La Gare devient le nom d’un vaste programme immobilier

La gare d’Addis Abeba en octobre 2019 © H FONTAINE 2019

Le 20 octobre, le dépôt de la gare, que les cheminots francophones d’Addis Abeba appellent « le wagonnage » a été détruit. Avec lui un autre hangar. Une partie du matériel (rail, traverses, etc.) a été pillée pour être revendue en ferraille. Cela s’est passé un dimanche. La direction du Djibouto-éthiopien n’a pu protester que le lendemain… On peut voir de cela quelques images ici.

Destruction du dépôt de la gare d’Addis Abeba, 20 octobre 2019. © H FONTAINE 2019
Pillage et vente en ferraille. En arrière-plan, le hangar abritant les quatre wagons impériaux. © H FONTAINE 2019

Ce dépôt abritait les principaux ateliers mécaniques de la gare d’Addis Abeba. Y stationnaient deux locomotives diésel électriques (plutôt des épaves), quelques machines outils, des bureaux… S’y trouvait aussi une belle horloge horodatrice (enregistreur à carte cisaillée).

Enregistreur à carte cisaillée. © H FONTAINE 2019

Le 15 juin, c’est le buffet de la gare qui était tombé sous les pelles des bulldozers. Emeline Wuilbercq en rendait compte dans un article du Monde publié le 20 juin, présentant le projet immobilier.

Site du Buffet de la gare détruit en juillet 2019. © H FONTAINE 2019
Le bâtiment de la gare vu depuis ce qui était l’entrée du Buffet de la gare. © H FONTAINE 2019

J’en avais moi-même déjà parlé sur ce blog le 4 novembre 2018 puis le 22 novembre lors du lancement du programme dans le bâtiment de la gare, en présence du Premier ministre, Abiy Ahmed.

Quelle est la situation actuelle ? Par décision régalienne, le Premier ministre a concédé à une société émiratie basée à Dubai, Eagle Hills, l’emprise foncière théoriquement encore propriété de la Compagnie du Djibouto-éthiopien, jusqu’au terme de la concession initialement accordée par le roi Ménélik II à Alfred Ilg, puis renouvelée lors des modifications successives de la CIE en CFE puis CDE.

L’Etat serait lui-même engagé à hauteur de 27% dans le projet (source Emeline Wuilbercq).

La gare d’Addis Abeba, octobre 2019. © H FONTAINE 2019

A l’exception de la direction de la CDE, les différents occupants de la gare ont été priés de quitter les lieux séance tenante. Le petit café attenant est toujours en service. Progressivement, les différents bâtiments sont donc rasés.

Café de la gare. © H FONTAINE 2019

Le bâtiment de la gare sera, dit-on, préservé ainsi que la statue du lion de Juda, qui devrait être déplacée plus près de la gare, dans un espace vert (elle retrouverait ainsi quasiment sa position initiale, avant son enlèvement en 1935 par les Italiens pour être érigée à Rome, sur la piazza dei Cinquecento près de la gare Termini). Les wagons impériaux seront déplacés et conservés.

Statue du Lion de Juda. © H FONTAINE 2019
le Lion de Juda au pied l’obélisque du monument de Dogali. DR.

Personne parmi ses usagers ne sait réellement vraiment ce qu’il adviendra du terrain des boulistes, le Club des Cheminots, récemment rénové et équipé d’un toit. On relira ces billets publiés tandis que Le Train en Afrique était présenté en Ethiopie en 2012 : Club des cheminots, Concours de pétanque, Le Club des cheminots.

Terrain de pétanque du Club des Cheminots. © H FONTAINE 2019

On trouve sur le site https://www.lagare.com/ une présentation par la société Eagle Hills elle-même de son projet d’investissement en Ethiopie et du programme immobilier nommé « La Gare ».

En voici quelques éléments :

Under the patronage and in the presence of H.H. Dr. Abiy Ahmed, Prime Minister of Ethiopia, Eagle Hills – an Abu Dhabi-based private real estate investment and development company, has ventured into the Ethiopian market with the launch of La Gare, the dynamic downtown of Addis Abiba boasting one of the largest mixed-use developments in Ethiopia and offering more than 4,000 residences.

The leading real estate developer organised a launch event in the renowned Addis Ababa La Gare train station, after which the project is named, revealing the masterplan.

Located in the capital of Ethiopia, Addis Ababa, La Gare represents an integrated community comprising residential, commercial, hospitality, retail and leisure facilities in a single, secure and exclusive setting surrounding a park. The development spans an area of approximately 360,000 sqm in proximity to the Addis Bole International Airport, with a rail line running along its northern edge.

Situated in the city centre, La Gare is anchored by four and five-star hotels supported by retail outlets, offices and residential buildings. The government of Ethiopia, in partnership with Eagle Hills, aims to develop a social housing component within the masterplan, where residential units will be built to permanently accommodate the existing residents currently living in the project site.

Concernant la valeur patrimoniale du site, voici ce qu’en dit Mohamed Alabbar, Président de Eagle Hills : “As one of Africa’s hidden gems, Ethiopia is rich in history, culture and natural beauty. Our vision is to bring attention to such locations across the globe, revealing the charm and potential within them and inviting future residents and tourists to consider making new homes for themselves there. In addition to creating a brand-new skyline and city centre, La Gare is set to contribute to the local market by creating jobs, further bolstering market sentiment and energizing the economy.”

“La Gare is a project of passion that will be developed on a land of heritage. It will be built upon the historical grounds of La Gare train station that has stood the test of time, and with our project, will live in people’s collective memories for even longer.”

Il est inutile et sans intérêt de verser dans la nostalgie. On peut néanmoins souhaiter que la préservation du patrimoine ferroviaire commun aux trois pays, Djibouti, l’Ethiopie et la France, héritage d’un épisode majeur de l’histoire industrielle de cette région de la corne de l’Afrique, et témoignage positif d’une Histoire partagée, se réalise dans de meilleures conditions.

On peut espérer que sa conservation et sa mise en valeur fassent l’objet d’un projet peut-être moins alléchant, mais nécessaire et profitable à la construction de la mémoire et de l’identité des habitants de ce quartier historique de la ville d’Addis Abeba et à tous ceux que la réalisation de ce railway a touchés de près ou de loin.

Addis Ababa train station, 2012.
La gare d’Addis Abeba en 2012. © H. FONTAINE

A lire en complément : This is Dubai now par Tom Gardner.

hugfon

Mort du sultan de Tadjourah

Chez le Sultan Abdoulkader Houmed à Tadjourah en novembre 2017.

Le sultan de Tadjourah, Abdoulkader Houmed, est mort le 17 mai à l’âge de 81 ans à l’hôpital d’instruction des armées Percy, à Clamart, près de Paris.

Le corps du sultan sera rapatrié à Djibouti mercredi, jour où il devrait être inhumé à Tadjourah, marquant le début d’une cérémonie funéraire de 9 jours. Le deuil doit durer un an, avant la nomination d’un nouveau sultan.

Sauf avis contraire du Miglis, l’assemblée des chefs de tribus Afars, c’est le vizir Ahmed Chehem qui devrait être intronisé. Les tambours dinkaras seront alors déterrés. Des bœufs seront sacrifiés et leurs peaux serviront à fabriquer deux nouveaux instruments (d’après l’Agence Djiboutienne d’information).

hugfon

Vernissage demain de l’exposition Rimbaud photographe

Demain à 17:30 sera inaugurée l’exposition RIMBAUD PHOTOGRAPHE. Rdv en Salle Voyages du musée Arthur Rimbaud à Charleville-Mézières.

L’exposition sera visible jusqu’au 13 octobre prochain. Salle des manuscrits. Salle Voyages. Auberge verte.

Toutes les informations sur http://rimbaudphotographe.eu/.

Travaux de montage de l’exposition dans l’Auberge verte, salle des expositions temporaires, avec Carline (debout) et Laurence.
hugfon

Rimbaud photographe

l’Auberge verte en cours de préparation. © H FONTAINE.

Les lecteurs du blog, qui apprécient de lire mes récits construits à partir de photographies historiques liées à la construction du chemin de fer Djibouti Addis Abeba, voudront peut-être en retrouver de nouvelles.

Je les invite à venir voir à Charleville-Mézières, au musée Arthur Rimbaud, du 18 mai au 13 octobre 2019, l’exposition RIMBAUD PHOTOGRAPHE qui se tiendra dans trois espaces du musée : la salle des manuscrits ; la salle Voyages ; l’Auberge verte, salle des expositions temporaires – où j’avais déjà présenté en mai 2016 l’exposition ALFRED ILG. UN SUISSE EN ABYSSINIE.

Dans la salle des manuscrits seront réunies toutes les épreuves connues à ce jour des photographies prises et tirées par Rimbaud lui-même, à Harar en avril-mai 1883. Notamment ses trois autoportraits. Y sera montrée aussi la photographie de groupe légendée « Environs d’Aden. Avant le déjeuner à Scheick Otman ».

Dans la salle Voyages, dans le Cabinet de curiosité, seront présentées trois nouvelles photographies attribuées à Rimbaud. Je dirai le 14 mai par qui et comment. Également des photographies de la série Choa dont il a déjà été question dans ce blog.

Dans l’Auberge verte, l’exposition tentera de faire le point sur l’expérience de photographie que fait Rimbaud en Éthiopie en 1883 et interrogera l’illisibilité de ses trois autoportraits.

Un nouveau blog RIMBAUDPHOTOGRAPHE.EU présente cette nouvelle aventure.

hugfon

Une Gendarmerie des Transports Ferroviaires

Un communiqué de l’Agence de presse Xinhua fait état de la création de la « Gendarmerie des Transports Ferroviaires (GTF) pour sécuriser le tronçon djiboutien du nouveau chemin de fer djibouto-éthiopien et garantir la sécurité des personnes et des biens ».

« La GTF aura pour mission principale de mettre en oeuvre les mesures de sécurité globale relatives à la protection des personnes, des équipements et des installations de la Société de Chemin de Fer de Djibouti.

Outre le renforcement de la sécurité des installations ferroviaires et la prévention contre les actes de terrorisme et de vandalisme perpétrés sur les équipements des infrastructures de la société, la GTF sera également chargée de contrôler les accès et la circulation en zone réservée, d’assurer la sécurité des voies ferroviaires et des ponts et de sauvegarder la vie des passagers, des équipages et des personnes au sol. »

Carte postale de la série éditée par A Holtz. Photographe inconnu.

En 1898, l’entreprise en charge de réaliser pour la Compagnie impériale des chemins de fer éthiopiens le tronçon Djibouti – Harar, qui se transforme en un tronçon Djibouti – Addis Harar, la « nouvelle Harar », nom d’abord donné à Diré-Daoua, avait procédé elle aussi, pour protéger la ligne, à la création d’une « milice indigène », le « Service des affaires indigènes » formé à partir d’une milice de commerçants français et placé sous les ordres d’un certain Pierre Carette, que les journaux, nous dit Rosanna Van Gelder De Pineda, surnommaient « le Prince du désert ».

« Le Service des Affaires Indigènes de la CIE, composé d’ascaris abyssins et issas, est principalement établi pour assurer les rapports entre le chemin de fer et les tribus issas, devant l’impossibilité d’envoyer directement des troupes coloniales en territoire éthiopien. Pierre Carette, le chargé du service à l’époque de la première compagnie, jouit d’une puissance considérable sur le trajet entre Djibouti et Diré-Daoua et même à Addis-Abeba ; il possède un budget de 100.000 francs annuels, sans aucun compte rendu, étant responsable uniquement devant le Président du Conseil d’Administration de la compagnie. Petit-fils de l’amiral Bouvet de Lozier et secrétaire de Chefneux, il organise le Service Indigène de la CIE. Son frère, Eugène, se trouve souvent sur place, mêlé parfois aux affaires commerciales en Abyssinie ; ils sont plutôt des aventuriers, mais très bien recommandés auprès des Européens sur place par un familier (inconnu) de Marseille. Les journaux appellent Pierre Carette, le « Prince du Désert » ; il fait l’objet d’attentats et de duels à Djibouti, des épisodes qui prêtent à la CFS le surnom de Far West français que l’on entend souvent chez les cheminots plus âgés. Il termine ses jours en Algérie, où il s’essaie à la viniculture ».

Rosanna Van Gelder De Pineda, Le chemin de fer de Djibouti à Addis-Abeba,Paris, L’Harmattan, 2000, 734 p.

hugfon

La Gare selon Eagle Hills

Ethiopie : la société émiratie Eagle Hills lance la construction d’un vaste projet immobilier intégré d’environ 1,8 milliard $ à Addis-Abeba.

Dénommé « La Gare », ce projet sera construit au centre de la capitale éthiopienne, autour de la gare terminale de la première ligne de train Addis-Abeba-Djibouti. Achevée en 1917, elle constituait la principale gare d’Addis-Abeba et la principale source de trafic dans la ville.D’un coût total estimé à 50 milliards de birrs (environ 1,8 milliard $), « La Gare » est un projet immobilier intégré comprenant des installations résidentielles, commerciales, d’accueil, de vente au détail et de loisirs dans un cadre unique, sécurisé et entourant un parc.Exécuté sur une superficie de 360 000 m2 avec une voie ferrée le long de son bord nord, ce projet comportera 4000 résidences, 3 hôtels, des immeubles de bureaux et d’autres zones de services en plein air.La construction de la première phase du projet sera finalisée, d’ici trois ans, selon les promoteurs. Tandis que le projet en entier durera sept ans au total et devrait créer 25 000 emplois.(L’Agence Ecofin est une agence africaine d’informations économiques et financières.)

hugfon

Un vent mauvais souffle sur le quartier de la gare à Addis Abeba

Sur financements émiratis, un vaste programme immobilier projette de transformer le quartier de la gare d’Addis Abeba. Les occupants locataires du bâtiment ont été expulsés sans préavis (seule demeure encore dans les lieux la direction de la Compagnie du Djibouto-Éthiopien), la gare des autobus a été déménagée, un parking aménagé en un clin d’œil, Eagle Hills pavoise.

Tout a démarré sur les chapeaux de roue. Le temps semble bien compté.

Le bâtiment de la gare (qu’on aperçoit tout en bas de la première – mauvaise – photo de la maquette du projet) et le Lion de Juda sont voués à devenir des curiosités Disneyland dans un ensemble pharaonique.

Photographies et © Hugues Fontaine.

 hugfon

Une lettre inédite d’Arthur Rimbaud écrite à Londres le 16 avril 1874

On pourrait penser que je m’éloigne du sujet principal de ce blog – que je ne parviens plus à alimenter avec la même régularité qu’à ses débuts, faute de temps – mais non ! Arthur Rimbaud quand il vivait à Harar en Éthiopie – d’où je vous écris ce soir – s’intéressait à l’idée d’une ligne de chemin de fer reliant les rivages de la mer Rouge aux hautes terres abyssines et il s’était fait envoyer, parmi tant de livres techniques, un manuel de conducteur de locomotives.

Je veux signaler ici – après avoir publié mon dernier blog autour d’une photo-énigme représentant la maison que Rimbaud et Verlaine ont habitée au 8 Royal College Street en 1873, photographiée à la faveur d’un voyage à Londres, et particulièrement dans ce quartier de la gare de St Pancras, – la découverte d’une lettre autographe inédite de Rimbaud écrite à Londres, peut-être depuis le 30 Argyle Square, Euston Road, lors d’un séjour qu’il y fait en 1874 en compagnie de Germain Nouveau.

La lettre est d’une importance manifeste puisqu’il est question d’un projet intitulé Histoire splendide, qui n’est pas sans évoquer ce texte perdu dont parle son ami Delahaye, Photographie du temps passé, dont Rimbaud lui a parlé à la fin de l’hiver 1871.

Tous les détails ici.

A suivre…hugfon

Énigme

Petite énigme : où a été prise cette photographie et que montre-t-elle ?

Réponse en commentaire. Le premier qui donne la réponse reçoit un exemplaire du Train en Afrique.

Félicitations à Michel Boisot qui a trouvé là réponse : 8 Royal College Street à Londres, là où ont vécu Verlaine et Rimbaud en 1873 (les premières réponses sont en commentaires sous l’image, une fois que vous avez cliqué dessus). Texte de la plaque : The French poets/Paul Verlaine/and/Arthur Rimbaud/lived here/May – July 1873.

J’ai fait ce petit détour et cette photographie, non loin de la gare de St Pancras, au retour d’une visite au Victoria & Albert Museum pour voir la vitrine consacrée à la commémoration de Magadala. 1868. J’en parlerai bientôt.

hugfon

Translate »