Gare de Tamatave Manguiers

Tamatave gare

© H FONTAINE 2014. Tous droits réservés.

En mars 2008, la gare des Manguiers à Tamatave avait repris du service : après une suspension d’une dizaine d’années, la liaison ferroviaire reprenait entre Toamasina et Moramanga, permettant de relier entre elles douze communes inaccessibles par la route nationale 2.

Elle est de nouveau inutilisée. Un chantier de réhabilitation du bâtiment est en cours, dont le promoteur, Madarail Immobilier, est une filiale du concessionnaire du réseau nord des chemins de fer malgaches.

projet nouvelle gare Tamatave

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Le train de voyageurs part actuellement de Manangareza où se situe le dépôt et où j’avais fait cette photographie il y a un an.

Voici, pour finir, une image datant d’octobre 2004.

gare-manguier-toamasina

Gare des Manguiers en octobre 2004 © MAMY RABARIJAONA

Et lux fiat

Andekaleka-web

© H Fontaine, 2014. Tous droits réservés

Arrivée nocturne du Sao Dia à la gare d’Andekaleka au PK 148 de la ligne TCE (Tananarive-Côte Est). Le train a du retard. Ce sont les aléas de la circulation sur voie unique, m’explique-t-on, et aussi parce qu’il y a beaucoup à charger dans les deux premiers fourgons du convoi. Le train dessert une zone enclavée dans la forêt. Il est, sur une centaine de kilomètres, le seul moyen pour se déplacer et transporter des marchandises.

Le quai est abondamment éclairé la nuit depuis que Claudine Soatombo, maire de la commune rurale, a obtenu (c’était en janvier 2010) que le village soit enfin raccordé à la centrale hydroélectrique pourtant toute proche, et l’un des trois grands barrages du pays.

À la Bibliothèque nationale de Madagascar

bureau BN Tana

C’est derrière un rideau, dans son propre bureau, que M. Willy Rahetilahy, directeur des bibliothèques à la Bibliothèque nationale de Madagascar, veille sur une centaine d’albums photographiques. Il y a fait déplacer ce trésor quand il a été nommé conservateur il y a quelques années, convaincu que c’était la manière la plus simple et la plus sûre de stopper l’hémorragie des vols. Désormais, il les garde à l’abri des regards.

Pour les trente premières années du siècle dernier, la plupart ont été composés par Eugène Jaeglé, qui fut conservateur de la Bibliothèque du Gouvernement général. Les plus grands pèsent une dizaine de kilos. Voyant que je m’intéresse au texte manuscrit qui figure en tête de l’un de ces albums — Eugène Jaeglé y explique le pourquoi de son travail — M. Rahetilahy exhume pour moi le portrait de l’érudit, non sans l’avoir débarrassé au préalable d’une épaisse couche de poussière, matériau noble du conservateur, plaisante-t-il.

Eugene-Jaegle

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À suivre…

Biométrique de similarité

Perron

Selon LExpress, à partir d’une étude menée par M. Brice Poreau, chercheur associé au Laboratoire d’anthropologie anatomique et de paléontologie à l’université Claude-Bernard de Lyon, l’homme photographié sur le perron de l’hôtel L’Univers à Aden dans les années 1880 pourrait bien être Arthur Rimbaud.

« Nous avons comparé le visage de la photographie où Rimbaud serait présent avec cinq portraits du poète : deux photographies prises par Étienne Carjat en 1871, une photographie de la communion de Rimbaud, une photographie prise à Sheik-Othman (Yemen) et la peinture Coin de table de Fantin-Latour. Pour l’ensemble des comparaisons nous avons obtenu une moyenne de 88 % de similitude (de 84 % à 92 %) : l’hypothèse selon laquelle Arthur Rimbaud adulte est bien le personnage représenté sur la photographie expertisée est donc fortement vraisemblable. »

Lire : Le rapport de cette étude.

Question cependant : Pourquoi cette étude ne prend-elle pas en considération les trois autoportraits réalisés à Harrar ? Voir en commentaire la réponse envoyée par Jacques Desse.

À lire également cet article de Thierry Savatier, historien de l’art.

Enfin vient de paraître Rimbaldopar Serge Filippini, aux éditions de la Table ronde. « S’inspirant de la célèbre photo retrouvée par hasard en 2010, Serge Filippini imagine les deux heures qui mènent à la prise de vue. »

(Informations provenant du blog de Chez les Libraires associés.)

 

D’emblée vous sortiriez du rang des débutants

bnf_societe_de_geographie

Une conférence à la Société de géographie de Paris • 1885
P. Lackerbauer (dessin)
Gravure, 11,3 x 16 cm
© BnF, département des Cartes et Plans, Société de géographie, Sg Ms. In 8° 77

Rien ne change ! Le 4 octobre 1887, la Société de géographie, par la plume de son Secrétaire général, M. Maunoir, répond à la demande de Rimbaud qui cherchait à réaliser son projet d’enquête sur les Gallas du Harar (voir ce billet). Toujours le fameux argument du « régime d’économies », ce qui n’empêche pas au passage d’essayer de gratter du travail bénévole et des informations.

Monsieur,

En réponse à votre lettre du 26 août, la Société de Géographie me charge de vous informer qu’il ne lui est pas possible, quant à présent, de répondre favorablement au désir que vous exprimez. Peut-être auriez-vous quelque chance de succès en adressant une demande de mission au Ministère de l’instruction publique. Cette demande serait renvoyée à la Commission des missions et voyages, qui en donnerait son avis à l’administration. Je ne dois pas vous dissimuler, cependant, que le fonds attribué aux missions a subi les conséquences du régime d’économies auquel sont soumis les ministères depuis quelques mois. Il est à craindre que — votre voyage n’intéressant pas directement un pays français, la politique française, — la somme demandée dans votre lettre ne paraisse trop élevée. En tout cas, vous feriez bien de rédiger les notes ou les souvenirs que vous avez recueillis sur les races bédouines ou agricoles, leurs routes et la topographie de leurs régions. Soyez persuadé qu’un mémoire à ce sujet, s’il renferme des faits nouveaux, des indications utiles, des notions précises, serait la meilleure des recommandations dans le cas ou vous croiriez devoir adresser au ministère une demande de mission. D’emblée, en effet, vous sortiriez du rang des débutants, et le rapporteur, auquel la Commission des missions renverrait votre demande, aurait un point d’appui. Si vous pensiez devoir adopter cette manière de faire, je me mettrais à votre disposition pour rechercher les moyens d’assurer la publication de votre mémoire, afin de le bien faire connaître. Il serait bon que le travail fût accompagné d’un croquis donnant vos itinéraires. Le pays que vous songez à parcourir est très redoutable pour les Européens, même dans les conditions particulièrement favorables où vous vous trouvez. La Commission se montrera donc d’autant moins réfractaire qu’elle sera mieux à même d’apprécier votre travail antérieur, les résultats de vos premiers voyages. Je viens de recevoir de M. A. Bardey une lettre dans laquelle il donne des extraits intéressants de votre journal de route du Choa à Zeilah. Ces extraits vont être publiés au Bulletin de la Société de Géographie, dont fait partie M. Bardey. Croyez bien, Monsieur, que les objections présentées ci-dessus ne sont point des fins de non recevoir. Je serais, dans la limite de mes moyens, très disposé à vous aider, — mais je ne suis pas seul, et il importe de décider dans un sens favorable tous ceux qui ont voix au chapitre. J’ai causé de vos projets avec mon ami, M. Duveyrier, spécialiste en choses d’Afrique, et je crois que lui aussi sera bien disposé en votre faveur. Il m’a chargé de vous demander si l’abba Moudda est un marabout musulman, et quelle confrérie représente le scheik Hoséin, ainsi que l’abba Moudda, si ce dernier est musulman. Veuillez agréer, Monsieur, avec mes regrets de ne pouvoir de suite répondre favorablement à votre désir, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

C. MAUNOIR,

Secrétaire général. 

Le texte de cette lettre est reproduit dans l’article de Giovanni Dotoli, « Rimbaud photographe africain », texte de sa contribution au colloque Les Afriques de Rimbaud organisé par David Ellison et Ralph Heyndels, avec l’aide de Paulette Hacker, au Musée d’Art Lowe de l’Université de Miami en novembre 2004.

Le photographe topographe

Photographe-topographe

Officier topographe, Rivière noire, Laï-Chau, entre 1889 et 1895
Coll. Julien, anonyme

Sur cette photographie dont l’auteur nous est inconnu, prise dans la province de Laï-Chau, au nord-ouest du Viêt Nam, un officier topographe vise un point avec son théodolite. Il est entouré de six hommes qui l’assistent manifestement dans son travail. L’un d’entre eux, si l’on en juge par la qualité de sa tenue (les guêtres, le ruban qui entoure sa coiffe) et sa tâche (il tient une ombrelle au-dessus du topographe et son instrument) est l’assistant de l’officier. Les autres ont sans doute pour mission de transporter le matériel, lourd et encombrant : les appareils avec leur pied, les accessoires… On aperçoit au sol une partie du bagage, dont une boîte qui sert à transporter le précieux théodolite. Il faut s’abriter du soleil et tout le monde porte un chapeau. L’officier, son casque. L’arpentage est un travail de terrain, éprouvant. On suit des chemins non tracés, on se fraye la route à travers la végétation. Les herbes ici ont été couchées autour du point de mesure pour la mise en station de l’appareil sur un solide trépied de bois.

Au premier plan, fixée également sur son trépied, une chambre photographique de grand format. On voit clairement, en l’absence du voile, le dos et le verre dépoli sur lequel se fait, à l’abri de la lumière, la visée et le contrôle de l’image. Un homme est occupé sur le devant de l’appareil, du côté de l’objectif, à préparer la prochaine prise de vue.

Le topographe complète donc son levé topographique par des prises de vue photographiques. Sans doute Alexandre Marchand, au Yunnan, ne procédait-il pas autrement.

À la fin du XIXe siècle (à partir de 1880 particulièrement, quand est inventée et, presque immédiatement, fabriquée industriellement la plaque « sèche » au gélatino-bromure d’argent, qui facilite le travail de prise de vue), les missions exploratrices, financées ou soutenues par les sociétés de géographie, emportent un matériel photographique. Souvent sans formation préalable, ces photographes occasionnels cumulent leur activité de rapporteurs d’images avec d’autres fonctions, liées à la géodésie, à la topographie, bientôt à l’ethnologie (Pierre Fournié).

Je lis, ces temps-ci, la correspondance de Rimbaud depuis Aden et l’Éthiopie. En 1882, Rimbaud demande au colonel Dubar à Lyon1 de lui envoyer un appareil photographique complet « dans le but, écrit-il, de le transporter au Choa, où c’est inconnu et où ça me rapportera une petite fortune en très peu de temps » (lettre aux siens, Aden, 28 septembre 1882). Il écrit également le « … les reproductions de ces contrées ignorées et des types singuliers qu’elles renferment devant se vendre en France »

À Ernest Delahaye

Aden, le 18 janvier 1882

Mon cher Delahaye,
Je reçois de tes nouvelles avec plaisir.
Sans autres préambules, je vais t’expliquer comme quoi, si tu restes à Paris, tu peux me rendre un grand service.
Je suis pour composer un ouvrage sur le Harar et les Gallas que j’ai explorés, et le soumettre à la Société de géographie. Je suis resté un an dans ces contrées, en emploi dans une maison de commerce française.
Je viens de commander à Lyon un appareil photographique qui me permettra d’intercaler dans cet ouvrage des vues de ces étranges contrées.
Il me manque des instruments pour la confection des cartes, et je me propose de les acheter. J’ai une certaine somme d’argent en dépôt chez ma mère, en France ; et je ferai ces frais là-dessus.
Voici ce qu il me faut, et je te serai infiniment reconnaissant de me faire ces achats en t’aidant de quelqu’un d’expert, par exemple d’un professeur de mathématiques de ta connaissance, et tu t’adresseras au meilleur fabricant de Paris :
1° Un théodolite de voyage, de petites dimensions. Faire régler soigneusement, et emballer soigneusement. Le prix d’un théodolite est assez élevé. Si cela coûte plus de 15 à 18 cents francs, laisser le théodolite et acheter les deux instruments suivants :
Un bon sextant ;
Une boussole de reconnaissance Cravet, à niveau.
2° Acheter une collection minéralogique de 300 échantillons. Cela se trouve dans le commerce.
3° Un baromètre anéroïde de poche.
4° Un cordeau d’arpenteur en chanvre.
5° Un étui de mathématiques contenant : une règle, une équerre, un rapporteur, compas de réduction, décimètre, tire-lignes, etc.
6° Du papier à dessin.

Et les livres suivants :
Topographie et Géodésie *, par le commandant Salneuve (librairie Dumaine, Paris) ;
Trigonométrie des lycées supérieurs ;
Minéralogie des lycées supérieurs, ou le meilleur cours de l’École des Mines ;
Hydrographie, le meilleur cours qui se trouve ;
Météorologie, par Marie Davy (Masson, libraire) ;
Chimie industrielle, par Wagner (Savy, libraire, rue Hautefeuille) ;
Manuel du Voyageur, par Kaltbrünner (chez Reinwald) ;
Instructions pour les Voyageurs préparateurs (Librairie du Muséum d’Histoire naturelle) ;
Le Ciel, par Guillemin ;
Enfin, l’Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1882.
Fais la facture du tout, joins-y tes frais, et paie-toi sur mes fonds déposés chez Madame Rimbaud, à Roche.
Tu ne t’imagines pas quel service tu me rendras. Je pourrai achever cet ouvrage et travailler ensuite aux frais de la société de Géographie.
Je n’ai pas peur de dépenser quelques milliers de francs, qui me seront largement revalus.
Je t’en prie donc, si tu peux le faire, achète-moi ce que je demande le plus promptement possible ; surtout le théodolite et la collection minéralogique. D’ailleurs, j’ai également besoin de tout. Emballe soigneusement.
À la prochaine poste, qui part dans trois jours, détails. En attendant, hâte-toi.
Salutations cordiales.

Rimbaud.
Maison Mazeran, Viannay et Bardey,
à Aden,

Monsieur Alfred Delahaye,
8, place Gerson, à Paris.
* Sinon cela, le meilleur cours de topographie.

Note

  1. Agent de la Maison Mazeran, Viannay et Bardey, Dubar avait embauché Rimbaud à Aden en 1880.

Georges Marchand, l’homonyme

Offranville

Offranville.- Boucherie A. MARCHAND (cousin du photographe)
Négatif Nitrate de cellulose 10 x 9,5 cm Cote fonds ancien GM1308 N° carte postale 1810

Retour vendredi au Salon du Livre sur le stand des Éditions des Falaises, abrité par la Région Normandie (Haute et Basse réunies). Je fais la connaissance de François Banse, éditeur à Rouen, qui me raconte l’aventure de ce livre. Le travail est remarquable : celui des auteurs, Frédéric David et Didier Mouchel (du Pôle image Haute-Normandie), celui de l’éditeur et, je le devine, de tous ceux qui ont participé au recueil de l’œuvre de Georges Marchand, photographe et éditeur de cartes postales à Dieppe.

« Sans doute, écrivent les auteurs dans leur Introduction, Georges Marchand qui, à la fin de sa vie, a cherché partout sans succès [...] la référence dans laquelle était collé un specimen de chacune de ses cartes postales puis a brûlé les tonneaux qui contenaient le reste de sa collection, serait étonné de l’intérêt manifesté pour sa production de photographies. »

Le livre vaut largement d’entrer dans votre bibliothèque pour ce qu’il montre de la très photogénique Dieppe (je pense à une belle photo de Gabriele Basilico) et de sa région au début du siècle dernier et en ce qu’il témoigne de l’importance de la carte postale à l’époque comme moyen de diffusion de la photographie. « Il convient de rappeler, poursuivent Didier Mouchel et Frédéric David, combien l’engouement pour la carte postale a favorisé la réalisation d’innombrables prises de vue dans la moindre commune du territoire national, proposant de la sorte un inventaire inégalé et une archive visuelle du début du XXe siècle. Ce livre reste cependant un livre de photographies. » Il se distingue clairement des productions habituelles de l’édition régionaliste par la qualité de l’étude qui accompagne les photographies, lesquelles sont, faut-il le signaler, très soigneusement reproduites.

L’éditeur a mis un ligne un flipbook. Le fonds est consultable en ligne. Pour vous donner envie, voici quelques images choisies parmi les quelque 2800 clichés consultables librement. Bravo !

avant-port

Dieppe. – L’Avant-Port
Négatif Nitrate de cellulose 10 x 9,5 cm Cote fonds ancien GM1006 N° carte postale 57

Couple de baigneurs

Dieppe.- Baigneurs
Négatif Nitrate de cellulose 10 x 9,5 cm Cote fonds ancien GM1078 N° carte postale 1596

jetée

Dieppe.- La Jetée.- Tempête
Négatif Nitrate de cellulose 10 x 9,5 cm Cote fonds ancien GM1422-05 N° carte postale 1286

Marchandes de moules

Dieppe.- Marchandes de moules et de crevettes
Négatif Nitrate de cellulose 10 x 9,5 cm Cote fonds ancien GM1010-01 N° carte postale 2493

 

Le Fonds Georges Marchand

G Marchand couv

Surprise, en déambulant hier soir avec l’ami Pierre Javelot parmi les stands du Salon du Livre de Paris, d’apercevoir la couverture d’un livre qui vient de paraître aux Éditions des Falaises, sous le titre : Marchand photographe et éditeur de cartes postales à Dieppe. Serait-il lié à Alexandre Marchand sur la piste duquel je suis depuis maintenant presque trois ans ? On relira notamment ce billet au sujet d’une photographie prise de la famille Marchand au pied de la falaise de Granville par le photographe Louis Moulin en 1908.

Mais non ! Fausse piste et faux espoir. Il s’agit d’un autre Marchand.

Marchand

Georges Marchand

« Plusieurs facteurs semblent avoir contribué à la conservation de ce fonds. Tout d’abord, il apparaît que les cartes postales de Marchand ont su retenir l’attention, tant au niveau de la quantité (plus de 3000 cartes différentes) que de l’exceptionnelle qualité.

De plus, ce fonds a été préservé par ses successeurs, car Georges Marchand l’a cédé à  Albert Bettembos en 1911 avec les droits d’exploitation. En février 1922, ce dernier l’a, à son tour,  revendu à Louis Vidière comme l’indique La Vigie du 3 mars 1922. À cette vente, s’ajouta tout le stock de cartes Marchand (certaines seront vendues jusqu’en 1950 et même au-delà) et le droit de reproduction des clichés. Ainsi, Louis Vidière entreprit de continuer la série de Marchand au début des années 20.

Enfin, c’est peut-être par pur hasard que Mme Vidière n’a pas détruit ces clichés après la Deuxième Guerre mondiale ? Toujours est-il que miraculeusement, ce fonds de négatifs a traversé le temps jusqu’à la redécouverte de ce support au moment du renouveau de la carte postale. Il faudra attendre 1975 pour que reprenne l’intérêt pour les cartes, au moment où on redécouvrait ces trésors cachés du temps de nos grands-parents… mais la chance unique du fonds Marchand est due à  la longévité de Madame Vidière, très connue à Dieppe, et considérée même comme la plus vieille libraire en exercice en France.  Elle conserva ce fonds de négatifs et les confia, à la fermeture de son magasin à M. Verbraeken et M. Féron des Informations Dieppoises. Quelques années plus tard, ils en feront don au fonds ancien de la Médiathèque de Dieppe.

Ce fonds a pu être numérisé en 2012 grâce au soutien du CJD de Dieppe et de la société Médicascreen. L’interface de consultation a pu être réalisée grâce au soutien du ministère de la Culture et de la région Haute-Normandie dans le cadre du FRRAB. » Source

Pour consulter ce fonds.

Voir aussi cet article sur le site de Pôle Image Haute-Normandie.

Madame Kiki

A Aouache, portrait de Madame Kiki

Vincent Defait m’apprend le décès d’Angèle Assimakopoulos, dite « Madame Kiki », chez sa fille à Addis Abeba le 14 mars. Une cérémonie se déroulera à l’église grecque d’Addis cet après-midi. Ceux qui l’aiment prendront le train.

Mrs KIKI

Mrs Kiki

Ce pays de lumière et de chaleur

Carte HF001

Coll. H FONTAINE

Je visite en ce moment ce beau pays et je vous assure Mlle que rien ne peut donner une idée des merveilles qui chaque jour me passe [sic] sous les yeux. Ce pays de lumière et de chaleur est indescriptible. On y vit comme ds un rêve et si loin de notre chère France bien que Djibouti soi [sic] une de ces [sic] colonies. Mais je suis si loin de Nancy. Bons Baisers, Diehl.

Datée de mars 1899 (envoyée sous enveloppe de Djibouti ?), et adressée à Mlle Andrée Cahen à Nancy, cette carte signée Diehl reproduit une photographie probablement réalisée par Augustin Alavaill et publiée initialement sous les presses du Djibouti, l’organe de presse de l’entrepreneur du chemin de fer1, qui paraît entre février 1899 et octobre 1903 (voir la note 2 de ce précédent billet et celui-ci). Six séries ont été publiées totalisant 70 cartes2. Elles seront ensuite reproduites au fur et à mesure de la demande et plus tard, reprises, mais dans une qualité moindre, par d’autres éditeurs pas très scrupuleux, établis à Djibouti. Cette carte numérotée 52  fait vraisemblablement partie, au vu de sa date, des premières séries imprimées par Justin Alavaill (le père d’Augustin). On y voit la Halte de la Caravane dans la brousse (légende biffée par Diehl qui en supprime l’article).

À l’ombre d’acacias, dans un paysage qui ressemble à celui de la région d’Ali-Sabieh, proche de la frontière éthiopienne, une caravane fait halte. Deux chevaux sont gardés par des hommes chaussés de bottes. On aperçoit deux chameaux, en devine un troisième. Au sol, des marchandises. Au centre de la composition et vers qui sont tournés tous les visages, un Blanc, reconnaissable à son casque colonial, équipé également de bottes. Il s’adresse à son équipe de porteurs.

Augustin Alavaill photographie la progression du chantier sur le tronçon A, la première section du chemin de fer, commencée depuis Djibouti à l’automne 1897. Le tracé suit l’antique route caravanière qui débouche à Zeïlah, sur les rivages de la mer Rouge, et dont un embranchement mène, depuis la création de la ville, à Djibouti. Rien d’étonnant donc à ce qu’Alavaill photographie cette halte d’une caravane. D’autres images montrent la rupture de charge au point le plus avancé de la voie ferrée, quand les marchandises sont transférées des animaux sur le train (ou l’inverse), afin qu’on poursuive leur acheminement depuis (ou vers) les hauts plateaux d’Éthiopie. Ce sera ainsi jusqu’à ce que le chemin de fer gagne Diré-Daoua en 1902 puis la banlieue d’Addis-Abeba en 1917.

Est-ce un de ces paysages, une de ces scènes qui ont émerveillé Diehl ? J’aime bien en tout cas dans cette carte la façon dont l’écriture épouse les contours de l’image et occupe les espaces laissés libres. J’aime aussi le ton de cet envoi à une inconnue. Andrée. Une amie, sans doute… On sent un voyageur curieux, résolument optimiste. Un homme enthousiaste, plutôt rêveur, mais soucieux aussi de précision.

Il est tentant de lui opposer la lettre qu’Arthur Rimbaud adresse à sa mère et sa sœur, Isabelle, depuis Harar :

Harar, 25 février 1890.

Chères mère et sœur,

Je reçois votre lettre du 21 janvier 1890.

Ne vous étonnez pas que je n’écrive guère : le principal motif serait que je ne trouve jamais rien d’intéressant à dire. Car, lorsqu’on est dans des pays comme ceux-ci, on a plus à demander qu’à dire ! Des déserts peuplés de nègres stupides, sans routes, sans courriers, sans voyageurs : que voulez-vous qu’on vous écrive de là ? Qu’on s’ennuie, qu’on s’embête, qu’on s’abrutit ; qu’on en a assez, mais qu’on ne peut pas en finir, etc., etc. ! Voilà tout, tout ce qu’on peut dire, par conséquent ; et, comme ça n’amuse pas non plus les autres, il faut se taire.

On massacre, en effet, et l’on pille pas mal dans ces parages. Heureusement que je ne me suis pas encore trouvé dans ces occasions-là, et je compte bien ne pas laisser ma peau par ici, — ce serait bête ! Je jouis du reste, dans le pays et sur la route, d’une certaine considération due à mes procédés humains. Je n’ai jamais fait de mal à personne. Au contraire, je fais un peu de bien quand j’en trouve l’occasion, et c’est mon seul plaisir.

Je fais des affaires avec ce monsieur Tian qui vous a écrit pour vous rassurer sur mon compte. Ces affaires, au fond, ne seraient pas mauvaises si, comme vous le lisez, les routes n’étaient pas à chaque instant fermées par des guerres, des révoltes, qui mettent nos caravanes en péril. Ce monsieur Tian est un grand négociant de la ville d’Aden, et il ne voyage jamais dans ces pays-ci. Les gens du Harar ne sont ni plus bêtes, ni plus canailles que les nègres blancs des pays dits civilisés ; ce n’est pas du même ordre, voilà tout. Ils sont même moins méchants, et peuvent, dans certains cas, manifester de la reconnaissance et de la fidélité. Il s’agit d’être humain avec eux.

Le ras Makonnen, dont vous avez dû lire le nom dans les journaux et qui a conduit en Italie une ambassade abyssine, laquelle fit tant de bruit l’an passé, est le gouverneur de la ville du Harar.

À l’occasion de vous revoir. Bien à vous,

Rimbaud.

Enfin, un petit tour sur la Toile me fait découvrir un Charles Diehl, « né le  à Strasbourg, qui fut élève de l’École normale supérieure (1878-1881), membre de l’École française de Rome (1881-1883) et de l’École française d’Athènes, professeur d’histoire byzantine à l’Université de Nancy, puis à la Sorbonne (1907) ». Serait-il (en dépit des fautes d’orthographe) l’auteur de notre carte ?

  1. Généralement nommée l’Entreprise Générale pour la Société d’Entreprise Générale de la Construction et des Travaux Publics, elle est formée par Alexis Duparchy et Léon Vigouroux en mai 1883 et sera liquidée en 1901.
  2. Rosanna van Gelder de Pineda, Le chemin de fer de Djibouti à Addis-Abeba, L’Harmattan, 1995, p 218

Carte HF001 verso

The Life and Times of Lïj Iyasu of Ethiopia

The Life and Times of Lij Iyasu - cover project

 

Eloi Ficquet, co-éditeur avec Wolbert Smidt de l’ouvrage, m’annonce la publication de The Life and Times of Lïj Iyasu of Ethiopia : New Insights chez l’éditeur zurichois LIT. Voici le texte de la quatrième de couverture :

One hundred years ago, from 1910 to 1916 the young prince Lïj Iyasu (1897 – 1936) assumed power as the uncrowned emperor of Ethiopia. He was overthrown by an alliance of oligarchs led by the future emperor Hayle Sïllasé. The short reign of Iyasu, disrupted by fierce inner competitions in the international context of World War I, has remained obscure, even to specialized researchers. During the past two decades, however, new sources have come up, allowing to ask new questions and look for new answers. This book assembles diverse perspectives on Lïj Iyasu’s politics and life, his `pluralistic’ and controversial religious inclinations, and his international relations.

Le livre comporte un chapitre où il est question de la visite que fit le prince de la gare de Diré-Daoua (A Visit of Lïj Iyasu to the Railway facilities in Dïrré Dawa in 1915). Le prince régnant visite la gare et ses équipements, accompagné de Haïlé Giorghis, ministre des Finances et Contrôleur du Chemin de fer, du djezamach Machacha, d’Igazou et d’une « suite assez nombreuse de chefs », selon le rapport de février 1915 du Contrôle Technique des Travaux Public de Diré-Daoua.

Une photographie le montre sur le pont tournant que l’on manœuvre tandis que, protégé par sa nombreuse garde armée, il a pris place à bord d’une draisine.

Auriol119

Collection Jacques Auriol/Catherine Paoli

J’en rendrai compte prochainement. En attendant, voici la Table des matières.

Life and Times of Lij Iyasu Life and Times of Lij Iyasu

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