Curieux point de vue

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Voici un exemple de curiosité que recèlent les collections de cartes postales. Sur cette carte, qui n’a pas circulé, sans aucune indication de légende ni d’éditeur, ce point de vue énigmatique. Un connaisseur (ici, le vendeur) y reconnaît l’Éthiopie et Diré-Daoua (vêtements, collines, végétation, allure des bâtiments…) et l’on peut se risquer à dater approximativement cette image des années 1910. Ensuite, les choses se compliquent. Ce serait un jour de fête (les personnages qui tiennent une ombrelle). Mais le point de vue du photographe est étrange : les personnages sont photographiés de dos. Ils portent la shamma ; certains tiennent sur l’épaule un fusil. Ils observent un événement qui se déroule sur une place. On ne sait donc pas vraiment ce à quoi ils sont en train d’assister. Ou bien sont-ils eux-mêmes le sujet de la photographie ? Pourquoi avoir imprimé ce cliché sous forme de carte postale ?

Je pense à une image de la série numérotée des cartes de la collection L Gérard, dont il a déjà été beaucoup question ici.

Gérard 26 recto

Et à celle-ci, qui permettrait de situer la scène plutôt dans le quartier de Magala.

Gérard 18 recto

Reste à imaginer la suite…

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Auguste François, consul, photographe, explorateur

L'iconoclaste

Parution d’un nouveau livre sur le consul Auguste François dont j’avais parlé du projet, Un œil sur le mondeici :

L’Iconoclaste.
L’histoire véritable d’Auguste François, consul, photographe, explorateur, misanthrope, incorruptible et ennemi des intrigants
Boris Martin 
Avant-propos : Bernard Seydoux · Préface : Richard Boidin

Lorsqu’en février 1886, Auguste François embarque à bord du Melbourne, il ignore encore que son existence va basculer. Durant vingt ans, ce consul promis à une belle carrière va sillonner le monde, menant une vie de diplomate-vagabond, s’improvisant explorateur pour la Société de géographie, armé de ses appareils photo et d’un caractère bien trempé. Misanthrope plus à l’aise en forêt qu’en société, curieux des peuples rencontrés et hostile aux intrigants de tous bords, il ne tardera pas à payer le prix d’une intransigeance inflexible et parfois coupable.
Dépêché en Indochine puis au Paraguay — après un intermède dans le Paris de la Belle Époque —, c’est en Chine, entre 1896 et 1904, qu’il donne la pleine mesure de son tempé­rament. Là, il s’oppose à Paul Doumer, tout puissant gouverneur de l’Indochine et futur président de la République, bien décidé à construire le chemin de fer du Yunnan au risque d’une guerre avec l’empire du Milieu. Là, il soutient un siège de quatorze jours dans son consulat pour sauver la vie de ses compatriotes. Et là encore, il réalise des expéditions inédites et cartographie des zones jusqu’alors inexplorées.
« Pour moi, l’idéal consiste à vivre à ma guise, et à ne pas m’enliser dans la banalité. Vivre d’action, et puis, le moment venu, souffler ma chandelle en souhaitant le bonsoir à la compagnie. » De ce serment, Auguste François aura fait sa vie, racontée ici par Boris Martin et illus­trée par les photographies du consul — parmi les premières rapportées de ces confins du monde.

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L’album historique – 2

Un an plus tard, je retrouve M. Paul Bert à son poste. Entre-temps, Rindra a quitté la compagnie : l’exploitation de la Micheline et du Trans-Lémurie Express ont cessé, pour des raisons de sécurité liées à l’usure des rails. Quant à Marina, elle est partie voir ailleurs si le ciel était plus bleu. Rindra m’avait fait savoir par Geneviève qu’elle avait récupéré les tirages sortis pour numérisation. Une exposition avait bien eu lieu à l’occasion du centenaire du Lalamby (chemin de fer), inaugurée par Patrick Claes, président du conseil d’administration de Madarail, lors d’une célébration à Tananarive et à Tamatave, occasion également de décorer 577 cheminots et de faire peau neuve au stade des cheminots. J’arrive donc confiant.

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La décoration de 577 salariés de Madarail. Vendredi 27 septembre 2013. © Newsphoto

Mes espoirs font long feu. Je retrouve l’album tel que je l’ai feuilleté il y a un an. Des photos ont bien été rapportées, en noir et blanc. Mais ce ne sont pas celles de l’album historique. Nous parcourons, Paul Bert et moi, les cartons une nouvelle fois. Mais en vain. J’appelle Marina, qui me confirme que les photos ont bien été restituées. Si celles de l’album manquent toujours, elle ne voit vraiment pas comment on les retrouvera.

Je suis déçu. Une page retient mon attention. J’espérais bien en voir les images. Sur les bandeaux où ont été tapées les légendes, on lit : « Le tunnel fut inauguré le 21 octobre 1903. Le 10 février 1904, il fut livré au service de la pose ; le 22, les trains le franchissaient. » Et puis, pour les deux photos manquantes : « Le Général Gallieni et sa suite à l’inauguration du tunnel. » et « Distribution de gratification au personnel. »

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Une page de l’album. © H FONTAINE 2014, tous droits réservés.

À suivre.

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L’album historique – 1

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Tout commence il y a un an, lors de mon précédent séjour à Tananarive. Dans les tout derniers moments. Monsieur Paul Bert Randriamasimanana, nouvellement placé au poste d’archiviste chez Madarail (il est à quelques années de sa retraite) et que j’ai rencontré depuis peu, m’interpelle tandis que je reviens pour la seconde fois dans le local des archives, accompagné de Rindra et de Marina (alors responsables du tourisme et de la communication). Monsieur Paul Bert veut me parler d’un problème qu’il vient tout juste de constater. Pour ce faire, il sort des rayonnages trois grands albums à l’italienne : couverture cartonnée verte, titre en gris argenté imprimé à chaud. Deux albums contiennent des photographies qui retracent l’histoire de la compagnie, ils sont numérotés 1 et 2. Un autre, sans rien sur la couverture, mais intitulé en page de titre : « Album historique », donne à voir des vues de la construction du chemin de fer entre 1901 et 1905.

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Seulement, ce qui préoccupe M. Paul Bert, c’est qu’un nombre considérable de photographies manquent ! Il a d’ailleurs entrepris, pour empêcher que cela se reproduise, de coller les tirages avec de la glue.

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Il exhume aussitôt plusieurs cartons emplis de photographies dans lesquels nous fouillons. Mais en vain. Aucune ne correspond aux espaces laissées vides.

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Rindra pense que ces photos ont pu être sorties pour être numérisées en prévision du centenaire qu’on célébrera bientôt, avant la fin de l’année. Marina téléphone à l’entreprise qui a été chargée de ces travaux. Toutes deux m’assurent qu’elles feront tout pour récupérer les tirages manquants.

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Toutes les photographies © H FONTAINE 2013, tous droits réservés.

À suivre.

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Les géographes prennent le train (chemin de fer et diplomatie)

logoDébat : « Les géographes prennent le train (chemin de fer et diplomatie) », avec Henry Jacolin (Association internationale de l’histoire des chemins de fer), Alain Gascon (Paris 8) et Paul Véron (Association internationale de l’histoire des chemins de fer). Au premier étage du Café de Flore, 172 boulevard Saint-Germain, 75006 Paris (M° Saint-Germain), le mardi 29 avril 2014 de 19 h 30 à 21 h 30.

Présentation

Qu’en est-il des usages du chemin de fer : transporter des hommes et des marchandises, d’un lieu à l’autre ? Pas seulement.

Le tracé des voies peut répondre à des objectifs plus complexes, d’ordre stratégique notamment. Un réseau doit-il être tracé en étoile vers une capitale ? Ou avec des axes parallèles à une frontière pour la protéger ? Quels acteurs décident de sa construction ?

Le mardi 29 avril, au Flore, deux intervenants répondront à ces questions avec deux exemples particuliers.

Henry Jacolin, ancien ambassadeur, Président de l’Association internationale d’histoire des chemins de fer, nous parlera de la voie ferrée Vienne-Constantinople, voulue par les puissances occidentales contre le vœu de l’Empire ottoman.

Alain Gascon, professeur émérite à l’Institut français de géopolitique de l’Université Paris 8, et ancien chargé de cours à l’INALCO nous éclairera sur la ligne Djibouti Addis-Abeba (1897-1917) qui a contribué à la construction de l’Éthiopie du Négus Ménélik. Surprise, cette ligne va revivre à partir d’un chantier lancé en 2013 dans le but de créer un Trans-Africain jusqu’à Dakar !

Le modérateur sera Paul Véron, directeur de la communication et directeur pour le Moyen-Orient de l’Union internationale des chemins de fer (ONU du rail dont le siège est à Paris).

Voir ce compte-rendu d’Olivier Milhaud et Maryse Verfaillie.

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Gare de Tamatave Manguiers

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© H FONTAINE 2014. Tous droits réservés.

En mars 2008, la gare des Manguiers à Tamatave avait repris du service : après une suspension d’une dizaine d’années, la liaison ferroviaire reprenait entre Toamasina et Moramanga, permettant de relier entre elles douze communes inaccessibles par la route nationale 2.

Elle est de nouveau inutilisée. Un chantier de réhabilitation du bâtiment est en cours, dont le promoteur, Madarail Immobilier, est une filiale du concessionnaire du réseau nord des chemins de fer malgaches.

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© H FONTAINE 2014. Tous droits réservés.

Le train de voyageurs part actuellement de Manangareza où se situe le dépôt et où j’avais fait cette photographie il y a un an.

Voici, pour finir, une image datant d’octobre 2004.

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Gare des Manguiers en octobre 2004 © MAMY RABARIJAONA

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Et lux fiat

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© H Fontaine, 2014. Tous droits réservés

Arrivée nocturne du Sao Dia à la gare d’Andekaleka au PK 148 de la ligne TCE (Tananarive-Côte Est). Le train a du retard. Ce sont les aléas de la circulation sur voie unique, m’explique-t-on, et aussi parce qu’il y a beaucoup à charger dans les deux premiers fourgons du convoi. Le train dessert une zone enclavée dans la forêt. Il est, sur une centaine de kilomètres, le seul moyen pour se déplacer et transporter des marchandises.

Le quai est abondamment éclairé la nuit depuis que Claudine Soatombo, maire de la commune rurale, a obtenu (c’était en janvier 2010) que le village soit enfin raccordé à la centrale hydroélectrique pourtant toute proche, et l’un des trois grands barrages du pays.

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À la Bibliothèque nationale de Madagascar

bureau BN Tana

C’est derrière un rideau, dans son propre bureau, que M. Willy Rahetilahy, directeur des bibliothèques à la Bibliothèque nationale de Madagascar, veille sur une centaine d’albums photographiques. Il y a fait déplacer ce trésor quand il a été nommé conservateur il y a quelques années, convaincu que c’était la manière la plus simple et la plus sûre de stopper l’hémorragie des vols. Désormais, il les garde à l’abri des regards.

Pour les trente premières années du siècle dernier, la plupart ont été composés par Eugène Jaeglé, qui fut conservateur de la Bibliothèque du Gouvernement général. Les plus grands pèsent une dizaine de kilos. Voyant que je m’intéresse au texte manuscrit qui figure en tête de l’un de ces albums — Eugène Jaeglé y explique le pourquoi de son travail — M. Rahetilahy exhume pour moi le portrait de l’érudit, non sans l’avoir débarrassé au préalable d’une épaisse couche de poussière, matériau noble du conservateur, plaisante-t-il.

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© H FONTAINE 2014. Tous droits réservés.

À suivre…

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Biométrique de similarité

Perron

Selon LExpress, à partir d’une étude menée par M. Brice Poreau, chercheur associé au Laboratoire d’anthropologie anatomique et de paléontologie à l’université Claude-Bernard de Lyon, l’homme photographié sur le perron de l’hôtel L’Univers à Aden dans les années 1880 pourrait bien être Arthur Rimbaud.

« Nous avons comparé le visage de la photographie où Rimbaud serait présent avec cinq portraits du poète : deux photographies prises par Étienne Carjat en 1871, une photographie de la communion de Rimbaud, une photographie prise à Sheik-Othman (Yemen) et la peinture Coin de table de Fantin-Latour. Pour l’ensemble des comparaisons nous avons obtenu une moyenne de 88 % de similitude (de 84 % à 92 %) : l’hypothèse selon laquelle Arthur Rimbaud adulte est bien le personnage représenté sur la photographie expertisée est donc fortement vraisemblable. »

Lire : Le rapport de cette étude.

Question cependant : Pourquoi cette étude ne prend-elle pas en considération les trois autoportraits réalisés à Harrar ? Voir en commentaire la réponse envoyée par Jacques Desse.

À lire également cet article de Thierry Savatier, historien de l’art.

Enfin vient de paraître Rimbaldopar Serge Filippini, aux éditions de la Table ronde. « S’inspirant de la célèbre photo retrouvée par hasard en 2010, Serge Filippini imagine les deux heures qui mènent à la prise de vue. »

(Informations provenant du blog de Chez les Libraires associés.)

Signalé le 7 décembre 2014 par Pierre Javelot ce billet de Grégory Haleux.
Dans son blog Rimbaud ivre, Jacques Bienvenu remarque que tous les liens menant aux analyses de « l’expert en biométrique de similarité », M. Brice Poreau, chercheur-enseignant de l’Université de Lyon, aboutissent tous à des pages « 404 Not Found ».

 

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