le Ménélik vu par Jean Roulier

Le Ménélik intègre la bibliothèque de Jean Roulier et sur son excellent site bibliophilique, voici la recension (onglet « en savoir plus ») de son auteur :

À la fin du dix-neuvième siècle, l’Abyssinie des hautes terres attire des explorateurs venus du monde entier. Certains, équipés d’un matériel photographique, enregistrent les premières images du pays de ce roi du Choa, Ménélik II, qui devient en novembre 1889 Negusse Negest, Roi des rois d’Éthiopie. Le livre rassemble une iconographie en grande partie inédite composée essentiellement de photographies provenant de collections publiques et privées, mais aussi d’illustrations en couleurs (chromos, presse), de gravures et de nombreuses cartes. Réalisé avec le soutien de l’ambassade de Suisse en Éthiopie, l’ouvrage constitue une suite à l’exposition Alfred Ilg. L’Ingénieur et le Roi présentée au musée d’Art moderne d’Addis Abeba en 2016 à l’occasion du 100e anniversaire de la mort de l’ingénieur Alfred Ilg. Trois éditions paraissent en ce début d’année 2020 : en langue française, en langue anglaise (traduction Yves Marie Stranger), en langue amharique (traduction Brook Beyene). Un très beau livre imprimé sur Munken Print White, couverture cartonnée sur Efalin, marquage à chaud du titre sur film rouge, tranchefile. Avec des reproductions d’œuvres de Hailu Kifle. AMARNA éditions * Format 20,5 cm x 27 cm x 4,5 cm * Poids 1,6 kg.

Plus d’informations sur le site dédié : http://www.menelik.eu/

Source : http://huguesfontaine.eu/menelik/

Hugues Fontaine est un réalisateur français, photographe, éditeur et commissaire d’exposition. On lui doit des travaux concernant l’Ethiopie comme « Un Train en Afrique » (2012), « Arthur Rimbaud photographe » (2019) et « Ménélik » (2020). L’exposition « Alfred Ilg. The engineer and the king » (2016), dont il a été le commissaire, a mis en valeur la collection de photographies du conseiller suisse de Ménélik cédée par la famille Ilg au Musée d’ethnographie de l’Université de Zürich. L’ambassade suisse à trouvé en M. Fontaine un chercheur qui ne se contente pas de redécouvrir des photographies mais qui prend la peine de les analyser, de les décrire et de les comparer avec celles issues d’autres fonds. On appréciera tout particulièrement sa détermination à découvrir l’auteur des photographies, ce qui est loin d’être une sinécure lorsqu’on sait le peut de reconnaissance artistique qu’avait la photographie à la fin du XIXème siècle. Il est l’artisan de l’exposition « Rimbaud photographe » tenue à Charleville-Mézières en 2019 et de celle tenue à Nîmes « Rimbaud-Soleillet I Une saison en Afrique ».

L’exposition « Rimbaud photographe » tenue à Charleville-Mézières en 2019 a démontré que l’acharnement peut amener à surprendre les Rimbaldiens, généralement réticents à admettre qu’il existât encore des choses à dire sur leur poète. Il ne faudrait pourtant pas croire que l’acharnement consiste à utiliser les meilleurs mots clés dans les moteurs de recherches. Le travail d’Hugues Fontaine est la preuve que le verbe chiner n’est pas à retirer du dictionnaire pour raison d’obsolescence.  Sinon, comment expliquer que les Ethiopisants, si renommés soient-il, aient pu passer à côté du fond photographique de Paulitschke déposé au KHM-Museumsverband, Weltmusem à Vienne et accompagné du registre méticuleusement tenu par le chercheur autrichien ? L’explication se trouve chez Paulitschke, lui-même, qui nous a offert des études inestimables, fruit d’une étude éclectique, laborieuse au XIXème siècle. La somme d’information de première main que Paulitschke a fournie à la suite d’un des plus courts séjours en Abyssinie par un scientifique, deux mois, est unique dans l’histoire des études éthiopiennes. La voie que s’est ouverte M. Fontaine est libre. On ne peut que l’encourager à inonder les études éthiopiennes, les passionnés, les amateurs de photos du trésor que recèlent les musées et autres archives.

Chercherait-il des pistes ?

Qu’il commence par convaincre M. Guéry de rééditer son « D’un continent à l’autre, EJ Bidault de Glatigné ». En rupture de stock avant d’avoir paru (2016). Faut-il s’en étonner ?

Ensuite, il n’a qu’a suivre le programme qu’il peut trouver à la page des « crédits photographiques » de ses propres livres :

Fond du photographe Kohanovski.

Fond du photographe Lebedinskiy.

La réédition du l’atlas du Royal Engineers.

Fond photographique de Friedrich von Kulmer.

Fond photographique de Hénon.

Fond photographique de Paul Buffet.

Fond photographique de Ludwig von Höhnel.

Fond photographique de Maurice de Coppet.

Fond photographique de Porquier.

Fond photographique de Savouré.

Fond photographique de Parmentier.

Fond photographique de Lebedev.

Et de tant d’autres. On attend avec impatience le prochain opus !

Biblethiophile, 19.04.2020

Article d’Hugues Fontaine, Paris, 29 septembre 2020: https://www.rimbaudverlaine.org/en/news/arthur-rimbaud-and-king-menelik-shoa/

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« Une saison en Afrique » est paru

Le petit livre que nous avons voulu produire au moment où se clôturait l’exposition RIMBAUD – SOLEILLET. UNE SAISON EN AFRIQUE (Carré d’Art, Nîmes, 8 janvier – 20 septembre 2020) et qui a pu exister grâce à une souscription – nous remercions chaleureusement tous ceux qui y ont généreusement participé – vient d’être publié.

Les envois postaux sont faits.

Ceux parmi les souscripteurs qui ont souhaité retirer leur exemplaire à la bibliothèque du Carré d’Art pourront le faire à partir de mardi 1er décembre, à l’accueil de la bibliothèque aux horaires d’ouverture habituels. La remise de l’ouvrage se fera contre signature.

Encore une fois, merci !

La souscription est close. Vous pouvez toutefois vous procurer un exemplaire de l’ouvrage au prix de 20 euros + 6 euros de frais de port en France métropolitaine. Nous contacter svp pour d’autres destinations et commander le livre sur le site du livre.

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Arthur Rimbaud et Henry de Monfreid en Éthiopie

Nous avons le plaisir d’accueillir Philippe Oberlé, auteur d’un livre très documenté et illustré : Arthur Rimbaud et Henry de Monfreid en Éthiopie, la disparition d’un poète, l’annonce d’un romancier.

À la fin de sa vie, Arthur Rimbaud a géré un comptoir commercial en Éthiopie. Vingt ans plus tard, Henry de Monfreid arrive dans la même région du Harar pour exercer le même métier pendant plus de deux ans. Ils nous racontent les péripéties de leur existence à travers des extraits des lettres envoyées à leurs proches en France. Ces textes, commentés, sont classés en 23 chapitres thématiques.

Le livre est illustré avec 200 photos ou gravures de l’époque (1880-1920), pour la plupart inédites, nous montrant ce que Rimbaud et Monfreid ont vu. Nous découvrons avec eux les rives de la mer Rouge et l’empire de Ménélik : Obock, Tadjoura, Djibouti, Zeila, Guildessa, Dire-Daoua, Harar, Ankober, etc.  Des portraits nous montrent Rimbaud, Monfreid, Bardey, Ilg, Abou Bekr, Makonnen, Ménélik, Mgr Cahagne, Mgr Jarosseau, Soleillet, Sotiro, Mariam, les frères Borelli, Guigniony, Tafari Makonnen (futur Hailé Sélassié), etc. Une chronologie en 7 pages donne les repères importants de l’histoire de la région. Les sources des textes, et des commentaires, sont donnés en 380 notes de fin d’ouvrage.

L’auteur avait publié chez Présence africaine Afars et Somalis, le dossier de Djibouti, puis une Histoire de Djibouti.

Un livre au format 21 x 29 cm, en couleurs, broché, 280 pages.

En vente 28 euros à Paris chez l’Harmattan, 16 rue des Écoles, Paris 5e. Édité par l’auteur, envoi postal direct au même prix (port inclus), règlement par chèque, PayPal, virement bancaire. Contact : philoberle@netcourrier.com

L’auteur peut vous envoyer par mail sur demande une sélection d’une dizaine de pages (Sommaire, introduction, quelques pages d’illustrations), une recension du livre par Guillaume de Monfreid, une autre par l’Académie des Sciences d’Outre-Mer. 

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Philippe Oberlé nous propose, sous la forme d’un article inédit, un aperçu de son livre :

HENRY DE MONFREID À DIRE-DAOUA

Aller vivre sur une autre face de la terre.  

   « Je revois encore la silhouette de l’Oxus, un des anciens paquebots des Messageries Maritimes, les plus rapides de leur époque, taillés en croiseur, à l’étrave effilée, aux murailles verticales, faite pour trancher la mer, sans souci des vagues. (…) À la vue de ce vaisseau, à l’odeur de goudron des cordages, aux relents de saumure et d’épices des docks, à la voix de tous ces gens de mer, tout ce qui sommeillait en moi venait de s’éveiller. La brise fraîche du large, par-dessus la jetée où brisait la mer, m’arriva comme une caresse sauvage, comme une bouffée de liberté crachée en plein visage. » (H. de Monfreid, Le Lépreux, 1935).

   Henry de Monfreid, 32 ans, né en 1879, vient d’embarquer à Marseille le 10 août 1911 à bord du paquebot Oxus, à destination de Djibouti. Il a décidé de partir au loin, las de sa vie médiocre en France où il a exercé divers métiers, vendeur de café en porte à porte à Paris, chauffeur de maître, agent commercial, employé dans une société laitière, avant d’investir dans une laiterie qui sera dévastée par une inondation en janvier 1910.

Henry de Monfreid vers 1925. (© Archives Henry de Monfreid).

   En ce début du 20e siècle, beaucoup de jeunes gens cherchent fortune au loin. C’est la grande période coloniale et celle des paquebots qui relient avec facilité l’Europe au reste du monde. Henry, enfant, a connu Paul Gauguin, ce peintre qui avait souvent rendu visite à son père, et qui avait rompu avec la monotonie et l’accablement de l’Europe pour s’exiler à Tahiti en 1891. Il a connu aussi Victor Segalen, autre ami de son père, médecin de la marine, parti en 1903 à Tahiti puis en 1909 en Chine. « Hanté à mon insu par les visions tahitiennes des toiles de Gauguin, je songeais à m’en aller vivre comme lui sur une autre face de la terre. »

   Henry était bien décidé à partir, mais pour aller où ? Un petit hasard décida de son sort. L’un de ses amis connaissait un négociant en Éthiopie, nommé Gabriel Guigniony. Celui-ci lui proposa un contrat dans son comptoir de Dire-Daoua, au salaire de cent cinquante francs par mois, mais il devait payer lui-même son voyage. Rien de mirobolant, mais pressé de s’en aller, il accepte. Il prend un billet de troisième classe sur l’Oxus et arrive ainsi à Djibouti en dix jours.

   C’est le début de la vie aventureuse de Monfreid en Éthiopie, puis à Djibouti, à Obock, sur les rives de la mer Rouge, vie qui se poursuivra dans cette région du monde pendant plus de deux décennies. « Sans un sou, le cœur vide, il s’embarqua pour l’Abyssinie. Il avait alors dépassé la trentaine. Il considérait que sa vie était achevée. Elle commença. » (Joseph Kessel)

   Monfreid ne reste que quelques jours à Djibouti puis il prend le chemin de fer pour rejoindre son poste à Dire-Daoua, terminus temporaire de la ligne, ville nouvelle et siège des ateliers centraux du chemin de fer. Par suite de gros problèmes financiers, la voie ferrée n’atteindra la capitale Addis-Abeba qu’en 1917.

   Il lui faudra douze heures pour parcourir les 309 km qui séparent Djibouti de Dire-Daoua, située à 1200 mètres d’altitude. Il sera basé à Dire-Daoua pour son employeur Guigniony jusque fin mars 1912, puis à Djibouti d’avril à août pour assurer l’intérim de l’agence de Djibouti. En septembre, retour à Dire-Daoua, puis il va gérer un comptoir dans la petite bourgade de Deder, à environ 85 km plus à l’Ouest, jusqu’en avril 1913. Il retourne à Djibouti en mai, solde ses comptes avec Guigniony et décide de se lancer pour commencer dans la collecte et même l’élevage des huîtres perlières. S’ensuivra une quinzaine d’années d’aventures diverses, jusqu’en 1928.

   Les lettres de Monfreid racontent sa vie à Dire-Daoua et environs. 

   La vie de Monfreid à Dire-Daoua et à Deder nous est connue par les lettres qu’il envoyait en France à son père ainsi qu’à son amie et future épouse Armgart. Ces lettres n’avaient aucune prétention littéraire et n’avaient pas vocation à être publiées. Elles ne cherchaient donc pas à captiver des lecteurs, mais simplement à rendre compte de sa vie quotidienne à ses proches. Il racontait sa manière de vivre, son travail, ses expéditions à cheval dans une nature grandiose, mais souvent sauvage, ses rapports avec les populations. Il décrivait des mœurs et coutumes locales, et parlait de ses compagnes abyssines ou somalies. Une écriture spontanée, authentique, sans prétention, mais son style direct et incisif, ses descriptions savoureuses, ses phrases percutantes annonçaient déjà son futur talent d’écrivain.

   Ces Lettres d’Abyssinie (août 1911 à octobre 1913) ont été publiées aux éditions Flammarion en 1999, elles comprennent 72 lettres à son père et 38 à Armgart. Mises ainsi bout à bout, elles forment un véritable journal personnel, parfois bien pittoresque comme ce passage d’une rare lettre à sa demi-sœur Agnès, écrite dans de précaires conditions à Badessa, un village de la brousse éthiopienne où il est venu fermer la petite agence de Guigniony qui ne rapportait rien : « Je suis sous la pluie depuis trois jours et sous la petite tente de fortune où je suis abrité, j’entends crépiter la pluie comme un roulement de tambour ininterrompu. La grande plaine herbue où j’ai dû m’arrêter n’est plus qu’un immense marécage où les flaques rouges d’eau boueuse font d’étranges dessins. Mes mules tournent le dos aux averses, immobiles, résignées, en secouant leurs longues oreilles à intervalles réguliers. Le ciel est noir partout, tout est plein d’eau, pas de bois pour faire du feu. Je ne sais pas trop ce que je vais manger ? J’ai bien tué 2 pintades qui ne verront pas d’inconvénient à ce que je les mange, mais il faudra les manger crues. Et puis m… zut, mon sel est fondu ! Il ne me reste que du sucre. »

   Le travail de Monfreid consistait à gérer des petits comptoirs commerciaux de la maison Guigniony. Ces comptoirs collectaient des produits locaux qu’il fallait ensuite exporter vers le port de Djibouti : du café, des peaux de bœufs, de l’ivoire, du musc de civette, de la gomme arabique, des peaux d’animaux sauvages, des plumes d’autruche, et en sens inverse Guigniony importait des marchandises d’Europe pour les revendre localement : tissus, soieries, lainages, casseroles, quincaillerie, savon, pétrole, etc.

   Ses fonctions étaient à peu près identiques à celles d’Arthur Rimbaud qui gérait à Harar en 1881 puis en 1883/84 un comptoir pour la maison Bardey d’Aden, et ensuite un comptoir à son propre compte de 1888 jusqu’à son départ définitif début 1891. Pendant ces trois dernières années, Rimbaud représentait à Harar les intérêts de la maison César Tian d’Aden. Après le départ de Rimbaud, c’est Gabriel Guigniony qui est devenu l’agent de César Tian à Harar de 1892 à 1897, avant de s’installer à son propre compte. À l’époque de Rimbaud les marchandises de la région de Harar descendaient par caravanes de chameaux en trois semaines jusqu’au port de Zeila, d’où elles étaient exportées en Europe via Aden. À l’époque de Monfreid, le chemin de fer remplaçait les caravanes, la ville nouvelle de Dire-Daoua s’était développée au détriment de Harar, et le port de Djibouti, à une journée de train, avait supplanté celui de Zeila.

   En octobre 1911 Monfreid annonce dans une lettre à son père qu’il va quitter Dire-Daoua pour installer un nouveau comptoir loin dans l’intérieur des terres : « je vais être trois semaines absent et loin de tout monde civilisé. Je vais avec deux Arabes interprètes installer une agence pour l’achat du café, dans l’intérieur à 200 km de toute agglomération. Le café étant fort rare cette année il faut aller le chercher là où personne ne va. La balade sera intéressante, car je vais au fond du Tchertcher, massif de montagnes d’une altitude moyenne de 3000 m. Je pars à cheval suivi de 2 ânes portant le campement et les vivres plus mon Somali porte flingot… Je laisserai mon cheval en route pour prendre un mulet, car dans la dernière partie les montagnes sont très escarpées, couvertes de forêts de pins et sans aucune piste avec des roches impraticables aux chevaux. »

   En novembre il est à Bourka : « Ce soir nous sommes à Bourka où nous campons en attendant qu’on ait fait les huttes qui constitueront la nouvelle agence. Je me fais fort bien de cette vie à la belle étoile avec des soirées passées autour d’un feu entre 3 pierres, voisinant avec les mulets entravés qui broutent à 3 pas de nous. Je n’ai pas de tente et je dois coucher en plein vent. »

   Tâches quotidiennes à l’agence de Deder en décembre 1912 : « Je suis débordé d’ouvrage : j’ai à surveiller les comptes des courtiers indigènes que j’envoie acheter au loin. Je dois aller d’une agence à l’autre et ce sont des courses à cheval de plusieurs heures, parfois 2 jours. Je fabrique des liqueurs pour les indigènes, des cartouches, des vêtements. Je vends des étoffes, du sel, du savon, de l’encens, du pétrole, etc. »

   Rencontre avec Tafari Makonnen, le futur empereur Hailé Sélassié.  

   En janvier 1912, Monfreid se trouve à Lafto, à une vingtaine de kilomètres de Deder, lorsque le cortège du Dedjas Tafari Makonnen, gouverneur de Harar et futur empereur Hailé Sélassié, passe à proximité, en route vers Addis-Abeba : « Une cohue d’Abyssins avec des fusils ; peut-être 500 à 600 puis protégés par des parasols de soie multicolores, les prêtres. Ils sont trois vêtus chacun d’une robe en velours respectivement violette, verte et rouge, et cela dans les tons les plus vifs de la gamme, derrière marchent les « Lettrés », hommes instruits qui constituent le vrai clergé. Ceux-là sans costumes spéciaux. Puis une première série de musiciens qui soufflent dans de longues trompes qui rendent un son demi-grave et un peu nasillard. (…) Puis marchant un peu sur la gauche une horde de femmes proférant des cris stridents. (…) Ce cri poussé par des milliers de poitrines semble faire vibrer l’air. Enfin le Dedjas, à cheval, précédé de 4 types qui soufflent dans de longues flûtes (…) Puis une foule d’Abyssins. Tout ça vêtu en blanc ou rouge, sous un soleil ardent, au milieu de la cacophonie qui résulte de toutes les musiques que je viens de te décrire. (…) Puis ce sont les fantasias à cheval, des combats à la lance (sans fer), etc. » Monfreid obtient une audience privée avec le Dedjas : « Il est seul dans sa tente. C’est un jeune homme de 20 ans à peine, assez agréable de figure. (…) Je reste une heure au cours de laquelle je conduis la conversation de façon à flatter son amour-propre tout en causant des questions qui m’intéressent. Il m’offre l’hydromel que j’avale sans sourciller : du cidre dur qui sent le moisi. Enfin je prends congé et je sors au milieu des saluts respectueux de toute la suite, jugeant de ma notoriété par la longueur de l’audience. Il faut reconnaître que dans ce pays la qualité de Français ouvre toutes les portes. » 

3- HARRAR – S.A. le Dejazmatch Tafari, Gouverneur de Harrar. C’est le futur empereur Hailé Sélassié. Monfreid le rencontre à Lafto en janvier 1912. (Carte postale postée en 1914).

   À Dire-Daoua, Monfreid fréquente parfois les quelques Européens installés dans la ville, mais le moins possible. Il n’apprécie guère l’oisiveté de ces coloniaux qui passent leurs loisirs à boire ou jouer aux cartes. C’est d’ailleurs un point commun avec Arthur Rimbaud. Tous deux préfèrent la fréquentation des indigènes. Tous deux s’habillent très simplement, comme les indigènes. La veille de Noël 1911 Monfreid écrit de Dire-Daoua à son père : « Je vais probablement filer dans le Tchertcher pendant cette semaine des fêtes de Noël et de Jour de l’An, car je ne me soucie pas de participer aux gueuletons divers de MM. les Européens de mon entourage. Pas un seul d’entre eux n’est intéressant. »

   Les compagnes de Monfreid, le drame. 

   Rimbaud était discret sur ses fréquentations féminines, on sait toutefois, par des témoins de l’époque, qu’il a eu des compagnes féminines. Le musée Rimbaud de Charleville-Mézières conserve une photo de Mariam, compagne éthiopienne de Rimbaud à Aden. Monfreid, bien au contraire, donne à son père, et parfois aussi à son amie Armgart, de nombreuses informations sur ses compagnes successives : une femme Gourgoura, puis Fathouma, femme somalie de la région de Guardafui, puis Fathouma II, Somalie Abérionis, puis Sénéna, Somalie de Berbera, puis Oubénèche, une Galla du Choa. En juin 1913 Monfreid se rend pour quelques mois en France, il épouse Armgard Freudenfeld au mois d’août. Fin septembre il regagne seul Djibouti, sa femme ne viendra le rejoindre que trois ans plus tard.

   Pendant l’un des séjours de Monfreid à Dire-Daoua, un drame survient le 14 janvier 1912 : Fathouma est morte, tuée par une balle du revolver d’Henry que son boy Ali manipulait et nettoyait sans précaution. « J’étais à la douane quand on m’a prévenu : le boy en tripotant mon révolver l’a fait partir et la balle a traversé la pauvre femme de part en part en entrant par le rein droit et sortant sous le sein gauche. Je l’ai trouvée râlant étendue à terre : elle m’a regardé et a pu me dire “calas” qui veut dire c’est fini… Sur ce beau corps de bronze ce petit trou rose qui ne saignait presque pas avait quelque chose d’effrayant. Je m’étais attaché à cette femme, gaie, douce, ne pensant qu’à m’être agréable. (…) Par deux fois ses mains se crispent sur la plaie comme pour en arracher une chose imaginaire ; mais l’hémorragie interne fait son œuvre, le pouls ne bat plus, deux convulsions et je n’ai devant moi qu’un cadavre déjà froid aux extrémités. J’ai pleuré comme un idiot devant ce pauvre être de vie et de gaité détruit en quelques secondes, gisant là dans une petite mare de sang figé. »

4- Zollamt Diré-Daoua. La douane de Dire-Daoua (Carte postale allemande de A.Nentwig, Weilheim, Oberbayern, vers 1910/1920). « Fathouma est morte ce matin tuée d’une balle de revolver… J’étais à la douane quand on m’a prévenu », H. de Monfreid, janvier 1912
5- Diré-Daoua – La Cour de la Douane. (Carte postale de J.G. Mody, postée de Djibouti en 1913.)

   Il décrit les rites funéraires organisés par les parents et amis de Fathouma : « La forme blanche, roulée dans un linceul franchit ma porte, sous le soleil de midi et je vois le petit cortège qui diminue peu à peu au milieu du grand Laga de sable jaune qui sépare le Magala de la ville Européenne. Je ne distingue plus sous l’éclat du soleil que la petite tache blanche qui semble devenir plus brillante à mesure qu’elle s’éloigne comme pour prolonger un adieu. » (…) Je vais seller mon mulet et je pars ; où, je n’en sais rien, je prends la chasse pour prétexte et passerai la nuit dehors ; ça me changera les idées. (…) J’avais un petit foyer qui me sauvait de tous les Européens dont le champagne et le Pernod sont les seules distractions. Je fuis Diré-Daoua pour quelques jours, car ces gens m’horripilent en laissant entendre qu’une Négresse n’est après tout qu’une sorte d’animal facile à remplacer et qui ne doit pas mériter plus de regrets qu’un chien de peu de valeur. »

Monfreid ne deviendra romancier que beaucoup plus tard, à l’âge de 52 ans. Joseph Kessel, dont il fut le guide en Éthiopie et à Djibouti lorsque le grand reporter visita ces contrées pour préparer son article puis son livre sur les derniers trafiquants d’esclaves, lui recommanda de mettre en forme et de publier son journal de bord, dans lequel il consignait ses aventures en mer Rouge. C’est ainsi que parut en 1931 son premier « roman autobiographique », Les secrets de la mer Rouge, qui connut un très grand succès. Suivront une soixantaine d’autres livres, dont Le lépreux, en 1935, dans lequel il utilisera le tragique épisode de la mort de Fathouma. Pour mieux captiver ses lecteurs, l’accident deviendra un meurtre, inséré dans une longue intrigue. Curieusement, la femme du roman sera nommée Oubénèche, du nom de sa cinquième compagne. La plupart des romans de Monfreid s’appuient sur des souvenirs ou des aventures vécus, mais ils sont mis en scène et dramatisés.

   Monfreid, industriel à Dire-Daoua.

   Le 1er janvier 1903, la voie ferrée fut ouverte au trafic de Djibouti à Dire-Daoua. Après une longue période d’arrêt, le chantier avait repris en 1910 pour prolonger la voie de Dire-Daoua jusqu’à Addis-Abeba. De nombreuses entreprises et individus se bousculaient pour obtenir un lot de ce colossal chantier de 473 km. Monfreid ayant retrouvé par hasard à Dire-Daoua un ancien camarade de classe travaillant sur le projet, tenta sa chance en décembre 1913 en soumissionnant pour un lot de terrassement de 33 km. Il écrit à son père : « La région où se trouvent nos travaux est en plein désert, pas d’eau, pas de pierre, rien que de la terre argileuse et grasse, dure comme le roc par temps sec et formant une boue glissante par les pluies. Il nous faudra plus de 600 coolies pour arriver à faire les travaux en temps utile et 20 km de chemin de fer Decauville. (…) Nous escomptons un bénéfice de 60000 fr, mais il y a vingt concurrents. »Finalement, le chantier lui échappe, « obtenu par un Grec qui a fait des prix de famine ».

   Bien des années plus tard, Henry de Monfreid deviendra industriel à Dire-Daoua. Ses aventures maritimes avaient fini par lui rapporter une petite fortune. Ses pêches d’huîtres perlières, ses activités de transport par boutres, ses trafics d’armes, mais surtout son trafic de haschich l’avaient bien enrichi. Il était basé dans sa maison d’Obock, au bord de la mer, avec son épouse Armgart et leurs enfants, Gisèle née en avril 1914, Amélie en août 1921 et Daniel en décembre 1922. Il décida d’acheter pour le bien-être de sa famille une maison sur les hauteurs de l’Éthiopie, dans un climat plus supportable surtout pendant l’été torride de la mer Rouge. Il fit l’acquisition en 1923 d’une terre avec une petite maison à Araoué, près de Harar. Le déménagement ne fut pas une mince affaire. Les caisses et les malles furent d’abord transportées par le boutre de Monfreid d’Obock à Djibouti. Suivit une longue journée de chemin de fer de Djibouti à Dire-Daoua. Après une nuit à l’hôtel, on installa toute la famille sur des mulets de selle, et les bagages sur des mulets de charge, et la petite caravane parcourut en deux jours la soixantaine de kilomètres jusqu’à Harar et Araoué, à 1855 mètres d’altitude.

   Deux ans plus tard, en 1925, il racheta à Dire-Daoua la centrale électrique et une minoterie avec une fabrique de pâtes alimentaires, le tout appartenait à l’Italien Repici. Le fonctionnement de ces petites industries demandait beaucoup d’imagination et de débrouillardise technique. Quand un moteur de la centrale électrique tomba en panne, il le remplaça par le moteur de son boutre Altaïr, rapidement démonté et transporté à Dire-Daoua. Dans la cour de la centrale électrique se trouvait un petit logement que Monfreid et sa famille utilisaient souvent. Confortablement équipé, il était décoré, comme la maison d’Araoué, de tapis et d’objets rapportés par Henry à l’occasion de ses voyages en Arabie, Inde, ou Égypte. Un piano l’agrémentait, car Henry ne pouvait vivre sans cet instrument. Malgré les difficultés de transport, il avait réussi à installer un piano dans chacune de ses maisons, même à Obock ! Armgart séjournait souvent dans le logement de Dire-Daoua, car à certaines époques elle assurait le suivi de la bonne marche du moulin, de l’usine de pâtes et de la centrale électrique. Sans pitié, elle débrancha un jour le compteur du muezzin qui n’avait pas payé sa facture d’électricité. Dans son livre de souvenirs, sa fille Gisèle raconte que, âgée de treize ans, elle aida sa mère en relevant des compteurs pendant ses vacances d’été à Dire-Daoua (âgée de 10 à 17 ans, elle était pensionnaire à l’école protestante de Nîmes). Le bâtiment de la centrale électrique existe encore de nos jours à Dire-Daoua, il est vide, inutilisé, très dégradé, un vieux gardien y habite.

6- Dire Daua – La centrale elettrica (au verso). La centrale électrique de Dire-Daoua, achetée par Monfreid en 1925 (Carte postale de Foto Arte G. Musini & Ci – Dire Daua (A.O.I.), postée en 1937).
7- Vestiges de la centrale électrique de Monfreid en 2014. (Photo de l’auteur).
8- L’entrée de l’ancienne centrale électrique et le gardien en 2014. (Photo de l’auteur).

   Les premières années, ces activités industrielles furent profitables pour Henry de Monfreid, mais ensuite beaucoup moins. Pour la minoterie il rencontra des difficultés, en raison d’une forte concurrence. Pour la centrale électrique, il eut des problèmes pour trouver des contremaîtres qualifiés et aussi un gestionnaire de confiance pour prendre soin de l’usine pendant ses nombreuses absences. Enfin, quand le négus Hailé Sélassié lui interdit en 1933 de revenir en Éthiopie, suite à la publication de son livre Vers les terres hostiles de l’Éthiopie, il perdit le contrôle de ses usines. Il ne put revenir en son domaine d’Araoué qu’après le départ en exil du Négus en mai 1936, mais fut obligé de quitter en 1941 après la défaite des Italiens et le retour de l’empereur. Arrêté par les Britanniques en 1942 pour une prétendue collusion avec l’ennemi italien, il passa dix mois en détention au Kenya, resta ensuite dans ce pays pour quelques années, revint définitivement en France en 1947 et s’installa à Ingrandes, à 50 km à l’est de Poitiers. En octobre 1914 il avait écrit dans une lettre à son épouse : « L’Europe n’est bonne que quand on est vieux pour y grignoter ses petites économies dans un coin tranquille, en soignant ses infirmités. » Il est décédé dans ce village le 13 décembre 1974, âgé de 95 ans. Un petit musée relevant de la commune, actuellement fermé, y perpétue le souvenir d’Henry de Monfreid.

9- Série : Djibouti-Addis Ababa, Nr 4 Diredaua – Panorama. Kunst Verlag : Abessinien-Foto-Archiv Jos. Steinlehner – München, Allemagne. (Au verso. Carte postale vers 1930). On peut remarquer : (1) le palais du Négus sur la colline (2) L’usine électrique d’Henry de Monfreid (3) La mosquée de Dire-Daoua, avec son minaret très semblable à celui de la mosquée Hamoudi à Djibouti.

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Quelques articles récents de Philippe Oberlé relatifs à Djibouti/Éthiopie/Rimbaud :

Les lecteurs du blog UN TRAIN EN AFRIQUE qui souhaitent recevoir certains de ces articles en PDF, peuvent le contacter  philoberle@netcourrier.com

Les plus anciennes cartes postales de Djibouti, dans la revue Images et Mémoires N° 50, décembre 2016.

Le « Réveil de Djibouti » et les activités culturelles du service de l’information : souvenirs d’il y a 50 ans, dans la revue POUNT, cahiers d’études Corne de l’Afrique – Arabie du Sud N° 10, décembre 2016.

Rimbaud comptable (les activités comptables de Rimbaud en Éthiopie), dans la revue Rimbaud vivant, de l’Association des amis de Rimbaud, N° 54/55, octobre 2017.

De Djibouti à Dire-Daoua, la naissance du chemin de fer vue par la presse de l’époque (1898-1903), dans la revue POUNT, cahiers d’études Corne de l’Afrique – Arabie du Sud N° 12, octobre 2018.

Rimbaud et les Messageries maritimes, dans la revue Rimbaud vivant, de l’Association des amis de Rimbaud, N° 58, octobre 2019.

Djibouti : un éditeur de cartes postales peu scrupuleux, dans la revue Images et Mémoires N° 65, été 2020.

hugfon

Souscription « Une saison en Afrique »

L’exposition RIMBAUD-SOLEILLET. UNE SAISON EN AFRIQUE qui s’est tenue à la bibliothèque Carré d’Art de Nîmes depuis le 21 janvier 2020 (avec une interruption due à la crise sanitaire) vient de se clore (20 septembre).

Nous lançons une SOUSCRIPTION pour l’impression d’un petit livre catalogue de l’exposition qui en reprend la matière principale avec deux textes inédits des auteurs, Hugues Fontaine et Jean-Jacques Salgon.

L’ouvrage, broché, au format 17 x 22 cm à la française contient 132 pages avec 100 photographies, illustrations et cartes. Son prix de vente est de 18 euros.

Vous trouvez ci-dessous le bon de souscription, un extrait du livre ainsi qu’un chemin de fer (miniatures) de l’ensemble du livre.

Plus d’informations sur l’exposition sur le site http://unesaisonenafrique.eu/

Bien cordialement.

hugfon

Ménélik, en trois langues

Couverture de l’édition française.

Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution du livre MENELIK, publié en trois éditions : française, anglaise et amharique.

Ce livre est le premier grand ouvrage illustré consacré à l’Éthiopie sous le règne de Ménélik II.

À la fin du XIXe siècle, l’Abyssinie des hautes terres attire des explorateurs venus du monde entier. Certains, équipés d’un matériel photographique, enregistrent les premières images du pays de ce roi du Choa, Ménélik II, qui devient en novembre 1889 Roi des rois d’Éthiopie.

L’ouvrage se compose de 316 pages avec 410 photographies, cartes, illustrations, dont un grand nombre d’inédits.

Éditeur Amarna * Format 20,5 cm x 27 cm x 4,5 cm * Imprimé sur Munken Print White *  Couverture cartonnée, imprimée sur Efalin, marquage à chaud du titre sur film rouge, tranchefile * Poids 1,6 kg * EAN 9791092157017 – ISBN 979-10-92157-01-7

Prix public : 48 euros TTC.

Vous pouvez avoir un aperçu du livre grâce à cette vidéo en cliquant sur le triangle en bas à gauche.

Plus d’information et pour se procurer le livre : http://www.menelik.eu/

Disponible également sur Amazon.
Voir aussi sur http://huguesfontaine.eu/menelik/

hugfon

Transfert des wagons impériaux

Autre conséquence des destructions en cours dans le quartier de la gare (voir nos précédents billets), les quatre wagons impériaux qui étaient remisés dans un hangar près de la gare ont été transférés au palais du Jubilée, aujourd’hui siège de la Présidence de la République Fédérale d’Éthiopie.

L’ancien palais de Haïlé Selassié sera ouvert au public au terme d’un travail de rénovation et de muséographie conduit par une équipe franco-éthiopienne.

Merci à Lemma et Éloi pour l’aimable communication de ces documents. Tous droits réservés.

hugfon

La N°1 en gare de Diré Dawa

La locomotive 1 en gare de Diré Dawa
La locomotive N°1 en gare de Diré Dawa. Photographe non identifié.

L’ami Jean-Marc Boutonnet-Tranier (Le Louvre Hotel), qui œuvre énergiquement à Addis Abeba pour sauvegarder des éléments de la gare qui se retrouvent dispersés (vendus en ferraille au Mercato) depuis la démolition du dépôt et des hangars (voir notre précédent billet), me communique cette belle photographie. Je n’en connais pas l’auteur (la mention au dos du cliché n’indique pas le nom du photographe, mais celui qui se l’est approprié et je ne souhaite pas la donner) ni la date. Mais nous avons plusieurs indices.

L’état impeccable de la machine. On reconnait une locomotive SLM de type 130 et son tender, de la fabrique suisse de Winterthur dont j’avais publié une image ici. On sait qu’elle a été mise en service en 1899.

Les drapeaux sur la façade de la première gare en bois de Diré-Dawa laisserait penser que la photographie a été prise un jour de fête. Celui de l’inauguration de la gare, le 23 décembre 1902 ? La foule rassemblée en serait une indication. Ou bien s’agit-il de la célébration de la fête nationale française ?

Je renvoie à quelques billets publiés autour de ces magnifiques locomotives, comme celui-ci.

Le départ du train, tracté par la « Léopard », locomotive SLM de la fabrique suisse de Winterthur (numéro 2 de la Compagnie du franco-éthiopien). Coll. P CANU
Le départ du train, tracté par la « Léopard », locomotive SLM de la fabrique suisse de Winterthur (numéro 2 de la Compagnie du franco-éthiopien). Coll. P CANU

Ou celui-là, où l’on voit les locomotives 2, 4 et 6.

La « Buffle » et "l'Antilope", locomotives SLM de la fabrique suisse de Winterthur (numéro 4 et 6 de la Compagnie du franco-éthiopien).
la « Buffle » et « l’Antilope », locomotives SLM de la fabrique suisse de Winterthur (numéro 4 et 6 de la Compagnie du franco-éthiopien).

Ce qui me donne l’occasion de rendre hommage à la famille Crozet en republiant cette photographie de la locomotive Ankober.

Jean Crozet à Djibouti devant la locomotive Ankober Coll. Jean-Pierre CROZET
Jean Crozet à Djibouti devant la locomotive Ankober Coll. Jean-Pierre CROZET.
Le premier bâtiment de la gare de Diré-Daoua.
Le premier bâtiment de la gare de Diré-Daoua.

Jean-Marc me confirme qu’à Addis Abeba, les quatre wagons impériaux ont été déménagés du hangar où ils étaient entreposés près de la gare pour être déposés dans l’enceinte du palais du Jubilée, palais de Hailé Selassié, où ils seront prochainement exposés au public.

hugfon

Les sources de Diré-Daoua, la rivière de Laga Haré

Il faut désormais hélas en Éthiopie quitter aussi vite que possible les villes, qui connaissent un développement chaotique : augmentation exponentielle du nombre d’habitants et de véhicules, urbanisme anarchique, destruction du patrimoine historique… Diré-Daoua, longtemps admirée pour son charme de petite ville de province, n’échappe pas à ce qui semble être devenu la règle.

Abdelaziz, directeur régional de la compagnie du Chemin de fer Djibouto-Éthiopien (CDE), m’a emmené aux sources qui permirent la naissance de la ville de Diré-Daoua au début du XXe siècle. Son arrière-grand-père travailla aux aménagements nécessaires à la construction de réservoirs et d’une conduite d’environ huit kilomètres jusqu’à la ville et la gare du chemin de fer.

Il m’explique que la rivière est une frontière et un espace partagé entre les Oromos et les Somalis.

Plusieurs cartes postales éditées au début des années 1900 montrent la rivière, objet d’excursions.

Les sources du Laga Haré, Diré-Daoua.

Sur le chemin du retour, nous sommes passés voir le crématorium édifié pour la communauté des Indiens dont beaucoup sont arrivés avec les Britanniques lors de la reconquête de 1941.

Une école dans le quartier de Magala témoigne également de leur présence.

Photographies © Hugues FONTAINE, décembre 2019.

hugfon

La Gare devient le nom d’un vaste programme immobilier

La gare d’Addis Abeba en octobre 2019 © H FONTAINE 2019

Le 20 octobre, le dépôt de la gare, que les cheminots francophones d’Addis Abeba appellent « le wagonnage » a été détruit. Avec lui un autre hangar. Une partie du matériel (rail, traverses, etc.) a été pillée pour être revendue en ferraille. Cela s’est passé un dimanche. La direction du Djibouto-éthiopien n’a pu protester que le lendemain… On peut voir de cela quelques images ici.

Destruction du dépôt de la gare d’Addis Abeba, 20 octobre 2019. © H FONTAINE 2019
Pillage et vente en ferraille. En arrière-plan, le hangar abritant les quatre wagons impériaux. © H FONTAINE 2019

Ce dépôt abritait les principaux ateliers mécaniques de la gare d’Addis Abeba. Y stationnaient deux locomotives diésel électriques (plutôt des épaves), quelques machines outils, des bureaux… S’y trouvait aussi une belle horloge horodatrice (enregistreur à carte cisaillée).

Enregistreur à carte cisaillée. © H FONTAINE 2019

Le 15 juin, c’est le buffet de la gare qui était tombé sous les pelles des bulldozers. Emeline Wuilbercq en rendait compte dans un article du Monde publié le 20 juin, présentant le projet immobilier.

Site du Buffet de la gare détruit en juillet 2019. © H FONTAINE 2019
Le bâtiment de la gare vu depuis ce qui était l’entrée du Buffet de la gare. © H FONTAINE 2019

J’en avais moi-même déjà parlé sur ce blog le 4 novembre 2018 puis le 22 novembre lors du lancement du programme dans le bâtiment de la gare, en présence du Premier ministre, Abiy Ahmed.

Quelle est la situation actuelle ? Par décision régalienne, le Premier ministre a concédé à une société émiratie basée à Dubai, Eagle Hills, l’emprise foncière théoriquement encore propriété de la Compagnie du Djibouto-éthiopien, jusqu’au terme de la concession initialement accordée par le roi Ménélik II à Alfred Ilg, puis renouvelée lors des modifications successives de la CIE en CFE puis CDE.

L’Etat serait lui-même engagé à hauteur de 27% dans le projet (source Emeline Wuilbercq).

La gare d’Addis Abeba, octobre 2019. © H FONTAINE 2019

A l’exception de la direction de la CDE, les différents occupants de la gare ont été priés de quitter les lieux séance tenante. Le petit café attenant est toujours en service. Progressivement, les différents bâtiments sont donc rasés.

Café de la gare. © H FONTAINE 2019

Le bâtiment de la gare sera, dit-on, préservé ainsi que la statue du lion de Juda, qui devrait être déplacée plus près de la gare, dans un espace vert (elle retrouverait ainsi quasiment sa position initiale, avant son enlèvement en 1935 par les Italiens pour être érigée à Rome, sur la piazza dei Cinquecento près de la gare Termini). Les wagons impériaux seront déplacés et conservés.

Statue du Lion de Juda. © H FONTAINE 2019
le Lion de Juda au pied l’obélisque du monument de Dogali. DR.

Personne parmi ses usagers ne sait réellement vraiment ce qu’il adviendra du terrain des boulistes, le Club des Cheminots, récemment rénové et équipé d’un toit. On relira ces billets publiés tandis que Le Train en Afrique était présenté en Ethiopie en 2012 : Club des cheminots, Concours de pétanque, Le Club des cheminots.

Terrain de pétanque du Club des Cheminots. © H FONTAINE 2019

On trouve sur le site https://www.lagare.com/ une présentation par la société Eagle Hills elle-même de son projet d’investissement en Ethiopie et du programme immobilier nommé « La Gare ».

En voici quelques éléments :

Under the patronage and in the presence of H.H. Dr. Abiy Ahmed, Prime Minister of Ethiopia, Eagle Hills – an Abu Dhabi-based private real estate investment and development company, has ventured into the Ethiopian market with the launch of La Gare, the dynamic downtown of Addis Abiba boasting one of the largest mixed-use developments in Ethiopia and offering more than 4,000 residences.

The leading real estate developer organised a launch event in the renowned Addis Ababa La Gare train station, after which the project is named, revealing the masterplan.

Located in the capital of Ethiopia, Addis Ababa, La Gare represents an integrated community comprising residential, commercial, hospitality, retail and leisure facilities in a single, secure and exclusive setting surrounding a park. The development spans an area of approximately 360,000 sqm in proximity to the Addis Bole International Airport, with a rail line running along its northern edge.

Situated in the city centre, La Gare is anchored by four and five-star hotels supported by retail outlets, offices and residential buildings. The government of Ethiopia, in partnership with Eagle Hills, aims to develop a social housing component within the masterplan, where residential units will be built to permanently accommodate the existing residents currently living in the project site.

Concernant la valeur patrimoniale du site, voici ce qu’en dit Mohamed Alabbar, Président de Eagle Hills : “As one of Africa’s hidden gems, Ethiopia is rich in history, culture and natural beauty. Our vision is to bring attention to such locations across the globe, revealing the charm and potential within them and inviting future residents and tourists to consider making new homes for themselves there. In addition to creating a brand-new skyline and city centre, La Gare is set to contribute to the local market by creating jobs, further bolstering market sentiment and energizing the economy.”

“La Gare is a project of passion that will be developed on a land of heritage. It will be built upon the historical grounds of La Gare train station that has stood the test of time, and with our project, will live in people’s collective memories for even longer.”

Il est inutile et sans intérêt de verser dans la nostalgie. On peut néanmoins souhaiter que la préservation du patrimoine ferroviaire commun aux trois pays, Djibouti, l’Ethiopie et la France, héritage d’un épisode majeur de l’histoire industrielle de cette région de la corne de l’Afrique, et témoignage positif d’une Histoire partagée, se réalise dans de meilleures conditions.

On peut espérer que sa conservation et sa mise en valeur fassent l’objet d’un projet peut-être moins alléchant, mais nécessaire et profitable à la construction de la mémoire et de l’identité des habitants de ce quartier historique de la ville d’Addis Abeba et à tous ceux que la réalisation de ce railway a touchés de près ou de loin.

Addis Ababa train station, 2012.
La gare d’Addis Abeba en 2012. © H. FONTAINE

A lire en complément : This is Dubai now par Tom Gardner.

hugfon
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