Affaire de légende

à la frontière

La Buffle, qu’on avait vue une première fois en compagnie de l’Antilope à Ourso, fait ici halte à la frontière, au km 90. L’image est distribuée par K Arabiantz, éditeur à Djibouti, dont nous connaissons déjà certaines cartes.

Il existe une autre version de la même carte, moins bien imprimée, sans logo (un probable retirage), et portant une autre légende : Le Progrès Européen vers l’Abyssinie. Pour Ménélik, le chemin de fer, c’est l’introduction de la modernité dans son royaume. Le souverain s’intéresse aux nouvelles techniques importées d’Europe, auxquelles l’initie son conseiller, l’ingénieur Alfred Ilg : adduction d’eau et électrification de son palais, télégraphie et téléphonie, production locale d’armes, automobile, photographie… Le chemin de fer fait partie des innovations qui intéressent l’empereur. Cette notion de progrès, il faut donc la penser abyssine et non venant de l’Europe « vers l’Abyssinie ».

Il faut d’ailleurs prendre au pied de la lettre cette idée de modernité industrielle et penser à ce que devait représenter aux yeux, aux oreilles et pour l’imagination des Éthiopiens, l’apparition d’une locomotive, monstre de fer éructant de la vapeur et capable de produire un bruit formidable (conversation récente avec François de Singly).

Je cherche à connaître à travers d’éventuels témoignages (difficiles à trouver) les impressions de ceux qui furent confrontés au surgissement de telles machines. Le point de vue des Occidentaux est plus commun, empreint souvent d’une certaine condescendance, comme on le perçoit dans cette légende et, comme elle s’exprime, nous le verrons prochainement, dans un article de Hugues Le Roux paru dans la revue : À travers le globe.

progrès

Serge m’envoie ce soir une variante de la carte du km 90, postée le 6 avril 1909 par un jeune homme, présume-t-il, en route vers la Réunion (cachet de la poste du bord). Il fait allusion dans son commentaire aux jeunes femmes destinataires de beaucoup de ces courriers car nous avions observé ensemble que nombre de ces cartes étaient adressées à des demoiselles, notamment dans la série des cartes du campement de Diré-Daoua, à laquelle il a ajouté hier un nouvel exemplaire.

Km 90 recto

Km 90 verso

Coll. S MAGALLON

hugfon

3 comments » Write a comment

  1. Luc de Revel m’écrit : « L’ère Meiji éthiopienne. Une ouverture au progrès en provenance de l’Occident. » C’est une manière juste de le dire.

  2. Pas faux du tout. À rechercher dans mes notes, mais il me semble bien que le Japon et l’ère Meiji ont servi d’exemple dans la pensée des élites éthiopiennes de cette époque : création d’une poste, entrée à l’union Postale Universelle… À suivre.
    Hugues, non pas deux, mais trois cartes du Km 90. Arabiantz a pris quelques clichés en Éthiopie et les impressions se sont succédé. J’ai parfois trois tirages du même cliché. La différence se fait au verso.
    Hier tu me faisais remarquer à propos de la série du campement de Dirre Daoua : « encore une carte pour une demoiselle ». Loi des séries ou hasard, mais ici encore, une demoiselle : Julie Deglos.
    Ces Français qui transitaient par Djibouti étaient jeunes, encore épris de celle qu’ils avaient laissée en France. Ou bien déjà, sur la ligne Marseille — La Réunion, lisaient-ils « Paul et Virginie » ? Peut que leurs commentaires seraient comme celui que tu as cité dans la photo de Marchand sur la belle Éthiopienne ou bien qu’ils chercheront d’autres perspectives dans les bras d’une belle indigène.
    Plus prosaïquement, cette carte est datée du 6 avril 1909, postée sur la route vers quelles aventures, malgache, indochinoise, chinoise, réunionnaise ?

  3. Merci, Serge, pour cet envoi. Que sais-tu d’Arabiantz ? Il est éditeur à Djibouti. Penses-tu qu’il soit lui-même le photographe des clichés qu’il reproduit en cartes postales ?

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