont permis d’avancer dans l’identification des hôtes des Ilg ce soir-là. Le barbu à moustache, à droite de l’image, présent sur d’autres clichés avec les époux Gattiker, c’est le chef de la légation italienne, ministre plénipotentiaire en Éthiopie à partir de 1897, Frederico Ciccodicola. Nous reviendrons sur ce personnage important dans un autre billet. Rappelons qu’Alfred Ilg est depuis 1896 conseiller du roi des rois. Les deux autres (diplomates en poste ou négociants établis en Éthiopie, personnalités de passage ?) nous demeurent toujours inconnus.11

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VMZ 346.04.047. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

VMZ 346.22.005. Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

Notes

  1. Les circonstances, selon Alain Rouaud, n’en sont pas très claires : « Mondon-Vidailhet s’embarqua à Marseille le 12 octobre 1894 et atteignit Djibouti le 23 du mois. Après y avoir séjourné quelques semaines, il repartit le 9 janvier 1895 à destination de Harar. Là, et dans des conditions non éclaircies, il aurait pris part, à la fin du mois, à l’installation du premier bureau de poste. Schneider et Vanderlinden nous disent même qu’il aurait obtenu la concession du service des postes entre Harar et Addis Abeba et le titre de « Directeur des Postes ». Pour l’historien des postes éthiopiennes, H. Tristant, les choses se sont passées comme suit et remonteraient en fait à 1892, au premier séjour de Mondon en Éthiopie donc. À compter du 25 mai de cette année-là, l’administration coloniale française de Djibouti organisa des « postes spéciales françaises » entre Addis Abeba, Harar et Djibouti. À Harar, le supérieur de la mission française des capucins, Mgr Taurin Cahagne accepta de s’occuper du bureau de poste et, à Addis Abeba, c’est Mondon qui prit ce rôle. » in Alain Rouaud, Casimir Mondon-Vidailhet. Pionnier de l’amitié franco-éthiopienne (1847-1910), http://books.openedition.org/cfee/564.
  2. Tristant, Histoire postale de l’Éthiopie sous le règne de l’empereur Menelik II, Paris, 1977, p 153.
  3. A Swiss pioneer in Abyssinia – From letters of Heinrich Mühle, edited by Hans Krattiger.
  4. Albert Gattiker était président de la commune de Hirslanden (auj. comm. Zurich).
  5. « O. Gattiker, en compagnie de sa femme, et des trois employés, embarquèrent à Marseille le 10 octobre 1898 à bord du Djemmah, de la ligne de la Réunion, et le groupe débarqua à Djibouti le 22 octobre. Ils arrivèrent ensemble à Harar le 14 novembre ; Alfred Ilg était venu les y accueillir pour les conduire à Addis Abeba, où ils devaient prendre leurs services dès le 4 décembre 1898. Il y eut, hélas, au cours du trajet un malheur imprévu : Spitzer, victime d’une insolation dans la traversée du Tschertscher, succomba en route : il ne restait donc que deux des trois employés, alors que la présence d’un troisième était indispensable. Alfred Ilg eut la bonne fortune de pouvoir engager sur place, à Addis Abeba, un télégraphiste d’origine grecque, Aristide Voultzos, professionnellement moins qualifié, qui s’étant mis, a-t-on dit, au service des Italiens, avait participé, au cours de leur campagne [la 1ère guerre italo-abyssine], à la pause de leur ligne télégraphique assurant la liaison avec l’arrière. Enfin, il s’était assuré le service, à titre d’interprète, d’Ato Yechi, précédemment affecté par L. Chefneux au bureau téléphonique de Harar : cet Éthiopien intelligent, de culture française, devait initier à la langue du pays et à l’écriture amharique les nouveaux arrivants. » Tristant, p. 155.
  6. Tristant, p. 154.
  7. Tristant, p. 160.
  8. Je remercie Serge Dewel pour avoir confirmé plusieurs points de traduction de cette carte.
  9. Pankhurst, R. (1961). « Menelik and the Foundation of Addis Ababa. », The Journal of African History, 2(1), 103-117.
  10. Information donnée par Guy Vié et Arnaud Saudax, que je remercie.
  11. Je remercie Daniela Zurbruegg et le musée d’ethnographie de l’Université de Zurich pour m’avoir autorisé à publier en ligne ces photographies du fonds Ilg.
hugfon

Manuscrit du journal de voyage de Paul Soleillet

Une fois n’est pas coutume, je cherche à contacter l’heureux acquéreur du manuscrit du journal de Paul Soleillet (vente publique du 6 mai 2015), tenu lors de son voyage à Obock puis dans le Choa et le Kaffa. Expédition qui commence le 25 décembre 1881 et qui sera publiée sous le titre : Obock, le Choa, le Kaffa, récit d’une exploration commerciale en Éthiopie.

Il s’agirait de présenter ce document lors d’une exposition en France dans un lieu prestigieux. Discrétion assurée. Me contacter en message privé.

hugfon

« Obock ». Rimbaud, Soleillet et Jean-Jacques Salgon en Afrique

Aujourd’hui paraît chez Verdier dans la collection jaune le récit de Jean-Jacques Salgon, intitulé « Obock ».

 

C’est en exhumant une gravure d’un numéro du Journal des Voyages et des aventures de Terre et de Mer trouvé chez un bouquiniste d’Oran en 1973, image manifestement troublante qui avait déclenché chez lui l’envie d’aller cet été-là ressentir véritablement la chaleur des nuits de Massawa, que Jean-Jacques Salgon entreprend aujourd’hui l’exploration conçue en réalité quarante-quatre ans plus tôt : partir « éprouver la présence de cette chose à jamais absente : la vie véritable, l’existence physique d’Arthur Rimbaud ». Il se rend pour cela à son tour à Tadjourah et à Obock.

Quand en 1885 Rimbaud y passe une année presque entière (on se demande bien ce qu’il a pu y faire !), un autre voyageur, « explorateur commercial » comme il aime à se désigner lui-même, fréquente aussi ces rivages désolés de la mer Rouge. C’est Paul Soleillet, qui tente de se refaire une fortune, en démontrant que la France de Jules Ferry peut trouver matière à commercer avec l’Abyssinie, la riche Éthiopie des hautes terres, au-delà des déserts. Rimbaud, lui, se refait une vie. Sa vie. La vraie vie ? Il a renoncé, on le sait, à la littérature, ce qui veut dire aussi à « vivre de la littérature », projet dont la vanité insupportable lui a éclaté au visage quand il n’a pas su, pas pu, comme le dit Alain de Mijolla, porter la paternité de son livre, « Une saison en enfer » (publié, on s’en souvient, à compte d’auteur, et sans argent !). Ces deux-là donc se rencontrent autour d’un même projet, dicté par les circonstances, et qui doit rapporter, pensent-ils, beaucoup d’argent : le commerce des armes. Car le roi Ménélik est très demandeur et ce commerce, comme toujours, est certainement le plus lucratif. Mais pour Rimbaud comme pour Soleillet, plus fatalement, les choses tourneront mal, ou court.

Pour connaître ces histoires fabuleuses, aventures de terre et de mer, il faut lire le livre de Jean-Jacques Salgon, qui se dévore comme un récit de voyage. Mais aussi, et Jean-Jacques le sait bien, on ne peut parler sincèrement de Rimbaud qu’en parlant de soi-même, et puisqu’il a l’audacieuse vanité d’écrire, alors il ose cet « Obock ».

hugfon

Un quatrième Walery photographe : Walery Mroczkowski dit Ostroga Mrouk

Avec la contribution de Jean Catherine

Tenir un blog est un exercice d’écriture passionnant qui requiert temps et énergie. C’est aussi une manière d’échanger avec des lecteurs qui parfois se font connaître, pour commenter, critiquer ou apporter leur contribution, ce qui n’est pas le moindre intérêt de l’échange, et une vraie gratification dont j’ai déjà dit ici le bénéfice. Le mode de consultation de la Toile, par les moteurs de recherche, crée des surprises et relance parfois des sujets anciens.

Un lecteur du blog à Trouville, Jean Catherine, généalogiste à ses heures, m’a écrit pour me signaler que dans un de mes billets, publié le 13 mai 2014, j’avais fait une confusion entre deux photographes d’origine polonaise, confusion qui peut s’expliquer par la relative ressemblance entre les deux noms en tous cas aux yeux et à l’oreille de quelqu’un ne maitrisant pas la langue polonaise : OSTROGA et OSTROROG. Mais aussi parce que Ostroga avait Walery comme prénom tandis que Ostrorog avait fait de Walery son pseudonyme. Photographe à Menton et Trouville, Walery Mroczkowski dit OSTROGA Mrouk ne devait pas être confondu, me signalait Jean Catherine, avec le photographe de la reine Victoria, Stanislas Julien Ignace OSTROROG dit Walery.

De Walery, j’avais parlé à propos d’une carte postale photographique représentant Menelik II, roi des rois d’Éthiopie.

Les recherches que j’avais menées alors pour identifier l’auteur de cette carte, signée Walery, Paris m’avaient conduit sur la piste de deux Walery, père et fils, qui avaient adopté le même pseudonyme (voir Walery 1 et 2). Leur patronyme était OSTROROG et non OSTROGA puisque, reprenant les informations données par Yves Lebrec, j’avais moi-même repris l’erreur consistant à confondre les deux.

Mais en réalité, et pour finir, c’est un troisième Walery qui est le véritable auteur de cette image. Je ne savais pas si bien dire en parlant en 2014 d’histoire rocambolesque. De son vrai nom Varsavaux, il était également photographe et avait, en achetant le studio photographique du dernier Walery, usurpé en quelque sorte ce pseudonyme qui était à l’époque une marque lucrative. Mais ce Walery-là n’avait en fait aucun lien de parenté avec les deux premiers Ostrorog (ni, bien sûr, avec Ostroga). Je le confirme : j’ai rencontré son petit-fils, qui lui-même cherche à démêler la réalité de la vie de son grand-père. J’en parlerai une autre fois.

Je réponds bien volontiers à la demande de Jean Catherine qui souhaite que soit rectifiée ou précisée l’information au sujet donc de ce quatrième Walery photographe : Walery Mroczkowski dit Ostroga Mrouk, qui fut l’ami de Bakounine. Je le fais d’autant plus volontiers que son intervention intervient exactement en même temps que deux autres échanges avec des amis et correspondants du blog, qui m’amènent à vouloir en reprendre le fil, un temps négligé. On notera aussi la présence indirecte d’Élysée Reclus.

En attendant, je laisse la parole à Jean Catherine, qui est aujourd’hui l’invité du blog.

Walery Mroczkowski dit Ostroga Mrouk

Né à Kiev en 1840, d’après son acte de décèsWalery MROCZKOWSKI (l’état civil oublie le W) commence des études de médecine à Kiev, puis intègre l’école militaire polonaise de Cunéo. Après s’être illustré lors de l’insurrection polonaise de 1863, il est contraint à l’exil. Après un séjour en Suisse, il fait la rencontre de Bakounine et le rejoint à Ischia. Il devient l’amant de la princesse Zoë Soumarokoff (Sumarokov) également exilée et membre active de la première internationale nouvellement créée. Fidèle aux idées de l’anarchisme, le couple vit en union libre et a deux enfants.

En 1871 il s’établit à Menton et ouvre un studio de photographe. Par la suite il partagera son année entre Trouville l’été et Menton l’hiver. La signature est W. M.OSTROGA, le M étant l’initiale de son nom et Ostroga son pseudonyme durant son activité en Pologne. Bakounine, dans une lettre qu’il lui adresse le nomme affectueusement « Mrouk ».

L’ainé des enfants Félix après avoir réussi son concours à Centrale en 1888, obtient son diplôme d’ingénieur en 1892. Suivant la voie de ses parents et les idées de leurs amis, il vit en union libre avec Jeanne la fille d’Élysée Reclus. Leur fille Yvonne est connue pour ses livres pour enfants. En 1897 suite au décès de sa mère et de sa compagne, il devient compositeur et sera directeur du philharmonique de Genève. Le 1er octobre 1889, Walery meurt à Paris. Le corps est transporté à Menton, et inhumé au cimetière du Vieux-Château.

Les personnes intéressées par le sujet peuvent consulter la généalogie de W. Ostroga sur le site pierfit geneanet, et éventuellement comparer avec la famille Ostrorog et ainsi constater qu’il n’y a pas de parenté. Également la page Wikipedia fort détaillée qui vient d’être créée.

J. Catherine

La Société de géographie de Paris conserve quelques tirages d’Ostroga, prénommé selon leurs notices Valérien.

P.S. (24/12) : Jean Catherine m’écrit à propos du terme « usurpé » que j’ai choisi d’utiliser à propos de Varsavaux : « S’il a acheté le fonds de commerce de Walery, le nom commercial lui appartient et il est donc justifié à l’utiliser. ». Dont acte.

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Les archives du Négus : re-découverte d’un fonds inédit en Éthiopie

Dans la perspective de l’ouverture au public du Ghebbi d’Addis Abeba, le palais impérial, et de ses archives, le gouvernement éthiopien a sollicité l’expertise de l’École des hautes études en sciences sociales et de l’École nationale des chartes. Depuis septembre 2016, le soutien de Psl Research University a permis de mettre en œuvre le projet Ghebbi — terme qui signifie « palais » en langue amharique — sous la conduite d’Éloi Ficquet (Ehess), Meaza Hezkias (Administration des Palais d’Éthiopie) et Shiferaw Bekele (Université d’Addis Abeba).

Conçu pour porter un diagnostic sur l’état du fond et répondre à des besoins de formation, ce projet a permis de réaliser un premier inventaire des archives constituées entre 1890 et 1935 (plus de 2 000 cotes) ainsi que de celles produites par l’administration d’occupation italienne entre 1935 et 1941 (700 cotes). Ce dernier chantier a fait l’objet d’un stage à l’étranger par deux élèves de l’École des chartes, Xavier de Saint Chamas et Jean Hennet, sous la supervision de Jean-Pierre Bat (Archives nationales).

Le projet se poursuivra, avec le soutien de l’Ambassade de France en Éthiopie, notamment par l’installation d’un studio de numérisation et par des ateliers de formation qui pourront constituer les fondements d’une future « École des mezgeb ».

Je travaille au sein de l’équipe au volet audiovisuel : identification, préservation, conservation et valorisation du fonds de photographies et de films. Francis Falceto a charge d’expertiser le fonds d’archives sonores.

L’École nationale des chartes et le centre Jean-Mabillon en collaboration avec l’École des hautes études en sciences sociales et PSL Research University ont organisé une conférence de présentation de ce programme qui s’est tenue le 30 juin 2017 à l’École des chartes. Elle peut être réécoutée en ligne.

En savoir plus : http://www.enc-sorbonne.fr/fr/actuali…

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Horlogerie et cosmologie

Suite des échanges avec Jean-Luc Laplagne et Adeline Udry, je reviens sur l’article « Zoomer dans une image : du point et du bougé » publié en juin dernier et notamment sur ce qui était l’objet sur lequel le photographe (très probablement Ilg lui-même) avait fait le point davantage que sur ses invités — ce qui est un élément technique intéressant, j’en parlerai tout à l’heure.

VMZ_800_22_013 (détail). Avec l’aimable autorisation et © Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich, Suisse (Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Schweiz). Tous droits réservés.

Sur l’appui de fenêtre du salon, derrière les convives, on voit très nettement un modèle réduit de locomotive équipé de deux cadrans. Les roues et la chaudière sont reliées par un système de bielles articulées et l’on peut penser que la petite machine fonctionnait. Un petit moteur à vapeur ? Deux cadrans sont visibles, sur le corps de la cabine du conducteur et au milieu de la chaudière tubulaire : une horloge et un baromètre. On ne voit pas de thermomètre.

VMZ_800_22_013 (vue rapprochée sur le modèle réduit de locomotive).

Devant la machine, on aperçoit deux sphères sous lesquelles se devinent des roues dentées et si l’on prête davantage attention, d’autres sphères plus petites reliées à la base du dispositif par de fines tiges coudées. Il s’agit d’un petit planétaire, représentation du système solaire mû par un mécanisme denté. On devine assez clairement à droite du baromètre la Terre munie de son satellite Lune qui tourne lui-même sur son orbite. Le tout est vraisemblablement ici en position repliée.

Le Musée des Arts et Métiers présentait récemment (25 octobre 2016 au 26 mars 2017) une exposition intitulée Machines à dessiner, où était exposé un Tellurium.

Tellurium, Musée des Arts & Métiers. Photo Jean-Luc Laplagne.

Voici d’autres vues qui permettent de mieux comprendre comment se présente un planétaire.

Et une vidéo qui montre comme fonctionne un modèle similaire moderne à construire soi-même, dans laquelle on voit bien comment le dispositif peut être aligné en position arrêt.

Quant à la locomotive, il existe à la fin du dix-neuvième siècle des modèles réduits de machines à vapeur équipées d’une horloge, d’un baromètre et parfois d’un thermomètre installé sur la cheminée (photographies trouvées sur le Net).

Et l’on découvre en élargissant un peu la recherche que l’horlogerie ne manquait pas d’imagination pour coupler toutes sortes de machines à la triade horloge, baromètre, thermomètre.

Ajout de Jean-Luc Laplagne, le 29/04. Au Musée de l’ancien Palais de Pékin, Cité interdite.

Ce petit tour d’horizon, à partir d’observations judicieuses faites par Jean-Luc Laplagne et Adeline Udry — que je remercie cordialement — laisse entrevoir une partie des activités de l’ingénieur Ilg en Éthiopie, de l’influence certaine qu’il avait auprès du roi puis du roi des rois, Ménélik II, grand amateur d’objets techniques, et du rôle qu’il joua aussi dans la constitution des collectes ethnographiques qu’il donnera à la Société de géographie de Zurich puis ensuite au musée d’ethnographie de l’Université de Zurich. En ceci, Alfred Ilg se conformait lui aussi aux ambitions savantes d’autres voyageurs, comme Paul Soleillet, Jules Borelli, ou le vicomte du Bourg de Boza.

Rappelons aussi que Rimbaud — que son ami Verlaine nommait philomathe, « assoiffé de science » — et qui entretenait avec Alfred Ilg des relations suivies, se passionnait également pour les arts et techniques de l’ingénieur. Et que lorsqu’il pense pour la première fois (janvier 1881) à commander un matériel de photographie, il se préoccupe aussi de faire venir de quoi naturaliser des oiseaux : « nous recevrons aussi le matériel de préparateur d’histoire naturelle et je pourrai vous envoyer des oiseaux et des animaux qu’on n’a pas encore vus en Europe ».

Enfin, et cela explique le peu de profondeur de champ dont dispose le photographe pour cette prise de vue, le cliché a été fait en intérieur avec l’appoint d’une lumière artificielle. On voit nettement le reflet dans la vitre et dans une des sphères du planétaire de ce qui est une simple lampe ou le déclenchement d’un dispositif de lumière artificielle du type poudre de magnésium (lequel assez dangereux, dégageait beaucoup de fumée, ce qui ne me paraît pas très compatible avec l’occasion de ce dîner).

Nota Bene. Alfred Ilg avait recruté en 1898 pour le roi des rois un compatriote, Édouard Evalet, lequel était horloger (j’en parlerai un jour prochain). Ménélik était grand amateur d’horloges et de montres (autant que d’armes et d’instruments d’optique) qu’il collectionnait. On sait qu’il offrit à Léon Chefneux une très belle montre de poche signée Lattès, en remerciement de ses services, comme l’indique l’inscription à l’intérieur du boîtier : « Don de Sa Majesté Menelik II Empereur d’Ethiopie ». Ce cadeau  impérial demeura dans la famille un certain temps, avant d’être vendu aux enchères le 15 novembre 2009 à Genève pour 52.500 francs suisses, ce qui irrita fort le regretté Professeur Pankhurst.

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Moss Bay Steel 1900

Entre Diré-Daoua et Dewele, Aciérie Moss Bay 1900 – DR.

Jean-Pierre Crozet, fils et petit-fils de cheminot à la Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien (Jean Crozet : agent au C.F.E. de 1929 à 1954, André Crozet : agent N°01 142 au C.F.E. de 1947 à 1972), et auteur du site Le chemin de fer franco-éthiopien et djibouto-éthiopien, a réagi à la photographie publiée hier en m’envoyant celle-ci.

Voici ce qu’il écrit : « Suite à mon commentaire sur la photo, je te mets une vue prise par les ingénieurs qui avaient été chargés de l’exécution des travaux de réhabilitation de l’ancienne ligne (2009-2010). Ils ont pris la photo d’une portion de rail toujours en service en mars 2010 sur la ligne principale entre Dire Dawa et Adagala (vers Djibouti). Plus que le rail, c’est son état de conservation, le fabriquant (USA) et la date de fabrication indiquée dessus (ironie de l’histoire fabriqué en mars 1900) qui les ont marqués. »

Je rappelle le billet Pekin-Addis écrit à partir de photographies envoyées par l’ami Christian Désagulier.

© Christian Désagulier, 2015

Et j’ajoute ces deux images que Frédéric Davanture m’avait envoyées, l’une montrant un dépôt de rails du programme de réhabilitation à Aysha en 2013 ; la deuxième des traverses de la ligne métrique bricolées pour être utilisées sur des voies d’écartement 1435 mm.

© Frédéric Davanture 2013.

© Frédéric Davanture 2013.

À suivre.

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