Femme coiffée d’un grand chapeau #7

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Coll. Y VELOT

« Pars ce matin à 11h ½ pour Mongtsé. Vous tiendrai au courant des évènements. », écrit Alexandre le 5 décembre 1904. Il envoie ses vœux de nouvel an à François Crucière (il faudra une quarantaine de jours pour que la carte lui parvienne).

Pour se rendre à Mongtsé, le voyage n’est pas une mince affaire. Alexandre va prendre le train en gare d’Hanoï (à 11h ½) jusqu’à Viétry (à 72 km), puis de là une chaloupe à vapeur jusqu’à Laokay (frontière du Tonkin et de la Chine). Ensuite, passé le point d’avancement du chemin de fer, c’est « la route des dix mille escaliers ». Quand en octobre 1906 Georges-Auguste Marbotte fait la route, accompagné de sa femme et de ses deux enfants, pour se rendre à Loukou, le chemin de fer les amène seulement au point kilométrique 30. Ensuite il leur faut continuer en chaise ou à cheval. « Les récits des voyageurs qui ont tenté d’atteindre le Yunnan à partir de la vallée du fleuve Rouge, écrit Pierre Marbotte, attestent de la difficulté de l’entreprise. » « De Laokay à Mong-Tzé, ce n’est qu’une gorge ou suite de gorges où roule un torrent et bout la fièvre. Contrée d’une altitude générale moyenne, mais hérissée sur ce parcours d’invraisemblables accidents, de pentes fantastiques et où de nombreux arroyos coupent à chaque pas le paysage, précipités par des cascades de 60 mètres. Vous jugerez du pays, comparable à une Suisse malsaine et sans chemins, et vous jugerez aussi des moyens et de l’existence de quelques Français, en songeant qu’il fallait au mois d’octobre dernier, avant le premier coup de pioche, cinq heures de cheval pour parcourir trois kilomètres. » Pierre Marbotte, Un chemin de fer au Yunnan. L’aventure d’une famille française en Chine, Alan Sutton éd., 2006, p. 15

À quels évènements Alexandre fait-il allusion ? Aux troubles que connaît la ville de Mongtsé ? Difficile d’en dire plus.

La carte qu’envoie Alexandre est signée : Dieulefils, Photographe, à Hanoi, 53 rue Jules Ferry.

Pierre-Marie Alexis Dieulefils, nous apprend Marie Hélène Degroise, est né le 21 janvier 1862 et mort le 19 novembre 1937 à Malestroit, Morbihan. Après avoir été employé dans une mercerie, il s’engage en 1881 dans l’artillerie à Vannes. Il fait, avec son régiment, la Campagne du Tonkin (1885-1887). Il y fait ses premières photographies. Il rentre en France pour se marier, et, de retour à Hanoi en 1888, il s’installe comme photographe professionnel [53 rue Jules Ferry]. Il participe successivement à toutes les expositions universelles, entre 1889 et 1910, remportant de nombreuses récompenses. Il participe à l’exposition de Hanoi, en 1902, en y montrant des albums de photographies. À compter de cette année-là, il édite des cartes postales et des albums imprimés, à partir de ses propres clichés, de ceux de ses associés, comme Le Priol ou de clichés rachetés à des collègues. »

En 1904, les règles de l’Union Postale changeant, on peut écrire au dos des cartes postales. Dieulefils lance alors une nouvelle collection créant un logo pour identifier ses cartes. « Toutes nos collections portent comme marque distinctive, un brûle-parfum dans l’angle de chaque carte. » La maison publie un catalogue de ses cartes postales avec une classification précise en fonction des localités.

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« On estime à environ 5 000 le nombre de clichés et cartes postales faits par P Dieulefils en Indochine sur une période s’étendant entre 1885 et 1925. Sa production couvre le Tonkin, l’Annam, la Cochinchine et dans une moindre mesure, le Yunnan et le Cambodge. » Source (idem pour l’illustration ci-dessus).

On trouvera une biographie détaillée ainsi qu’une bibliographie de  Dieulefils (1862-1937) sur le site tenu par ses petits-enfants : www.pierre-dieulefils.com. On peut consulter aussi le site de la médiathèque de l’architecture et du patrimoine.

À lire : Des photographes en Indochine, dir. Philippe Franchini et Jérôme Ghesquière, Paris, Marval/RMN, 2001. Et, concernant plus particulièrement l’activité d’éditeur de cartes postales en Indochine de Dieulefils: Vincent, Thierry, Pierre Dieulefils, photographe-éditeur de cartes postales en Indochine (publication à compte d’auteur).

Ce portrait de femme coiffée du grand chapeau semble avoir été un best seller de Dieulefils. On en trouve plusieurs éditions et des variantes, dont une version colorée. Placée au centre, cette photographie en vignette illustre la couverture du catalogue mentionné précédemment.
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À suivre : Femmes et modèles de Dieulefils.

hugfon

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