Marguerite Beaujean

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Boîtes de plaques de verre photographiques. Coll. JC COURTE

 

La recherche de documents pour retracer l’histoire du chemin de fer Djibouti – Addis Abeba, en contrepoint de mes propres photographies des cheminots et des machines de l’atelier ferroviaire de Diré-Daoua, a été une des parties les plus passionnantes du travail de préparation de Un Train en Afrique. La découverte de plusieurs corpus, survenue au moment où je pensais boucler la rédaction des chapitres historiques, est d’ailleurs venue bouleverser la structure initiale du livre.

Parmi ces ensembles exceptionnels de photographies, celles d’Alexandre Marchand sont sans conteste les plus extraordinaires et l’histoire de leur découverte mérite à elle seule d’être racontée. (Je ne remercierai jamais assez Gérard Denis qui, en refusant de collaborer au projet du livre, m’a lancé dans cette enquête iconographique passionnante qui a profondément déterminé le contenu et la composition finale du livre !)

À Frejus donc, Jean-Pierre Crozet, auteur d’un site Internet sur le franco-ethiopien, me signale l’existence sur Fotopedia (une sorte de version contemporaine et numérique du projet d’Albert Kahn des Archives de la Planète) d’un album consacré à l’Abyssinie au tournant du siècle dernier. Son auteur, Jean-Christophe Courte, a numérisé et mis en ligne un ensemble de plaques photographiques en verre réalisées dans les années 1900 / 1910 par Alexandre Marchand dans le Yunnan, au Japon, en Côte française des Somalis (Djibouti aujourd’hui) et en Abyssinie (Éthiopie actuelle). Alexandre Marchand, écrit-il, « a été l’un des ingénieurs français qui s’est occupé de préparer l’infrastructure pour le chemin de fer en construction à l’époque (entre 1897 et 1917)… » Alexandre Marchand qu’il ne faut pas confondre avec Jean-Baptiste Marchand, qui s’est illustré dans l’aventure de Fachoda (juillet 1898). 

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Contacté, Jean-Christophe Courte m’apprend qu’il a cédé ces plaques à Yvon Vélot, un passionné de la ligne de chemin de fer du Yunnan, construite entre Lao-kai et Yunnanfu (l’actuelle Kunming  昆明), entre 1904 et 1910, lequel vit en Chine. L’essentiel de la collection des photographies d’Alexandre Marchand concerne en effet le Yunnan : portraits, scènes de rues, paysages… Sur cette image prise en Chine, il s’agit peut-être d’un autoportrait d’Alexandre.

Jean-Christophe et Yvon me racontent ce qu’ils savent d’Alexandre Marchand et de ses photographies et, comme si cela était pour eux la seule réponse évidente, m’accordent sans hésiter l’autorisation de reproduire dans le livre une sélection de photographies représentant Djibouti, Diré-Daoua et plusieurs stations sur la ligne. Merci Messieurs !

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Ligne de Djibouti–Diré-Daoua – Station de Aïcha (Buffet). Photographie Alexandre Marchand. Coll. Yvon Vélot

 

Qui donc alors est Marguerite Beaujean, titre de ce billet ?

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Marguerite et sa maman vers 1910. Coll. Jean-Christophe COURTE.

On la voit ici, photographiée en compagnie de sa mère, probablement par son père François Joseph Crucière, jeune ingénieur que la photographie passionne. François a un ami, lui aussi grand amateur de photographie, qui voyage et a vécu en Chine et en Abyssinie. Son nom : Alexandre Marchand.

Tous deux échangent une correspondance régulière. Alexandre envoie à François Crucière, qui habite 17 rue Bourgeois à Paris, des cartes postales. Celle-ci notamment, « au moment d’embarquer », depuis Dibouti le 9 juillet 1913, « avant d’avoir le plaisir d’échanger d’autres souvenirs amicaux, de vive voix ».

MARCHAND-Alexandre-Carte-postale-Djibouti-19130709-Verso-120515verso MARCHAND-Alexandre-Carte-postale-Djibouti-19130709-Recto-120515sEn 1914, avant de partir à la guerre, Alexandre confie à la femme de François ses précieuses plaques. Il ne reviendra pas. François non plus. Il sont morts tous deux « pour la France ». François, le 11 novembre 1914 à Lambartzyde en Belgique. Pour Alexandre, dont le nom est plus courant, il est plus difficile de savoir où il a été tué. Sur le site de la Mémoire des hommes, une douzaine de noms figurent.  Un Alexandre Marchand est tombé sur les champs de bataille de la Meuse, un autre dans la Marne. Un troisième à Neuville-Saint-Vaast, près d’Arras – pas très loin de l’endroit où je suis né. L’enquête ne fait que commencer. Il faudrait retrouver d’autres éléments : sa date, son lieu de naissance. Une trace dans les archives d’une des écoles qui forment au tournant du siècle les ingénieurs… Moins que la date et les circonstances de sa mort, c’est bien cela qu’il est intéressant de savoir : quel âge avait-il, quel fut son parcours, sa formation, son métier ? Pourquoi et comment est-il parti, comme un certain nombre de ses compagnons de l’époque, vers l’Indochine, l’Abyssinie ou les Mascareignes ?

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À la mort de sa mère au milieu du siècle dernier, Marguerite, épouse Beaujan, hérite de ce legs, qui dormira dans un placard de longues années. Peu de temps avant de disparaître à son tour (le vendredi 14 décembre 2007, à l’âge de 99 ans), Marguerite accède à la demande du mari d’une de ses petites-cousines, un homme curieux – curieux homme aussi, pense-t-elle – architecte, graphiste, un peu touche-à-tout, et qui s’intéresse à ces vieilles photos. Et c’est ainsi que Jean-Christophe entreprend de numériser les plaques d’Alexandre, de les mettre en ligne, qu’Yvon en découvre l’existence, puis moi-même, et que tous les trois nous faisons connaissance et agitons toutes sortes de questions et d’hypothèses sur leur remarquable auteur.

A suivre…

P.-S. A lire, le billet posté par Jean-Christophe Courte sur son blog à propos de Un Train en Afrique. Merci !

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Visite de Lidj Yassou / Lidj Yassu’s visit

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Coll. Jacques Auriol/Catherine Paoli.

Le Contrôle Technique des Travaux Public de Diré-Daoua, dans son rapport mensuel de février 1915, rapporte une visite faite par « le gouvernement abyssin ». Le prince régnant Yassou, accompagné de Haïlé Giorghis, ministre des Finances et Contrôleur du Chemin de fer, du djezamach Machacha, d’Igazou et d’une « suite assez nombreuse de chefs », sont partis de la rivière Modjo le 27 février 1915 pour se rendre sur l’Aouache et gagner ensuite Diré-Daoua.

À Diré-Daoua, dans le hall des voyageurs encore inachevé, on sert un vin d’honneur.

The Contrôle Technique des Travaux Public de Diré-Daoua, in its monthly report of February 1915, relates a visit made by « the Abyssinian government ». The ruling prince Yassou accompanied by Haile Giorghis, the minister of Finance and Contrôleur du Chemin de fer, the djezamach Machacha, Igazou and « a rather important retinue of chiefs », left the Modjo River on the 27th of February 1915, to go on the Awash and then reach Dire Dawa.

In Dire Dawa, in the unfinished passenger building, a toast is served. 

Getachew Tedla Hailegiorgis, Resident correspondent for the Deutsche Welle Amharic Service recognized his grand father in the character standing on the right of the prince.

 

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Coll. Jacques Auriol/Catherine Paoli.

Ces photographies m’ont été confiées par Catherine Paoli, fille de Jacques Auriol, qui fut jusqu’en 1963 Directeur de la Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien.  Dans une simple enveloppe, une demi-douzaine de photographies tirées sur papier albuminé. Pas la moindre mention, ni de contenu ni d’auteur. Les lieux sont pour la plupart reconnaissables et il est clair qu’il s’agit d’une visite importante faite par des dignitaires éthiopiens. Un indice toutefois : le toast que l’on porte devant un personnage qui est le seul à être assis est offert dans un bâtiment en construction. La gare de Diré-Daoua ?

Aux Archives nationales de l’outre-mer, à Aix-en-Provence, quelques mois plus tard, je parcours les dossiers du Contrôle Technique des Travaux Public de Diré-Daoua, structure mise en place pour contrôler les chantiers du deuxième tronçon, le tronçon B, qui reliera Diré-Daoua à Addis Abeba. Le Contrôle enregistre scrupuleusement chiffres, données et évènements et les consigne dans des rapports quotidiens qui offrent une mine d’informations sur cette période de la construction du chemin de fer. La description qui est faite de la visite du prince régnant Yassou à la gare de Diré-Daoua le 28 février 1915 est particulièrement documentée. Rapidement, le souvenir des photographies des archives de Jacques Auriol se superpose à cette narration et l’examen plus attentif des clichés confirme mon intuition. Les photographies contenues dans l’enveloppe de Catherine racontent bien la même histoire.

Celle de ces images ne s’arrête pas là. Au vernissage de l’exposition à l’Alliance éthio-française d’Addis Abeba, le 30 février dernier, Getachew Tedla Hailegiorgis, correspondant en Éthiopie du Service en amharique de la radio Deutsche Welle, reconnaît dans la figure qui se tient à la droite du prince son grand père, Haïlé Giorghis.hugfon

Le roi des rois et la photographie, par Estelle Sohier

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La cour de Ménélik II (r. 1889-1913) est un véritable « laboratoire iconographique ». Le roi des rois est le premier à recourir de façon méthodique à la photographie, importée sur les hauts plateaux de l’Éthiopie par des missionnaires, des commerçants et autres voyageurs. Nombre de portraits parvenus jusqu’à nous en témoignent : les dignitaires éthiopiens y posent en arborant les insignes royaux ou des armes, autant d’attributs laissant à penser que ces images ont été élaborées avec soin. L’auteur s’interroge sur les enjeux auxquels répondait la fabrication de ces images, mais aussi sur leurs significations et leurs usages. Quel éclairage apportent ces documents à l’histoire de l’Ethiopie contemporaine et de ses relations avec le monde extérieur ?

L’auteur : Estelle Sohier est docteur en histoire, chercheuse associée au Centre d’études des mondes africains (CNRS) et maître assistante au département de géographie de l’université de Genève. Cet ouvrage est issu de sa thèse de doctorat, menée sous la direction des professeurs Bertrand Hirsch et Alessandro Triulzi, à l’université Paris-I (Panthéon-Sorbonne) et l’université « L’Orientale » de Naples.

Ouvrage publié avec l’aide du Centre français des études éthiopiennes, du Centre d’études des mondes africains et avec le concours du Conseil scientifique de l’université Paris-I (Panthéon-Sorbonne).

Plus d’infos, introduction, PDF et Bon de commande.hugfon

Exposition à l’Alliance éthio-française d’Addis Abeba

Exhibition at the Ethio-French Alliance in Addis Ababa.

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Merci à Claude BOYAVAL, de la Librairie Folies d’encre à Saint-Ouen, pour les photographies prises lors du vernissage. Photographies du montage de l’exposition : H. FONTAINE. Merci à l’équipe de l’Alliance.

Discours d’inauguration par Mme Brigitte Collet, Ambassadrice de France en Éthiopie.

 

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Concours de pétanque au Club des Cheminots d’Addis Abeba

Pour le lancement du livre en Éthiopie, les cheminots du Club d’Addis Abeba ont organisé un concours de pétanque et fait imprimer des tee-shirts et des banderoles pour fêter l’évènement. 48 ouvrages sont remis aux gagnants

For the launch of the book in Ethiopia, the railroad workers of the Club of Addis Abeba organized a petanque contest and got tee-shirts and banners printed to celebrate the event. Winners are being offered 48 books


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