Un œil sur le monde

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Yvon Vélot me parle du projet de livre de Boris Martin, consacré au diplomate et photographe Auguste François, lequel pourrait bien avoir connu Alexandre Marchand.

Pour en savoir plus :

L’oeil du Consul, Auguste François en Chine (1896-1904)

Paris, ed. Le Chêne, musée Guimet, 1989.
J-F. Jarrige, D. Liabeuf, G. Svartzman.
Relié – 192 pages – 24 cm x 28 cm – épuisé.
ISBN : 2851086073 – EAN : 9782851086075

Fonds Auguste François (Chine 1896-1904) : Musée national des Arts Asiatiques Guimet

Le fonds A. François est constitué de photographies de paysages, d’architecture et de clichés ethnographiques sur le Tonkin (1886-1887) et le Yunnan (1904).

De 1994 à 1996 le fonds Auguste FRANÇOIS a été inventorié, reconditionné, restauré, informatisé et contretypé. Il existe, à ce jour, trois publications sur le fonds Auguste FRANÇOIS (L’œil du consul, 1989 ; Le mandarin blanc, 1990 ; De la Mer de Chine au Tonkin,1996), un film réalisé par FR3 (mai 1999), une exposition de 142 photographies (tirages modernes d’après les documents originaux) qui a déjà été présentée au musée Paul Dupuy (Toulouse, 1996), à Huesca (Espagne, 1997) et à l’Alliance française de Singapour (1998) et une exposition de 61 photographies originales présentées à La Filature (Mulhouse, 1998).

La phase terminale de l’ensemble de ce travail serait de numériser les contretypes des photographies originales, dans le but d’en assurer une plus large diffusion (ce que les publications papier et les expositions ne peuvent faire que dans une moindre mesure), non seulement par l’intermédiaire des bases de données du Ministère ou par l’intermédiaire du site internet (www.museeguimet.fr) mais également sous la forme d’éditions électroniques.

Source : http://www.numerique.culture.fr

 

P-S : je note : « Lorrain (né à Lunéville), il débute une carrière administrative à Arras, puis à Nancy et Paris ». Source : Association Auguste François – (A.A.F.)

 

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Concession à la Compagnie impériale des Chemins de fer d’Éthiopie

Concession à la Compagnie impériale des Chemins de fer d’Éthiopie

Art. 1. Sa Majesté Ménélik II, Roi des Rois d’Éthiopie, accorde à M. Alfred Ilg, ingénieur, l’autorisation de constituer sous le nom de “Compagnie Impériale des Chemins de Fer d’Ethiopie” une compagnie ayant pour objet la construction et l’exploitation d’un chemin de fer allant de Djibouti à Harrar, de Harrar à Entotto, et d’Entotto au Kaffa et au Nil Blanc.

Art. 2. Toutes ces lignes en ce qui touche soit les études, soit les travaux à entreprendre, soit les conditions diverses de construction, seront divisées en trois sections: la première de Djibouti à Harrar, la deuxième de Harrar à Entotto, la troisième d’Entotto au Kaffa et au Nil Blanc. La présente convention ne concerne que la ligne qui s’étendra de Djibouti jusqu’au Harrar.

Art. 3. La présente concession du chemin de fer aura une durée de quatre-vint-dix-neuf ans, à partir du jour où les travaux seront terminés et l’exploitation aura commencé, et cette stipulation s’appliquera à chacune des sections. En conséquence, il est convenu qu’aucune autre compagnie de chemin de fer ne sera autorisée à construire de lignes concurentes partant soit des bords de l’Océan Indien, soit des bords de la mer Rouge jusqu’en Éthiopie, soit de l’Éthiopie au Nil Blanc.

Art. 4. Si la compagnie qui aura entrepris ce chemin de fer n’a pas commencé les travaux de la ligne de Djibouti à Harrar dans le délai de deux ans à dater de cette présente convention, sa concession sera annulée.

Art. 5. A partir du commencement de l’exploitation jusqu’à l’expiration de la convention la compagnie devra entretenir le materiel du chemin de fer en bon état; sauf le cas de force majeure, elle ne pourra pas interrompre le service.

Art. 6. La compagnie du chemin de fer établira le long de cette ligne, et à ses frais, un fil télégraphique et elle entretiendra les employés nécessaires à son fonctionnement. Le télégraphe construit par la compagnie sera à la disposition du gouvernement éthiopien pour toutes les dépêches du service de l’État; les dépêches des particuliers seront également reçues moyennant un prix qui sera ultérieurement fixé.

Si le premier fil devient insuffisant la compagnie en établira un second et à ses frais.

Le télégraphe sera établi partout où parviendra le chemin de fer.

Art. 7. La compagnie ne pourra charger des troupes ou du matériel de guerre, pour les faire entrer ou sortir du pays, sans une lettre du Roi des Rois d’Éthiopie; si elle acceptait de tels transports sans un ordre, elle devrait abandonner le chemin de fer au gouvernement éthiopien. Les troupes et le materiel de guerre du gouvernement éthiopien seront transportés moyennant un tarif à établir d’un commun accord entre la compagnie et le gouvernement éthiopien. Les prix pour l’Empereur seront moindres que pout toute autre personne. En temps de guerre les troupes et le matériel de guerre seront transportés gratuitement.

Art. 8. Pour les marchandises appartenant aux particuliers, la compagnie fixera elle-même ses tarifs, cependant ces tarifs ne pourront être supérieurs aux prix actuels de transport mais plutôt inférieurs.

Art. 9. Les droits de douane perçus à Harrar pour le compte de Sa Majesté n’étant jusqu’à ce jour que de 5 pour cent et ne dépassant pas 1 000 000 Frs, afin de faciliter la construction du chemin de fer et d’assurer l’intérêt des capitaux engagés, Sa Majesté le Roi des Rois d’Éthiopie accorde à la compagnie l’autorisation de percevoir un droit de 10 pour cent sur toutes les marchandises montant ou descendant. Mais ce droit dont il est question dans le présent article 9 sera réduit à 5 pour cent lorsque les bénéfices ent de la compagnie auront atteint 2 500 00 Frs. Lorsque ces bénéfices atteindront 3 000 000 Frs le droit sera completement supprimé. Au cas ou le bénéfice net de la compagnie dépasserait annuellement 3 000 000 Frs, le surplus serait partagé par moitié entre la compagnie et le gouvernement Éthiopien.

Art. 10. Sa Majesté le Roi des Rois d’Éthiopie donnera l’ordre que toutes les marchandises payant des frais de transport, partant de Harrar ou venant de Djibouti soient désormais transportées par le chemin de fer. Dans toute localité où pourraient arriver des marchandises, des douaniers du gouvernement, chargés de la surveillance, préleveront le droit sur place.

Art. 11. Sa Majesté le Roi des Rois d’Éthiopie concède à la compagnie les terrains nécessaires à l’établissement du chemin de fer, sur tout le parcours de la ligne avec les forêts, les mines, et les eaux qu’ils contiennent, lesquels terrains seront mesurés et délimité; la zone prise ainsi sur les terrains sera de 1 000 mètres.

Art. 12. Sa Majesté le Roi des Rois d’Éthiopie fera garder contre toute atteinte le chemin de fer et les aménagements de la voie; à cet effet les soldats préposés à cette garde ainsi que leurs approvisionnement seront transportés gratuitement.

Art. 13. Sa Majesté le Roi des Rois d’Éthiopie ne prélevera aucun droit de douane sur les matériaux et l’outillage que la compagnie importera pour ses travaux, soit du pays même, soit de l’étranger, tant que le chemin de fer sera entre les mains de la compagnie, tout ce qui sera nécessaire au chemin de fer ainsi qu’il vient d’être dit, soit charbon de terre, soit toute autre marchandise importée par la compagnie seront exempts de droits de douane.

Art. 14. A la fin de cette concession le chemin de fer, ses dépendances, ainsi que le matériel fixe, deviendront la propriété du gouvernement éthiopien sans indemnité. Pour le matériel roulant et les approvisionnements le gouvernement éthiopien n’en prendra possession que moyennement payement.

Art. 15. La compagnie qui entreprendra la construction du chemin de fer donnera à Sa Majesté Menelik II pour cette présente concession une somme de 100 000 thalers. Mais Sa Majesté recevra pour le montant de cette somme des actions émises par la compagnie.

Addis Abeba, le 1er mégabit 1886 (9 mars 1894).

La version amharique de ce texte est publiée dans Selassie Wolde Meskel, «Zekre Neger», Addis Abeba, 1962 (EC), pp. 440-443, cité dans Shiferaw Bekele [1982].

Sourcedjbouti.frontafrique.org/?doc64, mis en ligne le 10 octobre 2011. Référence ASMAI 179/7-56. Félicitations à Simon Imbert-Vier pour tout ce travail de publication numérique de sources sur les frontières à Djibouti.

 

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Abyssins s’exerçant au tir

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Nouvel élément dans l’enquête sur la collection de cartes postales L Gérard. Cette carte, qui semble avoir voyagé sous enveloppe, datée du 17 avril 1910 (mais sans localisation) et portant la signature « Léon », contient l’information suivante : « Cette carte faite par moi représente des Abyssins ».

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Il était largement dans l’usage à l’époque de faire tirer des photographies sur un papier au format d’une carte postale et sur lequel était tamponnées ou imprimées différentes indications (place du timbre, place pour la correspondance et l’adresse, etc.). On pouvait ainsi se servir d’un tirage photographique comme d’une véritable carte postale. La formulation de cette phrase ne permet toutefois pas de conclure de façon certaine que ce Léon soit l’auteur de la photographie.

Je trouve dans la série non numérotée de la Collection L Gérard cette même image imprimée et qui porte cette fois une légende à l’encre rouge : « DIRRÉ-DAOUA, Abyssins s’exerçant au tir ».

Léon serait-il le L dans L Gérard ?

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Le départ du train pour Djibouti

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Le départ du train, tracté par la « Léopard », locomotive SLM de la fabrique suisse de Winterthur (numéro 2 de la Compagnie du franco-éthiopien). Coll. P CANU

Cette carte, la numéro 7 de la collection L Gérard, est une de mes préférées. Comme nombre de celles que j’ai retenues pour illustrer le livre, elle donne à voir beaucoup d’éléments d’information et constitue indéniablement un document, mais dans le même temps elle convoque l’imaginaire et nous parle dans une autre langue. Elle est, peut-on dire ?, romanesque.

Je vois bien Alexandre Marchand faire cette photographie !

 

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Marchand et Gérard, suite de l’enquête

Voici trois images d’Alexandre Marchand comparées à trois cartes de la collection L Gérard (numérotée 1 à 30). Pour la première, il n’y a guère de doute possible (d’autres images de Marchand sur le même évènement ont d’ailleurs fait l’objet de reproduction sous forme de cartes postales : cf. Le consulat de France à Diré-Daoua en 1912 et  La série L Gérard consacrée au Dedjazmatch Tafari Makonnen). La seconde est reproduite inversée mais il s’agit à l’évidence du même groupe de guerriers. Pour la troisième, il est manifeste que la photographie reproduite en carte postale a été prise postérieurement au cliché de référence d’Alexandre Marchand. Si le point de vue est sensiblement le même, la présence d’un bâtiment supplémentaire sur la carte prouve que les deux clichés ont été pris à deux moments différents.

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Gérard 30

Les photographies d’Alexandre Marchand sont de la collection Y VELOT

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Gotha, il s’agirait en fait de Gota ou Gotta

Suite au billet Alexandre Marchand, correspondant de « L’illustration » ? et à la question posée par Wolbert : « est-ce que tu aurais une explication pour le nom de lieu « Gotha » évoqué sur la carte postale ? », Francis Falceto nous écrit : « Pour ce qui est de Gotha, il s’agirait en fait de Gota ou Gotta, une gare à 60 km à l’ouest de Diré-Daoua (09°32’/41°20′ 1006/1155 m, selon la très utile Local History in Ethiopia de Lindahl). ».

Parmi les CP L. Gérard, il y a également une « Rivière de Gotha » et un « Pont de Gotha (environs de DD) ». En voici les images (envoyées par Francis. Merci).

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Francis me précise enfin que la série L Gérard compte 30 cartes et non 29, comme je l’ai écrit par erreur. Je corrige !

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Chant en l’honneur du Dedjazmatch Tafari Makonnen

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Titre : [Archives de la parole], Chant en l’honneur du Dedjazmatch Tafari Makonnen. [début] ; Chant en l’honneur de Tafari Makonnen. (fin) / Jean Poirot, éd. ; M. Andargié Massaï, voix. Suite des couplets amhariques / Jean Poirot, éd. ; M. Zaodié Balaïnah, voix

Identifiant : ark:/12148/bpt6k129084d

Auteur : Poirot, Jean (1873-1924). Éditeur scientifique

Éditeur : Université de Paris, Archives de la Parole (Paris)

Date d’édition : 1924

Langue : Langue éthiopienne : amharique

Format : 1 disque : 90 t, saphir ; 26 cm

Droits : domaine public

Source : Bibliothèque nationale de France, département Audiovisuel, AP-1984

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb41173276r

Date de mise en ligne dans Gallica : 04/04/2011

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La preuve par le verso (de l’image)

Suite à la publication hier du billet Alexandre Marchand, correspondant de « L’illustration » ? Yvon Vélot m’envoie le verso du tirage photographique montrant Tafari Makonnen à la fenêtre du compartiment.

 

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Coll. Yvon VELOT

On y voit clairement les marques du recadrage de l’image publiée par L’Illustration (marques visibles également au recto). On y trouve aussi les éléments d’information qui ont servi à la rédaction de la légende : « Sur la voie ferrée de Djibouti à Addis-Ababa : à la station de Diré-Daoua. Aux fenêtres du wagon-salon, le consul de France, M. G. Perrot; à sa droite, le directeur de la Compagnie, M. Lanave; à sa gauche, le ras Taffari, chef du Harrar. – Phot. A. Marchand ». On y lit enfin les noms d’autres personnes présentes sur le quai.

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« L’Illustration » du 7 septembre 1912 (N° 3628 – 70e année). Coll. H FONTAINE

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Photographie Alexandre Marchand. Coll. Y VELOT

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Alexandre Marchand, correspondant de « L’illustration »?

 

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Photographie Alexandre Marchand, coll. Yvon Vélot.

Cette photographie prise par Alexandre Marchand le 20 juillet 1912 montre le Dedjazmatch Tafari Makonnen (le futur Haïlé Sélassié) qui prend le train pour inaugurer les 85 premiers kilomètres de la ligne Diré-Daoua – Addis Abeba (voir le billet précédent). Ce cliché a été reproduit dans L’Illustration en 1912 (N° 3628 du 07/09/1912) avec le crédit « Phot. A. Marchand » et la légende : « Sur la voie ferrée de Djibouti à Addis-Ababa : à la station de Diré-Daoua. Aux fenêtres du wagon-salon, le consul de France, M. G. Perrot  ; à sa droite, le directeur de la Compagnie, M. Lanave ; à sa gauche, le ras Taffari, chef du Harrar ».

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On lit ensuite l’encadré suivant : « LE CHEMIN DE FER FRANCO-ETHIOPIEN. La construction du chemin de fer franco-éthiopien se poursuit avec une réelle activité, et l’on vient de livrer à l’exploitation une nouvelle section de 85 kilomètres entre Diré-Daoua et Bicket. Ce dernier point se trouve à peu près à mi-distance de Djibouti et d’Addis-Ababa. Le ras Taffari Makonnen, fils et successeur du ras Makonnen, chef de la province du Harrar, était venu présider à l’inauguration de la ligne ; il se fit présenter toute la colonie française par notre consul, M. Perrot, et durant les huit jours qu’il passa à Diré-Daoua, entouré de nombreuses notabilités abyssines, il témoigna du plus grand intérêt pour une entreprise dont l’achèvement aura une influence considérable sur l’avenir économique de l’Éthiopie. »

Voir le verso du tirage, (ajouté le 23/02).

Dans une carte postale envoyée à François Crucière le 18 août 1906, Alexandre Marchand écrivait à bord du Polynésien en route pour Saïgon (il vit alors et voyage en Asie) : « L’Illustration promet bon prix si photos d’actualité. On verra. Vous tiendrai au courant. »

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Carte postale adressée par Alexandre Marchand à son ami François Crucière le 14/08/1906, coll. Yvon Vélot.

Par ailleurs, un cliché doublon de celui paru dans L’Illustration a servi à réaliser une carte postale publiée avec comme seule mention : Collection L Gérard. C’est la sixième (et dernière) de la série des cartes représentant la visite du Dedjazmatch Tafari Makonnen à Diré-Daoua (voir le billet consacré au consulat de France à Diré-Daoua en 1912.)

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Coll. Jacques Trampont

Marchand cédait manifestement à certains le droit de reproduire ses images. Il l’a fait pour L’Illustration avec l’intention d’en tirer profit. A-t-il cédé aussi cette image à l’éditeur qui publie cette collection ? Ou bien en est-il lui-même l’éditeur, sous ce pseudonyme ? Nous verrons que d’autres images prises par Alexandre Marchand ont été reproduites dans cette série qui a pour sujet principal Diré-Daoua et ses environs, et qui circule dans les années 1911 à 1913.

Il serait intéressant de savoir où ont été imprimées ces cartes postales. On sait qu’à Diré-Daoua, à l’époque, en 1908 précisément, Mgr Jarosseau, l’évêque capucin de Harar, a décidé de transférer la presse que la Mission catholique des Gallas avait achetée afin de financer la léproserie. Ainsi se crée l’imprimerie Saint-Lazare des Capucins de Diré-Daoua, qui publie des grammaires, dictionnaires, vocabulaires et alphabets franco-éthiopiens, ainsi qu’une revue mensuelle : Le Semeur d’Éthiopie. Cette imprimerie offre aussi ses services à une clientèle de particuliers et produit notamment des cartes postales, comme celle-ci.

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Coll. Hugues Fontaine

Enfin, le laps de temps très court qui sépare les deux prises de vue sur le quai de la gare laisse penser que Marchand a utilisé un appareil photographique à film souple, matériel disponible à l’époque, doublant son cliché pour s’assurer de disposer d’une bonne image. Ce qu’il n’aurait pu faire avec la même rapidité s’il avait utilisé un appareil nécessitant de charger des plaques de verre. Le fait que nous disposions seulement pour cette image d’un tirage papier (numéroté V 677) et non pas d’une plaque de verre, comme c’est le cas de bon nombre des images de paysages ou de portraits posés, conforte cette hypothèse.

Ajout du 27 avril 2016 : Marchand peut fort bien avoir utilisé une chambre à plaques de verre avec un chargeur automatique, qui fait se substituer très rapidement une plaque a l’autre.

Alexandre Marchand, qui travaillait donc pour / avec (?) les compagnies de chemin de fer du Yunnan puis du Franco-éthiopien, était un passionné de photographie. L’examen de sa correspondance avec son ami François Crucière le confirme. Mais je ne pense pas, à examiner sa production, qu’il ait travaillé comme photographe professionnel pour l’une ou l’autre de ces sociétés. Il faut chercher plus avant dans les archives ; je le vois davantage ingénieur, géomètre ou topographe… Néanmoins, certaines de ses photographies ont été publiées, comme celle-ci, qui correspond bien à la définition d’une « photo d’actualité » et fait d’Alexandre Marchand, tandis qu’il vit à Diré-Daoua, un « correspondant sur place » de L’Illustration.

Enquête à suivre…

P-S : Francis Falceto m’écrit : « Ce que tu dis en relation avec la CP de L. Gérard est troublant en effet. J’ai une bonne soixantaine de CP de L. Gérard (une série numérotée et une série sans numérotation), toutes les oblitérations oscillent entre 1911 et 1913. »

P-S 2 : Wolbert G.C. Smidt me demande : « est-ce que tu aurais une explication pour le nom de lieu « Gotha » évoqué sur la carte postale ? Aucune idée ce que cela pourrait signifier ! ». Moi non plus !

 

hugfon

Le consulat de France à Diré-Daoua en 1912

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Six cartes postales de la Collection L Gérard, dont celle-ci numérotée 4 d’une série qui en compte 30 au total*, représentent la visite du Dedjazmatch (gouverneur) Tafari Makonnen (le futur Haïlé Sélassié) à Diré-Daoua, le 20 juillet 1912. Tafari est venu à Diré-Daoua avec son escorte pour inaugurer le premier tronçon de la ligne en construction vers Addis Abeba. Il prend le train pour se rendre au km 85.

Nous connaissons la date de cette visite grâce aux photographies prises par Alexandre Marchand.

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Au dos du tirage : « Le Raz se rendant à la gare par la rue principale de Diré-Daoua. »
Photographie Alexandre Marchand, coll. Yvon Vélot.

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Sans titre (Consulat de France) – Cliché V 672. Photographie Alexandre Marchand, coll. Yvon Vélot.

Et notamment lors du dîner offert le soir par le consul Perrot, auquel il est lui-même invité.

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Au dos du tirage : « Réception du Raz Taffari Makonnen au Consulat
de France. » Photographie Alexandre Marchand, coll. Yvon Vélot.

Marchand annote soigneusement plusieurs de ces tirages et indique le nom des convives : Bernard, Directeur de l’exploitation ; Lanave, Directeur intérimaire ; l’Ingénieur Rocheray ; le Dr Pochoy ; le Nagadi Biserati ; le Fitaourari Aba Chaoum ; La Rivière, représentant de la Compagnie à Harar. Au dos de l’un de ces tirages, il écrit : « entre cette dame et ce monsieur, place vide laissée par votre serviteur ».

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Une autre carte signée du photographe d’origine indienne, JG Mody, représente le même bâtiment avec la légende « Maison de Dejazmatch Tafari » (sans mention de date). Mais à en juger par l’état de la végétation (du petit arbre notamment, devant le bâtiment), cette photographie a probablement été prise à la même époque que celle reproduite dans la collection des cartes L Gérard. Un drapeau français flotte d’ailleurs à l’une des entrées, comme sur la photo de Marchand.

Consulat

Dans son Rapport de mission aux Archives diplomatiques de Nantes, en mars 2010, Simon Imbert-Vier écrit :

« Le fonds du consulat de France à Dire Dawa. Ces archives ont été extraites de celles de l’ambassade à Addis Abeba et érigées en fonds autonome, mais en fait les deux fonds restent mélangés. Celui du consulat se compose de deux versements, de 36 et 53 cartons.
Contrairement à mes espoirs, on y trouve peu de documents sur la gestion de Dire-Dawa, qui fut pourtant en partie administrée sous l’autorité du consul jusqu’au début des années 1920. J’ai cependant trouvé une belle carte des concessions en 1910.
Cette documentation montre le rôle important du consul, qui intervient dans la vie de la cité où il rend la justice pour les Européens. De nombreux dossiers décrivent la situation politique, commerciale et sociale de la ville, d’autres concernent la gestion du chemin de fer.
Plusieurs dossiers apportent des éléments nouveaux sur le « détachement de Dire Daoua », des troupes françaises stationnées en Éthiopie de 1935 à 1937. Enfin les relations avec Djibouti sont aussi abordées. La plupart des documents concernent la période antérieure à la Seconde Guerre mondiale, mais on trouve aussi des éléments sur les relations avec Djibouti dans les années 1960 et 1970, en particulier à propos des négociations sur les pâturages frontaliers et « l’estive » des militaires français à Harar. »

Il est dans mes projets de répertorier tous les lieux qu’Alexandre Marchand a photographiés à Diré-Daoua et, adoptant le même point de vue, de photographier leur état actuel. J’étendrai ce principe aux cartes postales de la série L. Gérard.

À suivre…

P-S. Alain Gascon m’écrit : « Le consulat de France au Harar (titre officiel), que j’ai connu en 1969-73, est devenu le consulat de Djibouti à Dirré-Daoua. Est-ce le même bâtiment ? Je ne sais. »

P-S. À lire, Jörg Ulbert  / Lukian Prijac, Consuls et services consulaires au XIXème siècle – Die Welt der Konsulate im 19. Jahrhundert – Consulship in the 19th Century, Dobu Verlag, 2010, Hardcover, 17 x 24 cm, français / allemand anglais / 522 p., 14 illustrations, ISBN 3-934632-28-9, EAN 9783934632288, prix € 49,90.

* Précision de Francis Falceto : cette série en compte 30 et non 29 (merci Francis).

 

hugfon

Les Rousseau à Meulan

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Une partie de la correspondance qu’entretenait Alexandre Marchand (voir le billet du 14 février) a été sauvegardée en même temps que ses photographies par la femme de François-Joseph Crucière, puis par sa fille unique Marguerite. Marchand utilisait pour correspondre des cartes postales illustrées dont le genre fait florès dans les années 1910. Le contenu de ces cartes est, comme il se doit, assez banal, fait de salutations, de questions polies sur la santé de ses correspondants qu’il espère bonne, et de remarques sur le climat. Marchand veille à garder le contact avec ses proches (« je t’adresse mes sincères, quoique lointaines, amitiés » écrit-il à sa cousine). Lorsqu’il entre dans certains détails de sa vie en Ethiopie, c’est pour expliquer à son cousin que « les travaux n’ont pas à souffrir de l’hiver, comme vous en France » et que « le pays est excessivement sec et [qu’]il n’y pleut qu’à 2 saisons bien réglées par an ». L’écriture est régulière, élégante. Le style, concis. Ces documents offrent évidemment des indications très utiles sur les dates auxquelles Marchand séjourne en Éthiopie, à Diré-Daoua notamment, et sur son réseau familial ou d’amis. Elles donnent également au passage des indications intéressantes sur l’acheminement du courrier.

D’autres cartes signées par Alexandre Marchand m’ont été transmises par Serge Magallon, spécialiste de l’histoire postale éthiopienne, ainsi que plusieurs enveloppes portant le nom du photographe par un autre philatéliste, Ulf Lindahl, excellent connaisseur de l’Éthiopie, établi aux États-Unis d’Amérique, président de l’Ethiopian Philatelic Society et rédacteur d’une lettre, le Menelik’s Journal.

Je reproduis ici une série de trois cartes adressées à la famille Rousseau, qui réside à Meulan, en Seine et Oise (notée une fois par erreur Seine et Marne). La première est écrite le 17 juillet 1911, adressée à Marguerite Rousseau, et postée de Diré-Daoua (le 18 juillet ?). Arrivée à Meulan le 5 (?) août. Au verso, que Marchand utilise également pour la correspondance (comme cela est l’usage) en écrivant une formule de salutation et en répétant date et signature, il corrige aussi une coquille sur la légende de la photographie, qui figure le Secrétariat général de Djibouti. Mention d’éditeur : Dimiti Vlachos, Djibouti.

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Le 10 avril 1912, Alexandre écrit cette fois à Marcel, son cousin et frère de Marguerite. Tous deux vivent à la même adresse à Meulan, vraisemblablement chez leurs parents. Alexandre répond à une carte que Marcel Rousseau a envoyée d’Arcachon, le 23 mars. La carte d’Alexandre est postée de Diré-Daoua (date difficilement lisible : 19/4/1912 ?) et reçoit une oblitération en Seine et Oise (Meulan ?) le 24 du même mois. Elle est marquée « Ch[emin] de fer Franco-Éthiopien – Diré-Daoua. Abyssinie » et Marchand écrit : « nos travaux avancent lentement mais sûrement ». La carte représente une vue de Diré-Daoua, légendée « Le Village indigène ». Elle fait partie de la Collection L. Gérard (pas d’autre mention d’imprimeur).

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Une troisième carte date du 27 octobre 1912. Elle est oblitérée au départ : Diré-Daoua, 28/X/1912 et marquée à réception d’un cachet « Meulan, Seine et Oise, 8/11/1912 ». Elle est adressée cette fois aux parents de Marcel et Marguerite, qui sont quincaillers à Meulan. Le ton est un peu plus déférent. Marchand signe néanmoins : « Pour vous les baisers bien affectueux de votre cousin ». On notera qu’Alexandre se nomme « cousin » de Marcel comme de ses parents. La carte postale représente des « femmes indigènes à la fontaine », à Diré-Daoua. Nom d’éditeur : Édition A.M., Addis-Abbeba.

Page 12 DD Diré Daoua 17 Verso SM-Marchand a Rousseau versoEn 1912, la Compagnie des chemins de fer  franco-éthiopiens est bien occupée par les nombreux chantiers de construction du tronçon B, qui reliera Diré-Daoua à Addis Abeba. Elle a embauché du personnel et sous-traite également certaines opérations. Jusqu’à présent, mes recherches dans les archives de la compagnie, conservées à Aix-en-Provence, ne m’ont pas permis de retrouver la trace d’Alexandre Marchand. Le Service du Contrôle technique est mis en place à Diré-Daoua en 1909 et ses rapports mensuels constituent une mine d’informations précieuse mais ils sont éparpillés dans les nombreux cartons qui composent les archives de la CFS.

Une recherche dans les archives de la ville de Meulan permettra peut-être de retrouver trace des Rousseau, Quincaillers, établis 17 rue du Fort dans les années 1911 et 1912. D’autres indications, dont je rendrai compte une prochaine fois, permettent de savoir qu’Annecy et Montrouge font également partie de la géographie familiale d’Alexandre Marchand.

À suivre…

 

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